FIG. 293 — LA VIERGE ANSIDEI
savoir si cet art est chrétien. Huysmans le nie; Mùntz et Louis Gillet l'affirment.
Jamais, ni dans la période florentine ni dans la période romaine, Raphaël ne s'est
proposé d'être édifiant. La Vierge n'est pour lui que la plus belle des femmes et
1 Enfant Jésus que le mieux fait des petits garçons. On est d'accord sur ce point.
La nudité héroïque du petit Jésus traité comme un Bacchus enfant indique assez
où allaient ses préoccupations. La Vierge de Sant' Antonio est la seule où il ait consenti à l'habiller. On doit supposer que, travaillant pour les Antonines, le peintre, partisan de ces petites académies olympiennes, aura dû reculer devant les observations efl'arouchées des religieuses.
Ce parti pris de dévêtir l'Enfant Jésus, pour en tirer un m©rceau de bravoure, est un des points sur lequel les artistes, depuis Raphaël et à l'exemple.
d'Ingres, se montrent le plus intraitables; et cependant l'art luimême, dont ils se réclament, se dresse ici contre eux pour les condamner. Le principal, en effet, est de garder à une œuvre son caractère : le sentim'ent qui doit s'en dégager n'est pas chose libre laissée au bon plaisir de l'artiste. Qu'un tableau profane peuplé d'amours présente de ces sortes de nudités enfantines, on ne saurait y contredire, mais les introduire dans une peinture d'église inspirée par le plus supraterrestre des sujets, c'est transporter dans une composition religieuse un élément, un esprit, un cachet profanes, qui, par cela seul qu'ils sont étrangers, en violent l'économie essentielle.
En 1900, Bouguereau exposa à la Décennale, sous le titre l'Admiration, une toile représentant Vénus et les nymphes cajolant l'Amour. L'impression de candeur et d'innocence qui s'en dégageait était telle que le sujet n'avait plus rien de païen. Cet