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FIG. 345 — JESSÉ, FIGURES DÉCORATIVES, CARIATIDES

et des Hollandais, en matière de peinture, par le procédé employé : peinture à l'huile dans le Nord, fresque dans le Midi. Le premier procédé, minutieux et patient, permettant les effets les plus riches, devait amener l'habileté manuelle et mettre le métier de peintre au premier rang; le second, très expéditif et à tendances purement décoratives, laissait toute l'importance au dessin et à la composition.

Le lecteur a maintenant, je crois, une idée suffisamment exacte de Michel-Ange peintre, et sans doute est-il convaincu qu'il n'était pas simplement statuaire quand Jules II s'adressa à lui pour décorer la Sixtine.

Cette chapelle avait déjà reçu avant lui d'autres décorations. Au-dessous des terribles peintures de la voûte et écrasées par elles, courent sur les murs douze compositions montrant le parallèle de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'une d'elles, la Vocation des Apôtres, est de Ghirlandajo, le premier professeur de Michel-Ange. Le vieux maître au style démodé était venu peindre en cette chapelle quelque vingt ans avant que son génial disciple y travaillât à son tour. Il n'était besoin que de regarder son œuvre placée à peine quelques mètres plus bas que les Sibylles pour se souvenir que le jeune Buonarroti avait fait chez lui son premier apprentissage et deviner ainsi l'exagération des premiers biographes de Michel-Ange.

II faut donc se représenter le grand artiste comme maniant indifféremment le pinceau du fresquiste et le ciseau du sculpteur. L'universalité est un de ses caractères, et il le partage avec tous les Italiens de la Renaissance. Léon X ne s'adressa-t-il pas à lui, en i5i6, donc quatre ans après cette peinture, pour drçsser les plans de la

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façade de San-Lorenzo à Florence? Il était donc architecte IJl le prouvera quand il succédera à Raphaël dans la construction de Saint-Pierre et qu'il rêvera, après avoir bâti le Capitule, de transformer les Thermes de Dioclétien en Sainte-Marie des Anges. 11 était aussi poète, et c'est avec un volume de sonnets qu'il se présente à la postérité, comme Hérédia. Sculpteur, peintre, architecte, poète! Géant d'une autre race que la nôtre, il nous apparaît comme l'un de ces héros de l'antiquité qui entraient de plain-pied dans l'Olympe des dieux.

Un dieu? Hélas! ce ne fut qu'un homme. Le demi-dieu manque de ressemblance. Ses écrits évoquent une physionomie douloureuse. Ce fut, à ce qu'il semble, un homme pitoyable, de volonté débile, au cœur malade, et qui, par suite, souffrit toute sa vie. Rongé de névralgies, épuisé par une insomnie perpétuelle, vieux à quarante-deux ans, il vivait dans une fureur de travail continu, soutenu par ses nerfs, entreprenant mille ouvrages, qu'il savait d'avance ne pouvoir mener à bonne fin. Le pessimisme le minait. Il se défiait de tout et de tous. Sujet à des terreurs paniques, il s'enfuit au loin chaque fois qu'il croit sa vie menacée. Toujours seul, et faisant par sa tristesse le vide autour de lui, il fut haï des autres artistes et il le leur rendit. Indécis, il hésite toujours entre deux projets et se dégoûte de l'œuvre commencée pour s'enthousiasmer d'une nouvelle. Faible et sans caractère, enclin à la courtisanerie quand il commence d'ordonner un sujet, il supporte toutes les avanies, ne' se révolte un instant que pour céder ensuite, et consent même à travailler pour les meurtriers de ses amis florentins, qu'il renie. 11 sacrifie tout pour sauver son rêve d'art. Torturé d'amour, il ne fut pas aimé, et ne put jamais s'endormir dans l'affection d'un autre; cette détresse du cœur lui arrache des cris déchirants, les plus beaux de ses vers. A la fin seulement, l'amitié respectueuse de Vittoria Colonna traverse, comme une idylle, sa vie trépidante et le rassérène un instant; mais c'est le moment aussi de ces passions étranges pour de beaux jeunes gens, affections chastes quand même, encore que troubles et morbides^ Et rien ne lui est un sujet de joie, pas même son travail, qu'il accomplit en forçat. Il en est ainsi jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il abdique enfin, vaincu, pleurant une vie inutilement sacrifiée à l'idole de l'Art, déçu de voir tous ses rêves irréalisés. 11 est alors entouré par de nombreux élèves d'un culte passionné qui va jusqu'à l'idolâtrie, et les princes le traitent comme leur égal. Mais il est trop tard, et il meurt à quatrevingt-neuf ans, appelant la Mort qui le délivrera de la Vie, reniant tout de celle-ci, même l'art, dans l'atnour divin qui pour nous prendre ouvre ses bras sur la croix, ainsi qu'il le dit lui-même dans un de ses sonnets :

Ne pinger ne scolpir fie piu che quîeti L'anima; volta a quell' atîior dtpino C'aperse a prender noi'n croce le braccia.

Tel nous le montrent les différents portraits que l'on possède de lui, par Marcello Venusti et François de Hollande. Dans sa face douloureuse, les yeux poignants appellent la compassion. C'est une figure de Golgotha. 11 fut la 'proie d'un génie tyrannique, qui semblait d'une autre nature que lui, et qui seul explique une vie aussi formidable dans un corps et une âme trop faibles pour le contenir.

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