LA VIERGE DU GRAND DUC
voir une paysanne romaine assise tenant son fils entre ses bras sans penser à elle. La seconde est celle où l'on peut le mieux saisir le travail d'idéalisation chez Raphaël, car lui-même a pris soin de nous conserver l'image de la femme dont elle est le portrait transfiguré. Placez, à côté l'une de l'autre, la Femme voilée de Florence et la Madone de Dresde: vous verrez que c'est la même personne, mais dépouillée dans la Madone de toute scorie et comme sublimée par cet extraordinaire créateur de beauté.
Toutes deux appartiennent à la catégorie des Vierges romaines, que caractérisent la splendeur des formes et la hauteur du style. Les Madones florentines sont humaines, et c'est leur charme. On y retrouve la Mère aimable de nos litanies. Dans les Vierges romaines, le sujet est exalté et prend la majesté d'une vision épique. Marie est devenue une reine céleste, la Reine des Saints de ces mêmes invocations. Mais il y a aussi dans le type lui-même de la Vierge une substitution de personne qui correspond chez Raphaël à un changement dans son idéal féminin. La Vierge florentine, c'est la jeune fille de Florence, gracile et frêle; la Madone romaine, c'est la jeune femme de Rome, mûrie parle soleil italien.
L'une est blonde, l'autre est brune. Aux grâces jeunes de la première, Raphaël a fait succéder les opulences de la seconde.
Et après avoir chanté 43ne certaine beauté florentine qui avait séduit son imagination de jeune homme, c'est la beauté romaine qu'il chantera vers la fin, sous le couvert de la Madone. Et toujours ce qu'il représentera dans la Vierge, c'est la femme.
Ennoblie par la hauteur du style, celle-ci ainsi comprise sera une Mère admirable, parée de toutes les vertus domestiques, mais la chair chez elle tiendra trop de place pour qu'on y reconnaisse la Mère de Dieu, encore moins la Vierge. Et ainsi se pose la question de