FIG. 294 — LA VIERGE COLONNA
LA PEINTURE RELIGIEUSE
Amour était le frère du petit Jésus d'Ingres dans la Vierge du Vœu de Louis XIII; ces nymphes, les sœurs des angelots de Raphaël; et Vénus elle-même aurait pu être une Eve d'avant le péché. Pour montrer l'erreur du peintre, un critique se contenta de rédiger la légende suivante : Vénus fait le catéchisme à l'Amour pour le préparer à sa Première Communion. En bonne logique, si l'on peut se plaindre qu'un tableau profane donne une impression pieuse, il doit être également condamnable qu'un tableau religieux donne une impression profane. Le principe d art à invoquer est le même dans les deux cas. L'exemple de Flandrin peignant à Saint - Germain - des - Prés un Enfant Jésus emmailloté de langes esta méditer. Que vaut en face de cette pureté de sentiment la saveur d'une nudité héroïque?
Ce n'est pas que je donne l'art austère de Flandrin comme l'art chrétien absolu. Certainement, au-dessous de ces figures droites et sévères, il faudrait, pour que l'harmonie existât, non la tourbe un peu mondaine des fidèles, mais une double rangée de moines.
C'est de l'art monacal, et donc plutôt une branche spéciale de l'art chrétien. Mais
celui-ci, même adouci, ne doit pas se départir de cette réserve que lui commande la nature même du sujet à traiter. C'est l'art lui-même qui le veut, dès là qu'il est au service du christianisme, lequel est à base de chasteté. A défaut des autres raisons, les artistes devraient au moins accepter celle-là.
Raphaël ne l'a jamais acceptée ni comprise. Son bambino des Antonines est d'allure inélégante; la mauvaise humeur de l'artiste peut seule expliquer pareille anomalie dans une œuvre où, comme toujours, la grâce domine. On a vu plus haut quelles étaient chez lui les préoccupations d'ordre technique qui primaient tout, et on vient de voir quelle place énorme tient la femme dans la réalisation de ce type supra-