FIG. 341 — LA SIBYLLE DE DELPHES
Et puis, il faut bien le dire: une peinture exécutée a fresco n'avait pas de quoi effrayer un dessinateur de ce temps. Quand on parle de peinture murale, il faut bien chasser de son esprit tout ce que l'art pictural, usant du procédé à l'huile, suppose, surtout depuis les flollandais, de technique savante, de science ouvrière et d'habiletéTmanuelle. Une fresque, c'est un dessin colorié, un canon rehaussé de
couleur; ce n'est pas de la peinture. De cette peinture-là, tout au moins» peut-on dire ce que Ingres disait à tort de toute, à savoir que le dessin en est les 9/10. Quand le dessin était fait et qu'on en avait arrêté la coloration, la fresque était aux 9/10 terminée. 11 n'y avait plus qu'à calquer le dessin sur le mur humide à l'aide d'un
poncif et à le colorier rapidement avant que l'enduit ne séchât. Tout dessinateur, et Michel-Ange l'était plus que personne, en était capable.
Pareillement, faut-il croire que l'artiste ait accepté l'entreprise à son corps défendant et qu'il y ait été amené de force malgré de suppliants refus? Là encore, l'étrangeté de l'historiette en cours frappe quand on y réfléchit. On serait plus près de la vérité en affirmant que Michel-Ange n'eut aucune hésitation à accepter une pareille tâche, et qu'il s'y livra avec le plus grand enthousiasme.
Je sais que plusieurs passages de ses écrits semblent confirmer la version des premiers historiographes. Ilécrit, par exemple, à son père, le 27 janvier i5o9, donc sept mois après le commencement des travaux :
« Je suis encore tout troublé, parce qu'il y a déjà un an que je n'ai pas reçu un gros de ce Pape; je ne lui demande rien, parce que mon travail n'avance pas assez pour me paraître mériter une rémunération. Cela tient à la difficulté du travail et à ce que ce n'est point là ma profession; je perds donc mon temps sans utilité. Dieu m'assiste! »
Le jour même où il les commença, il écrivait : « Aujourd'hui, 10 mai i5o8, moi, Michel-Ange, sculpteur, j'ai commencé les peintures de la chapelle. » Dans la lettre à Fatucci, citée au début, on aura remarqué l'expression me jorça de peindre. Enfin, dans une de ses poésies, il y revient et déclare qu'il n'est pas peintre : io non essendo pittore.
Mais, en bonne critique, qu'est-ce que cela veut dire? Que Michel-Ange, porté par goût aux travaux de sculpture, regrettait toujours le projet du tombeau abandonné, et ne regardait la peinture que comme un pis aller. A cet homme qui rêvait de marbres plus beaux que ceux des temples antiques, on offrait une voûte à décorer.
Pho:. Steimann.