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CRÉATION DU SOLEIL, DE LA LUNE ET DES PLANTES

Phot. Anderson.

La partie anecdotique de toute cette histoire se réduit à deux éléments •

1° L'Idée de faire décorer la Sixtine par Michel-Ange fut suggérée au Pape par les ennemis du grand artiste; ■

^ 20 Michel-Ange, qui ignorait la technique de la fresque, fut contraint malgré lui a ce travail, mais, par un véritable prodige qui montre bien le génie de cet homme Il en sortit victorieux, au point d'éclipser Raphaël lui-même.

Le premier point est aujourd'hui reconnu faux. Nous savons maintenant par plusieurs documents que le projet de décorer la Sixtine remonte à l'année i5oé que 1 initiative en revient à Giuliano da San-Gallo, ami de Michel-Ange, enfin' que Bramante, loin de l'appuyer, le combattit de toutes ses forces. Une lettre entre autres, de Pietro Rosselli à Michel-Ange, datée de mai i5o6, le dit expressément

Le second point est accepté de tout le monde. M. Mùntz lui-même, après avoir ruine la légende relative à Bramante, parle de cette ignorance de Michel-Ange en matietede peinture comme d'un fait certain (i). M. Marcel Reymond seul s'est élevé contre cette assertion :

« J'ai peine à accepter en leur entier les termes de ce récit. J'y vois comme une coquetterie des biographes et du maître lui-même qui exagèrent son ignorance de la

(i) E. MuNTZ : Histoire de l'Art pendant la Renaissance, t. IM, p. 474.

peinture et les difficultés de l'œuvre qu'on semble lui imposer et par laquelle néanmoins il a surpassé tous ses rivaux. Tout au moins, je ne doute pas que si Jules II s'adresse à Michel-Ange pour peindre sa chapelle particulière, c'est parce qu'il le juge plus que tout autre capable de l'ordonner, belle, sublime, conforme à ses propres pensées; c'est parce qu'il sait qu'il était non seulement un grand sculpteur, mais un grand peintre. Le carton de la « Guerre de Pise » avait fait de Michel- Ange l'égal de Léonard de Vinci Si Jules II s'adressa à lui pour peindre la

voûte colossale de la Sixtine, c'est parce qu'il savait ce dont il était capable; et si la Sixtine est la plus belle fresque de l'art florentin, c'est bien parce que Michel-Ange avait admirablement appris l'art de peindre, c'est parce qu'il avait reçu les leçons de Ghirlandajo. » (i)

Il ne me semble pas qu'on ait tenu compte de cette nouvelle interprétation. Depuis, trois livres ont paru: le Mic/iel-Ange de Romain Rolland, la Vie de Michel-Ange, du même, suivie d'un choix de ses Poésies, enfin le Michel-Ange anonyme de la maison Hachette, qui reproduit tout l'œuvre du maître en 169 reproductions. Dans tous, je retrouve cette phrase, conforme aux anciens récits de Vasari et de Condivi :

« Au sculpteur qui ne savait rien de la technique de la fresque, le Pape ordonnait de peindre la voûte de la Sixtine. »

Est-ce bien vrai? Est-il bien vrai que Michel-Ange ne fût aucunement préparé à ce nouveau genre de travail? Est-il bien vrai qu'il ignorât tout de la peinture? Et faut-il regarder son entreprise comme une gageure, sa réussite comme un miracle de la peinture? Je crois que l'on pourrait, à ne parcourir seulement que les différentes biographies de xMichel-Ange, et donc sans aller bien loin, trouver la preuve du contraire et corroborer la façon de voir de M. Marcel Reymond en la développant. C'est ce que nous allons essayer de faire. Ce nous sera, d'ailleurs, une occasion d'analyser le génie de Michel-Ange et de refaire sa psychologie.

Encore enfant, Michel-Ange, nous dit-on, se montra si passionné de dessin que son père, après l'avoir cruellement frappé parce qu'il ne pouvait comprendre que le fils d'un podestat se fît artiste, consentit enfin à lui laisser suivre sa vocation. Le i" avril 1488, le petit Buonarroti, qui était dans sa quatorzième année, entrait à l'atelier de Ghirlandajo, peintre fresquiste de Florence. C'est donc une éducation de peintre qu'il reçut tout d'abord, et son premier maître est regardé comme le plus grand peintre de fresques de son temps.

A cette époque, le procédé héroïque de la fresque ne jouissait plus à Florence de la même vogue qu'auparavant. Les artistes délaissaient les grandes décorations murales, d'un faire trop large à leur sens, pour des tableaux de petite dimension, plus appliqués, et la peinture à l'huile se substituait à la peinture à l'eau. Verrocchio, PoUaiuolo, Botticelli, Pérugin, Léonard de Vinci étaient les chefs de cette nouvelle école qui se donnait pour but de reproduire la nature avec une précision de plus en plus grande. Un seul maintenait encore les anciennes traditions italiennes et continuait l'art décoratif de Masaccio, de Filippo Lippi, de Benozzo Gozzoli: c'était Ghirlandajo, le professeur du jeune Michel-Ange.

(i) .Marcel Bey.mond : Michel-Ange, p. 40.

LA PEINTURE RELIGIEUSE

Au moment où l'apprenti peintre entra dans son atelier, le maître travaillait depuis deux ans aux fresques de Sainte-Marie-Nouvelle, son chef-d'œuvre. Que ses élèves l'aient aidé en ce travail, Michel-Ange comme les autres, cela ne fait aucun doute, car c'était de commune pratique. Nous le savons même positivement, et, en effet, Vasari raconte qu'un jour, en l'absence de Ghirlandajo, Michel-Ange s'amusa à dessiner l'échafaudage, les galeries de bois et ses camarades d'atelier.

Le contrat d'apprentissage signé en 1488 stipulait que le jeune homme resterait trois ans chez son maître. En fait, il le quitta au bout d'un an pour entrer chez le

hTiOL, Aiiaeisoii.

FIG. 338 — CRÉATION DE l'hOMME

sculpteur Bertoldo, ancien élève de Donatello. A en croire Condivi, il se serait brouillé avec Ghirlandajo, que ses premiers essais auraient rendu jaloux. Comme toute la suite proteste contre cette assertion, il vaut mieux croire simplement que Michel-Ange venait de découvrir sa vocation de sculpteur.JMais ses premiers succès de peintre sont tout de même à noter.

Bien que transfuge, Michel-Ange n'abandonna pas pour cela la peinture. De nouveaux récits nous le montrent étudiant les anciens peintres italiens et mettant tous ses soins à en faire des copies. De ce zèle, il nous reste encore des témoignages. Le Louvre possède de ses dessins faits d'après les fresques de Giotto à Santa Croce, et le cabinet des estampes de Munich en a d'autres d'après les fresques de Masaccio,

Phot. Anderson.

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