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INTÉRIEUR DE NOTRE-DAME DE F0URV1ERE

reçoivent la retombée des voûtes. Un oculus à six lobes décore le mur plein. A l'église d'Aillant,plus importante, les piles sont rondes, et les oculijsurmontent un triforium obscur donnant sur le comble des bas côtés. A Saint-Denis, les piliers sont

alternés comme dans nos premières églises gothiques où la travée se dédouble, et dans le haut, les quatre baies du fenestrage et du triforium unis ensemble garnissent la plus grande partie du mur.

Plus que les deux autres, l'église de

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Saint- Denis est une véritable création artistique dans laquelle Viollet-le-Duc a voulu être un architecte du xixe siècle. De là le caractère libre de son architecture qu'on lui a injustement reproché.

Par suite du peu de ressources dont il disposait, il a adopté une nef trapue, d'une ornementation sobre, et il l'a recouverte d'une voûte d'arêtes avec doubleau à chaque travée. Le contre-butement est assuré par les collatéraux. Un clocher carré, au-dessous formant porche, constitue la façade.

Pour achever de connaître Viollet-lc- Duc, il faut ajouter à ces trois églises les plans de Saint-Pierre de Chaillot (1), qui n'ont jamais été exécutés et qui comprenaient une série de berceaux annulaires entre des doubleaux; le monument funéraire, véritable petite chapelle du plus curieux effet, du duc de Morny au Père Lachaise, et les sacristies adjointes aux cathédrales qu'il restaura.

Que Viollet-le-Duc n'ait guère fait que substituer une archéologie gothique à l'attirail pseudo-classique, cela est à moitié vrai. Mais si ses constructions frisent le pastiche, il faut y voir une simple impuissance. Ses Entretiens sur l'architecture protestent contre les théories qu'on lui attribue parfois. Son imagination, pauvre et peu créatrice, était trop nourrie des gothiques pour s'affranchir aisément de leurs formules. Il faut tout de même lui savoir gré d'avoir compris que l'art architectonique ne consistait pas à plaquer des frontons et des pilastres ou à utiliser des passe-partout, et d'avoir posé les règles élémentaires d'une architecture rationnelle. Il était réservé à ses successeurs, au talent plus souple, de pousser jusqu'au bout la logique de son enseignement et de faire sortir de ce néo-gothique un art vraiment moderne. Le fait que le représentant le plus osé de la modernisation soit son élève, son disciple favori, celui

(i) Ces plans sont au Trocadéro.

en qui il s'est continué comme en un fils, M. de Baudot, prouve la filiation.

Pendantque Viollet-le-Duc etses émules tentaient de renouveler ou de continuer legothique, d'autres architectes essayaient une adaptation semblable du roman. Plusieurs églises parisiennes témoignent de ce retour à nos traditions du xne siècle : Saint-Lambert de Vaugirard, par Naissant, en 1848-1856; Notre-Dame de Clignancourt, par Lequeux, en 1859-1 863; Saint- Ambroise, par Ballu, en 1867- 1876, et surtout Notre-Dame de Ménilmontant, par Héret,en i863-i88o, qui, avec sa flèche de 78 mètres et le fer de ses arcs, est assurément une des plus belles de la série.

Celle-ci compte en province un autre travail de premier ordre, la cathédrale de Gap,parLaisné, en 1 866-1 901. Bien qu'impersonnelle, elle est aussi pour sa beauté à mettre à part dans cette série qui comprend beaucoup d'oeuvres de pacotille.

Mais la région qui a vu vraiment renaître le roman est la région lyonnaise. Là, sur les deux rives du Rhône, ont surgi du sol, dans l'espace d'un quart de siècle, une vingtaine d'admirables églises très apparentées entre elles, qui sont l'œuvre d'un seul, Pierre Bossan. En elles, nous pouvons saluer le néo-roman.

Après avoir sacrifié d'abord au gothicisme, Pierre Bossan, à qui un voyage dans le Midi provençal révéla le caractère monumental de notre architecture du xne siècle, avait commencé par se romaniser. Un voyage en Sicile acheva son évolution. Là, devant les cathédrales de Cefalù, de Monreale et de Palerme, où la fantaisie arabe et la somptuosité byzantine, interprétées par une vision occidentale, se mêlent, dans un compromis plein de charme, à notre art roman, il eut la vision des ressources que pouvait lui offrir une nouvelle interprétation de cet art.

Ses œuvres, à partir de cette date, 1860, sont à expliquer d'après cette influence décisive. Elles sont au nombre d'une vingtaine. Parmi elles, il y a quatre très belles

DU NEO-GOTHIQUE AU MODERNE

Phot. S. -M. Perrin.

CHAPELLE DU SAINT-SACREMENT, A LYON (Architecte : Sainte-Marie Perrin, 1900.)

œuvres : l'église des Dominicains d'Oullins,dansle Rhône, en 1860; l'église Sainte- Philomène d'Ars, dans l'Ain, en 1862; l'église Saint-François-Régis de la Louvesc, dans l'Ardèche, en i865; l'église des

Dominicains, de Marseille, en 1869 (1). L'église d'Ars, somptueuse et euryth-

( 1 ) L'œuvre entière de Bossan a été publiée en héliogravure, dans un magnifique album, par M. Thiollier.

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PAGFS D ART CHRETIEN

mique, comme il convient pour la sainte gracieuse qui en est la patronne, et l'église de la Louvesc, robuste et trapue, en si parfaite harmonie avec le sol vigoureux et l'apôtre viril du Vivarais, démontrent la souplesse du talent de l'artiste et comment il savait varier le caractère de ses lignes pour adopter, dans son parler architectural, l'expression qui convenait.

Ce parler, qui lui est propre, a dès lors ses caractéristiques: l'exhaussement inattendu des socles, l'accouplement descolonnettes, la décoration des arcs et des entablements, l'emploi des berceaux transverses pour les collatéraux de façon à maintenir les poussées du vaisseau central, le prolongement des chapiteaux maîtres à l'aide d'anges debout ou de simples pilastres quand le programme est modeste, de telle sorte que le point de départ des arcs se trouve considérablement exhaussé.

Dans ce parler, à la fois rude et riche, le crochet gothique et l'arc brisé du moyen âge se mêlent à l'ove classique, à la cannelure grecque et à la colonne antique, mais chacun de ces éléments a subi la grande loi de l'adaptation. Interprétés par Bossan, ils ne sont plus ni grecs ni gothiques. La

fusion est telle, l'harmonie si parfaite, la mise en œuvre si personnelle, que tout cela paraît être de la même famille. L'architecte d'Ars n'a apporté ni un ensemble de formes inédites ni un système de construction nouveau; mais, comme tous

les grands innovateurs du passé, il a modifié le legs de ses prédécesseurs. Sans vouloir inventer naïvement un style nouveau, il s'est contenté de rénover le parti roman .

Le résultat a été un style personnel plein d'originalité.

La critiqueyrelève seulement lecaractère à la fois cossu, clinquant et monotone de l'ornementation , seul véritable échec de l 'artiste. Bien que la nouveauté des modifications architectoniques entendues ainsi échappe en général aux profanes, celles apportées par Bossan étaient trop visibles pour ne pas êtreaperçues. Aussi parla-t-on très vite de style Bossan.

Mais, par suite des idées en cours, ce qui était à sa louange lui fut reproché comme un grief, et tout en avouant la beauté de ses oeuvres, on se refusa à en reconnaître le grand style. Ses détracteurs confondaient simplement le style avec les styles anciens. Après la guerre franco-allemande, à la suite du vœu fait le 8 octobre 1870, Pierre

Phot. B. P.

NOTRE-DAME d'AUTEUIL, A PARIS (Architecte : Vaudremer, 1873.)

DU NEO GOTHIQUE AU MODERNE

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