‹ Pages d'art chrétienChapitre 123 sur 142 · FIG. 340 — LA SIBYLLE ERYTHRÉE · texte numérisé non relu

FIG. 340 — LA SIBYLLE ERYTHRÉE

dans le palais des Médicis; celui de Léonard dans la salle du Pape; aussi longtemps qu'ils y restèrent, ils furent l'école du monde. »

Raphaël entre autres les copia. Tout le public artiste de Florence se passionna, et chacun des deux Salons eut ses tenants, plus nombreux autour du plus jeune. Entre euK, du reste, rien de commun.

Dans l'œuvre de Léonard, tous les personnages étaient vêtus; dans celle de Michel-Ange, ils étaient nus. Chez le Vinci, les passions les plus vives animaient le visage des combattants; le carton de Buonarroti était volontairement inexpressif. Le premier avait représenté quatre cavaliers se disputant un drapeau et cherché à traduire la fureur de la lutte : fureur des chevaux qui se mordent au poitrail, fureur des hommes dont les épées s'entre-choquent. Le second, délaissant l'idée même de bataille, avait figuré des baigneurs sortant précipitamment de l'eau ou revêtant à la hâte leurs armures pour faire face à l'ennemi. D'un côté, la passion; de l'autre, la beauté. Le xv* siècle finissant'et la Renaissance brusquement apparue se heurtaient dans un duel à mort. Il fallait choisir entre l'esthétique révolutionnaire et l'art traditionnel. C'étaient, en somme, les destinées même de l'art italien qui se jouaient dans cette lutte, et les contemporains ne s'y trompèrent pas, qui célébrèrent à l'envi la composition du jeune Florentin comme l'évangile de l'art nouveau. Toute l'esthétique nouvelle tenait en ce dessin que Vasari appelle V extrémité de l'art.

Le temps, grand niveleur, a tout détruit. Comme celle de Léonard de Vinci, l'œuvre de Michel-Ange a péri, et nous ne connaissons l'une comme l'autre que par des gravures partielles et des études fragmentaires, qui, jointes à la description de Vasari, ne peuvent qu'aviver nos regrets. Il en reste cependant qu'à vingt-neut ans Michel-Ange s'attaquait à une œuvre qui devait révolutionner la peinture de son temps.

On ne s'imagine pas le fougueux artiste, dont le ciseau impatient faisait voler les éclats de marbre, et dont le pinceau réclamait de larges surfaces à décorer, peignant avec patience un tableau de chevalet, tout comme un tranquille Hollandais. Michel- Ange a cependant fait de ces sortes d'ouvrages menus qu'il méprisait. Le musée des Offices, à Florence, possède de lui une Sainte^ Famille qu'il peignit aux environs de i5o3, donc bien avant la commande de la Sixtine, pour un certain Angelo Doni. C'est la plus ancienne toile que l'on connaisse de Michel-Ange, mais ce n'est pas la seule. Sans citer la Léda, qui, exécutée en iSag, ne prouve rien, on a au moins. /a Mise au tombeau, peinte dans les dernières années du xv" siècle, et deux Vierges reconnues comme des œuvres de jeunesse du grand artiste. Ce sculpteur faisait donc de la peinture à ses heures.

Après cela, que vient faire l'anecdote de Vasari et de Condivi citée au début? Sa fausseté saute aux yeux .

En vérité, si Jules II s'adressa à Michel-Ange pour peindre la voûte de la Sixtine, c'est parce qu'il l'en savait capable, c'est parce que le jeune artiste pouvait aussi bien peindre que sculpter, c'est parce que le carton de la Guerre de Pise avait fait de lui l'égal de Léonard de Vinci. Et si la voûte de la Sixtine se trouve être « la plus belle fresque de l'art florentin », c'est parce que son auteur, artiste complet comme tous ses congénères, après avoir été à l'école de Ghirlandajo, n'avait jamais renoncé complètement à la peinture.

LA PEINTURE RELIGIEUSE

Phot. Andersen,

Page 1