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FIG. 14 — STATUE DE LA CATHÉDRALE DE REIMS

Phot. B. P.

FIG. l5 — CHÉRUBIN DE LA CATHÉDRALE DE REIMS (XIIIe S.)

par la conviction, les troisièmes par la force. Au chapitre xv, le plus important pour l'iconographe, notre auteur mystique nous enseigne comment et sous quelle forme il faut théologiquement se représenter les anges :

« Parmi tous les symboles, dit-il, la théologie choisit avec prédilection le symbole du feu.

Elle nous représente des roues ardentes, des animaux tout de flamme. Dans son langage, les Trônes sont de feu et les augustes Séraphins sont embrasés, d'après la signification

de leur nom même Les

anges sont aussi représentés

sous forme humaine ; la

légèreté des ailes montre que ces sublimes natures n'ont

rien de terrestre ; la nudité

en général, et, en particulier, la nudité des pieds fait comprendre que leur activité n'est

pas comprimée Mais la

divine Sagesse donne des

(xnie s.) vêtements aux esprits et arme

LES ANGES

leurs mains d'instruments divers.... ; le vêtement tout de feu figure la confor-

Phot. B. P.

FIG. l6 — SAINT MICHEL. SCULPTURE DU PORTAIL DE NOTRE-DAME DE PARIS (XIIIe S.)

mité des anges avec la divinité.... ; la robe sacerdotale enseigne qu'ils initient à la contemplation des mystères célestes ...; la ceinture signifie qu'ils veillent à la conservation de leur fécondité spirituelle.... ; les baguettes qu'ils portent sont une figure de leur royale autorité....; les lances et les haches expriment la faculté qu'ils ont de discerner les contraires....; les instruments de géométrie et des différents arts montrent qu'ils savent fonder et édifier....; les roues garnies d'ailes expriment leur activité puissante, etc. » Le nouveau canon artistique, le canon byzantin, estl'interprétation authentique, en langage plastique, de ces textes. Nous comprenons maintenantcette longue robe blanche croisée d'une étole que portent les anges ravennates et les hastes qu'ils tiennent en main. Nous nous expliquons à merveille les roues ailées et la forme astrifère des chérubins du ciborium de Saint-Marc. Les anges tout rouges que Didron a relevés au Mont Athos, à l'église d'Iviron, ne peuvent plus nous étonner, et ces séraphins couleur de feu, inspirés par une étymologie hébraïque, nous les

PAGES D'ART CHRÉTIEN (3a SÉRIE)

retrouverons au xve siècle français dans la Madone de Fouquet, actuellement au musée d'Anvers, faisant pendant à des chérubins tout bleus. Il en sera ainsi jusqu'à la fin. Le saint Michel, archistratège des armées céleste?, que l'on voit au couvent de Daphni, les archanges qui, dans la coupole de Sainte-Sophie de Kiev, montent la garde autour du Pantocrator, les grands anges qui entourent le Christ ou la Vierge à la Martorana et à la chapelle Palatine de Palerme, aux cathédrales de Cefalù et de Monreale, à Torcello de Venise, relèvent de la même tradition. Ces mosaïques byzantines des xie et xne siècles sont à expliquer comme les premières (fig. 10).

A ce moment, les formules byzantines sont devenues invariables, et, plus tard, le Guide de la peinture de l'athonite Denis, publié par Didron, les fixera en ces termes :

« Les Séraphins sont représentés avec six ailes, deux montant vers la tête, deux descendant vers les pieds, deux déployées pour voler Les Chérubins sont représentés avec la tête seulement et deux

ailes Les Trônes sont représentés

comme des roues de feu ayant des ailes ocellées Les Dominations, les Puissances et les Vertus portent des aubes

Phat. B. P.

FIG. 17 — SAINT MICHEL. SCULPTURE DU PORTAIL DE LA CATHÉDRALE DE BOURGES (xi\'e S.)

allant jusqu'aux pieds, des ceintures d'or et des étoles vertes. Elles tiennent de la main droite des baguettes d'or et de la main gauche le sceau de Dieu. Les Principautés, les Archanges et les Anges sont représentés avec des vêtements de soldats et des ceintures d'or. Ils tiennent à la main des javelots et des haches. »

Les neuf chœurs des anges ont été très peu représentés groupés ensemble. On les trouve: peints au Mont Athos, à l'église d'Iviron, où Didron les a relevés ; en émail sur le reliquaire byzantin de Limbourg; en mosaïque à la voûte du baptistère de Saint-Marc de Venise (fig. u); sculptés au portail Suddelacathédralede Chartres,

et au portail de la Sainte-Chapelle de Vincennes; peints dans une chapelle de

FIG. l8 — SAINT MICHEL DE PISANO A PISE (XIVe S.)

au portail Nord de la cathédrale de Bordeaux, au portail [occidental de Bourges,

Phot. Anderson.

FIG. 19 — FRAGMENT DU POLYPTIQUE DE GIOTTO A LA PINACOTHÈQUE DE BOLOGNE (XIVe S.)

Ja cathédrale de Cahors; sculptés sur un tombeau de Saint-Euslache de Milan; peints sur un tableau russe publié par le P. Cahier. A peine pourrait-on en citer un autre exemple. C'est par erreur que l'on cite d'ordinaire la voûte de la Martorana (lisez la chapelle Palatine) de Palerme et une tribune de l'église de Saint-Chef, dans l'Isère (1).

Ce que la mosaïque palermitane (xne siècle) représente, ce ne sont pas les neuf chœurs des anges, mais huit anges que des inscriptions grecques, très lisibles sur la photographie en vente, désignent ainsi : Michaël, Raphaël, Gabriel, Uriel, et, quatre fois répété, ange du Seigneur. Cette décoration de coupole est intéressante seulement en ce qu'elle nous montre

(1) Repue de l'Art chrétien, septembre 1907, p. 298 et 3oo.

LES ANGES

un de ces anges hétérodoxes, Uriel, très en vogue un moment, dont l'Église proscrivit les noms comme étant des noms de démons.

L'erreur est la même pour Saint-Chef.

Le hasard d'une villégiature récente m'a permis d'étudier les peintures romanes de cette église. Elles ne représentent aucunement les neuf chœurs angéliques. Les deux groupes qui se trouvent à droite et à gauche du Christ de Majesté ne comprennent, en effet, chacun que sept anges, dont un chérubin à six ailes. Ce sont, à n'en pas douter, les sept anges dont parle Raphaël à Tobie quand il lui dit : « Je suis un des sept qui nous tenons debout devant Dieu. » (Tob. xn, i5.)

Certains chœurs n'apparaissent que

rarement dans l'art chrétien, et leur expression plastique a peu varié. Seuls avec les Chérubins, les Anges et les Archanges ont une iconographie très développée. Nous nous en tiendrons exclusivement à eux en examinant l'art occidental de l'époque gothique et de la Renaissance.

Le moyen âge français, avec son originalité coutumière, a, ici comme ailleurs, créé de toutes pièces : la création qui lui appartient en propre est celle de rangeenfant.

A Notre-Dame d'Amiens, trois angelots soutiennent de leurs mains l'auréole de la Vierge dorée : ce sont trois petits garçons ailés, trois enfants de chœur vêtus d'une aube (fig. 12). A Notre-Dame de

FIG. 20 — TOBIE ET l'âNGE (Par un anonyme florentin du xv« siècle, Académie de Florence.)

Phot. Anderson.

FIG. 2 1 — LA RÉSURRECTION (Tableau de Pérugin, au Vatican : fragment, i5o2.)

Paris, deux anges, un chandelier à la main, assistent au couronnement de la Vierge sculpté sur le portail de gauche : ce sont deux céroféraires de la cathédrale auxquels on a donné des ailes. (Voir, dans l'article les Portails imagés, la fig. 9.) A la Sainte-Chapelle, dans les écoinçons des arcatures, un angelot de l'âge le plus tendre émerge d'une nuée et balance un encensoir : c'est un thuriféraire de la chapelle du palais.

Nos bons imagiers, ou mieux les clercs directeurs, considérant que les acolytes qui servent le prêtre à l'autel sont les images des anges, figurèrent les créatures angéliques sous celte forme que leur suggérait la liturgie. Le type créé par eux est assurément l'un des plus gracieux que connaisse l'iconographie: il n'est pas une cathédrale du xne et du

xme siècle qui n'en offre quelque exemple. C'est de lui que dérive l'ange laïque porteur'd'un écusson ou d'une banderole dont abusera l'architecture civile du xive et du xve siècle, et aussi l'ange-enfant des Allemands, petit gamin aux cheveux bouclés, que les maîtres de Cologne, à la fin du xive siècle, représenteront tant et si bien.

L'art français gothique a connu un autre type, celui de l'ange adulte, au sexe indéterminé, et il l'a vêtu d'une longue robe blanche. Notre-Dame de Reims en a sur les pinacles de ses contreforts de magnifiques et de colossaux, qui lui ont valu le surnom de cathédrale des Anges (fi:. i3 et 14). Us tiennent dans leurs mains le soleil, la lune, un bénitier, un parchemin, ou bien encore les instruments de la Passion comme les grands

LES ANGES

anges qui, sur les portails, assistent à la scène du jugement dernier. (Voir, dans l'article les Portails imagés, la fig. 8.)

Cette même cathédrale de Reims nous offre un bel exemple de chérubin gothique, petit garçon affublé de six aile?, plus intéressant assurément que l'irréelle figuration des mosaïstes byzantins (fig. i5).

MêmequandilareprésentésaintMichel, l'art français du moyen âge ne s'est pas départi de l'esthétique adoptée pour les

anges ordinaires, et l'a toujours vêtu d'une simple tunique. Tel on le voit, pesant, sinon les âmes comme autrefois, du moins les bonnes et les mauvaises actions, aux portails du jugement de nos cathédrales; et, s'il terrasse le dragon, il n'a rien encore en dehors de la lance et du bouclier qui rappelle le soldat. L'habit qu'il porte est une robe plutôt sacerdotale (fig. 16 et 17). Le costume militaire, accusant le caractère guerrier de l'archange,

Phot. Alinari.

FIG. 22 — ANGES-AMOURS, PAR DONATELLO (Tribune de la cathédrale de Florence, 1433.)

n'apparaîtra en France qu'avec la Renaissance.

Une mention encore aux anges sonnant de la trompette que l'on voit à la cathédrale de Strasbourg tout autour du pilier dit des Anges, et à ceux que l'on voyait autrefois au sommet des pignons et des flèches de nos cathédrales, où ils servaient de girouettes, et nous en aurons assez dit de l'angélologie gothique pour voir combien peu elle doit au passé. De toutes, c'est assurément la plus personnelle. A la

même époque, l'art, au delà des Alpes, est loin d'avoir la même originalité.

L'art byzantin mourant laisse tomber dans l'art italien quelques gouttes de son sang; aussi, quand celui-ci sort de ses langes, au début du xive siècle, ce sont ses traditions encore qu'il continue tout d'abord. Sur ce point, les premiers novateurs, Pisano et Giotto, n'ont rien changé. Tous deux conservent pour leurs anges le vêtement de cour byzantin que les dernières mosaïques orientales leur donnent;

mais, tandis que l'un adopte pour saint Une sève printanière circule cependant Michel le type guerrier, l'autre le vêt d'un dans ces mannequins assouplis, indice

d'une vie nouvelle, et bientôt cette proto- Renaissance abandonne les lourdes enveloppes byzantines pour la toge antique, sans manches, serrée à la taille par une ceinture — ainsi Orcagna — ou pour le mantelet flottant — tel Nicolo Alunno.

Et tous ces artistes, héritiers en cela du bon esprit d'autrefois, évitent soigneusement d'indiquer le sexe. L'ange est toujours pour eux la créature supra-terrestre, l'esprit intermédiaire entre l'homme et Dieu, qu'il faut représenter exactement avec un souci théologique. Mais voici leurs successeurs qui prennent le contrepied de cette tradition.

Le xve siècle italien est l'époque la plus brillante de l'histoire artistique des anges : c'en est aussi la plus mondaine. Épris avant tout de la grâce féminine, le quattrocento crée le type jeune fille, et, pour lui, les esprits célestes ne sont plus que de gentes damoiselles à qui on a planté des ailes dans le dos.

A ce moment, les élégantes de Florence poussent jusqu'à l'extrême les raffinements du costume féminin. Leurs robes, telles que nous les révèlent entre autres les dessins de Pisanello, sont, de pures merveilles. Les artistes raffinés, quelque peu névrosés, de ce temps, puisent indiscrètement dans cette garde-robe mondaine de la plus sensuelle des sociétés, et en enrichissent le vestiaire jusque-là très austère du monde angélique. Ils mettent, pourrait-on dire, les anges à la mode du jour (fig. 20). Botticelli, dans sa Nativité de Londres et dans son Couronnement de la Vierge de Florence, vêt ses anges de gaze et de soie, leur fait danser des rondes aimables comme à des chœurs de jeunes filles, et les pare de toutes les séductions féminines. Certaines même de ses créa- Phot. Aiinari. tions réalisent un type douteux, à l'air fig. 23 — ange, par fra angelico (florence) maladil et langoureux, qui a inspiré à

Huysmans, un jour qu'il s'était plus sughabit sacerdotal croisé d'une étole (fig. 18, gestionné que de coutume, des pages 19 et 32). atroces. Filippo et Filippino Lippi font

LES ANGES

de même, et il en est ainsi jusqu'aux dernières années du siècle, jusqu'au fade et doucereux Pérugin (fig. 21).

Mais, même, dans cet habit mondain, un reste cependant demeure de l'ancien habit sacerdotal, sous la forme d'une longue écharpe flottante. La bande entrecroisée sur la poitrine qui voltige autour des anges du quattrocento, comme une étoffe de prix, n'est autre que l'ancienne étole byzantine. Ce vêtement sacerdotal, incompris, mais gardé à cause de sa valeurdécorative, est devenu pour les artistes légers de cette période un simple ornement de femme, quelque chose comme l'écharpe de soie ou le boa de plumes que les modernes élégantes se mettent autour du cou.

Une création surtout accuse l'esprit profondément païen de cette première renaissance florentine : c'estcelledel'angeamour, celui que les Italiens appellent putto, petit enfant de trois ou quatre ans, complètement nu, aux épaules duquel poussent des ailes de moineau. Sa généalogie est facile à établir. Il vient en droite ligne de l'Eros antique, et les petits génies du paganisme sont ses frères aînés. Son vrai créateur est Donatello, qui, aux environs de 1425, sculpta sur la tribune de la cathédrale de Florence une ronde de ces anges demeurée célèbre (fig. 22). Mantegna, vingt-cinq ans plus tard, les introduisit dans la peinture en décorant la chapelle des Eremitani de Padoue. Tout le monde sait l'usage qu'en a fait Raphaël dans plusieurs de ses vierges, et comment, au xvne siècle, Murillo etRubens les font tourbillonner autour de la Madone, l'un dans son Immaculée Conception, l'autre dans sa Vierge aux Anges s toutes deux encore au Louvre. Les putti passent dans l'art allemand avec Albert Durer, qui, dans une de sesgravures, les représente balayan t la crèche, rangeant les objets, préparant la cuisine, ainsi que des enfants serviables et utiles.

Effet de la survivance de l'esprit antique en Italie, l'ange-amour est donc une infil-

tration païenne. Il efface fâcheusement les limites que l'art chrétien avait établies entre l'ange et le génie. Sa nudité aussi est une nouveauté. L'ancien art chrétien ne nous offrait qu'un seul et unique exemple d'ange nu : c'est celui qui se voit à Sainte-Pudentienne de Rome, sur une mosaïque du ive siècle. Encore, n'est-ce pas un ange proprement dit, mais l'un des quatre aspects du tétramorphe, l'ange-homme qui symbolise saint Matthieu. Au moyen âge, Giotto l'avait essayé timidement et de façon dissimulée dans la voûte de l'église inférieure d'Assise, en peignant des bustes nus qui sortent d'un calice de fleur. Mais ce ne sont pas là des antécédents véritables. Il reste que c'est une création nouvelle, et

Phot. Alinari.

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