FIG. 280 — LA VIERGE SOLLY
trop préciser leur âge. On a alors ii Vierges à l'Enfant, ii Madones avec l'Enfant Jésus et le petit saint Jean-Baptiste, lo Saintes Familles, 5 Saintes Conversations caractérisées par un groupe de saints ou de saintes entourant la Sainte Vierge, et 3 Vierges de Majesté, Madones d'apparat trônant sous un dais au milieu de quelques saints personnages.
Pour chacune de ces séries, il est assez facile de fixer le point de départ et le terme d'arrivée, et d'opérer un classement qui montre l'évolution de l'artiste.
La première Vierge à l'Enfant, la Vierge Solly, et la première Madone au petit saint Jean, la Madone Diotelavi, sont empruntées à des dessins de Pinturicchio. Le nez est court et la bouche petite; les yeux sont langoureux et les joues rebondies.
Les formes, celles des corps comme celles de la draperie, sont pauvres, grêles ici, boursouflées là. C'est l'art italien au point où l'avait laissé Pérugin. Raphaël est encore ici un primitif qui ne sait rien de plus que les quattrocentistes. L'aboutissant, c'est la grande Madone Coivper et la Vierge au Rideau, c'est-à-dire le dessin le plus beau qu'on puisse imaginer ( fig. 289 et 299).
La première Vierge de Majesté, la Madone de Sant' Antonio, est conforme à la formule de Francia; la seconde iqui pourrait bien être la première), la Madone Ansidei, rappelle Pérugin. Toutes deux, à peu près contemporaines, continuent le retable du xv* siècle. Mais la troisième, la Vierge au Baldaquin, est une œuvre presque classique qui ouvre le xvi' siècle. En quelques années, Raphaël a fait un pas de géant (fig. 293 et 295;. Ce n'est plus un florentin : c'est un romain.
La Vierge aux trois figures, qui est la première des Saintes Conversati>.ns, ne se distingue en rien des compositions similaires de la fin du xv^ siècle. La Vierge de saint Sixte, qui en est la dernière, personnifie le triomphe de la Renaissance au xvi« siècle et l'art du maître à son apogée. Quatorze ans seulement les séparent qui auraient pu être un siècle. Ce sont deux arts, deux époques ditférenies (fig. 290 et 3oo).
Le peintre d'Urbin couronne donc chaque fois l'évolution italienne en parfaisant ce que ses devanciers avaient vainement esquissé. Ce qu'ils rêvaient, le voilà enfin réalisé. En ses œuvres de la fin, les vieux maîtres auraient reconnu et salué la perfection laborieusement poursuivie par eux et que leurs mains inexpertes n'avaient pu fixer sur la toile. Après les compositions pénibles des primitifs, ce dessin d'une aisance merveilleuse et comme coulé d'un seul jet devait avoir l'approbation universelle : c'était à lui que tendaient les deux siècles d'efforts qui venaient de s'écouler. Car c'est là la caractéristique de ce divin jeune homme à la pâleur de femme sous