‹ Pages d'art chrétien (volume 5)Chapitre 29 sur 34 · HAUTE · texte numérisé non relu

HAUTE

PLAN PAR TERRE DU SACRE-CŒUR DE MONTMARTRE (Architecte : Abadie, 1873.)

entablement, et l'emploi simultané de plusieurs modes de voutaisondans un buta la fois de décorationetdestatique.

A la façade, une galerie formée d'anges cariatides, sœurs chrétiennes des vierges de l'Erechteion, sépare très heureusement du fronton les trois arcades du porche. Comme le reste de la statuaire, ces anges sont l'œuvre du sculpteur Dufraisne. On ne saurait en dire que du bien, ainsi que des mosaïques intérieures dues au peintre Lameire. Mais les tours sont deux petites choses sans grand caractère, et leur masse,

DU NEO-GOTHIQUE AU MODERNE

IOg

Ëê m*

^« rv ■.«•>.' ■ i : -: A' ■■ :M£iix >•■•.—'■ >'rv: - i^Ssî

f^rJf.?*.'

T « ^SSEiftÉia^M* ici

arV=

r'-WK^fr"^;

si

iflfc^r

VVL PRliE. DE. LANGUE. NORD E-iT

LE SACRÉ-CŒUR DE MONTMARTRE (D'après un plan récent de l'architecte M. Magne.)

jointe à celle du fronton, ne donne pas une façade bien imposante. Nous sommes loin des silhouettes si volontaires et si affirmatives du moyen âge.

Un autre défaut de cet édifice est le luxe mondain et l'échelle parfois fautive de son ornementation. Il est à croire que Bossan, s'il eût vécu, eût été plus discret en décorant l'intérieur et qu'il aurait donné à certains détails de la façade des propor-

tions plus heureuses. La frise, par exemple, de feuilles d'acanthe, qui surmonte les anges cariatides, est hors d'échelle.

M. Sainte-Marie Perrin, le continuateur de Bossan, n'a pas seulement à son actif l'achèvement de Fourvière. On lui doit aussi un certain nombre d'églises personnelles intéressantes, entre autres celle du Très-Saint-Sacrement, à Lyon. L'élément gréco-romain, qui chez Bossan est à peine

reconnaissable, tellement il est digéré, ne paraît pas y avoir été l'objet d'une assimilation suffisante. De là un certain caractère hybride, quelque chose comme de l'antique mâtiné de moyen âge. Les grands anges à genoux dans les encognuresdela voûte ne jouent plus le rôle architectonique que leur avait assigné Bossan ; ils

FAÇADE DE LA MAJOR DE MARSEILLE (Architecte : Vaudoyer, i852.)

sont purement décoratifs comme ceux du xviie siècle italien, et au-dessous d'eux, la superposition : colonne, entablement, pilastre, entablement, constitue une série de formes trop visiblement empruntées au vocabulaire classique pour s'harmoniser avec le reste.

Comme le roman, le romano-byzantin du Sud- Ouest a été de nos jours le point de départ d'un nouveau courant architectural. Un des premiers essais a été, en

i863, Saint-Pierre de Montrouge, par M. Vaudremer, le même qui, dix ans plus tard, a bâti dans un esprit pareil, mais plus assuré, Notre-Dame d'Auteuil, et enfin, en 1890, l'église grecque de la rue Bizet, à Paris, si magnifiquement décorée par le peintre Lameire. Malgré certaines critiques d'ordre pratiquefaitesàlaseconde de ces constructions, malgré l'ornementation outrée dont on surcharge en ce moment la troisième, il faut y voir un essai particulièrementheureux de rénovation artistique. C'est d'un art moderne et sage tout à la fois, ainsi qu'il convient.

La pièce principale à examiner dans cette série est le Sacré-Cœur de Montmartre.

La basilique nationale, qui surmonte la Butte parisienne, a été commencée en 1873. Un concours avait mis aux prises 78 architectes. Sur le nombre des projets présentés, il en était d'intéressants, ceux de Devrèse et de Pascal entre autres, dont le parti était un dôme sur plan circulaire ou quadrilobé. Le projet d'Abadie, qui avait sur les autres l'avantage, très apprécié des jurys ordinaires, d'être très poussé, c'est-à-dire exécuté avec tout le rendu possible, fut adopté.

Il est la reprise combinée de Saint-Front de Périgueux et de Saint-Pierre d'Angoulême; l'un fournissant en partie le plan par terre et la silhouette générale, l'autre donnant l'élévation, les deux prêtant certains détails, par exemple les lanternons à colonnettes des cinq coupoles et de la tour (1).

Phot. B. F.

(1) Ces six lanternons, de dessin uniforme, ne sont, à Saint-Front et à Saint-Pierre d'Angoulême, qu'une fantaisie d'Abadie; il est sûr que les coupoles de Saint-Frontse terminaient primitivement en pommes de pin de dessin différent. Abadie, en installant partout, même aux piles d'angle.

DU NEO-GOTHIQUE AU MODERNE

On comprendra aisément le choix de ces modèles quand onsauraqu'Abadie venait alors de restaurer, et d'une façon aussi excessive que déplorable,cesdeux églises. Connaissant à fond son romano- byzantin (i), il n'eut pas de peine à en tirer le Sacré- Cœur de Montmartre.

En plan par terre, le Sacré- Cœur figure une croix grecque à coupole centrale suivie d'une abside semi-circulaire à chapelles

rayonnantes .

C'est un plan

hybride. On a voulu par là, nous dit-on, fondre nos deux types d'église romane : le type aquitain et le type auvergnat, Saint- Front de Périgueux et Notre-Dame du Port de Clermont-Ferrand. Mais cette fusion toute de sentiment n'était pas désirable, car une abside circulaire à chapelles rayonnantes ne s'accommode bien que d'une triple nef à transept, et une coupole sur plan cruciforme s'arrange mal avec une abside de ce genre.

A l'exécution, l'architecte s'aperçut vite que des modifications s'imposaient. La

ce modèle pris à Saint-Etienne de Périgueux, a fait œuvre de mauvais restaurateur.

(i) Cette connaissance d'ordre pratique n'allait pas dans ses restaurations sans certaines erreurs archéologiques. La principale à signaler est l'introduction, à Saint-Pierre d'Angoulême, de tympans dans les portails, alors qu'une des caractéristiques de l'école du Sud-Ouest est de ne pas en avoir.

PL\N PAR TERRE DU ROSAIRE DE LOURDES (Architecte : Hardy.)

plus importante consista à surélever d'un tiers tout l'édifice. Il l'obtint en augmentant d'autant la hauteur de chaque assise. Seul, le campanile resta tel; mais alors, au lieu d'être la dominante de la composition, celui-ci lutta d'importance avec la coupole, dont il n'aurait dû être que l'accompagnement.

Le plan d'Abadie eût exigé d'autres modifications, par exemple celle de l'abside obscure qu'il eût fallu éclairer et donc exhausser. Le successeur d'Abadie en 1884, M. Daumet, le comprit, mais il eut le tort de s'y essayer sans le dire et dut céder la place à M. Rauline.

Aujourd'hui, c'est M. Magne qui dirige avec beaucoup de science et de goût la construction de la grande basilique. Grâce à lui et à ses aides, les sculpteurs Seguin et Dampt, le Sacré-Cœur rachète un peu par le détail le défaut de son plan d'en-

semble. Je ne parle ici que du décor architectural, car la décoration peinte, mosaïques et vitraux, appelle les plus expresses réserves. Il y a en particulier dans la nef des vitraux tricolores du plus fâcheux effet.

L'intérieur de la basilique de Montmartre, calqué sur celui de Saint-Pierre d'Angoulême, appelle et attend un revêtement en mosaïque. Une partie s'élabore en ce moment même sous la haute direction de M. Luc-Olivier Merson. Les cubes d'émail et la composition picturale viendront corriger ce que ces murs ont de froid et de nu. Mais, même après, certains détails architectoniques, comme le maigre couronnement des piles maîtresses, demeureront sujets à critique. Il faut surtout, avec les projets actuels, regretter, comme une dépense inutile et une base préjudiciable, l'appareil de pierre taillée danslessurfacesquerecouvrira le mosaïste.

La mosaïque ne tenant pas sur un pareil support, il faudra entailler la pierre et établir une armée de crampons de fer.

Abadie, il est vrai, avait prévu une décoration peinte pour la voûte de l'abside;

mais, même avec une peinture marouflée, un appareil aussi coûteux n'est guère défendable.

M. Magne ne s'est pas contenté de moderniser la toilette sculptée; il a introduit dans les plans eux-mêmes d'heureux changements. Ducampanile, par exemple, il n'a pas même gardé le plan par terre, et la masse seule demeure. Cette haute tour, bâtie au-dessus de la chapelle de la Vierge et habitée par la Savoyarde, sera un morceau très intéressant qui fera surtout regretter le reste. Je ne la crois pas heureuse pour la silhouette générale, qui eût gagné à être dominée par le dôme et à ne pas avoir deux cimes.

De près, cette silhouette est lourde et l'ensemble écrasé; mais, de loin, la perspective en est grandiose et elle embellit la cité parisienne sur laquelle elle semble veiller.

C'est ainsi qu'on peut en apprécier le rôle décoratif, lorsque, de l'avenue Montaigne, on aperçoit, au sommet de la colline qu'elle couronne d'une imposante architecture, les masses blanches de ses coupoles.

Page 1