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HIPPOLYTE FLANDRIN

Le nom de Flandrin cache deux personnalités distinctes, celle d'Hippolyte et celle de Paul. La seconde, modestement dissimulée dans l'ombre de la première, disparaît un peu pour la postérité qui ne voit plus que celle de l'aîné, mieux doué et seul original. Mais on ne saurait assez rendre témoignage au concours incessant et oublieux de soi que Paul, influencé par son frère au point de lui ressembler exactement, apporta aux œuvres d'Hippolyte. Collaborateur assidu, il l'aida depuis les premières recherches de l'esquisse jusqu'à l'exécution, croquant rapidement les études préparatoires qu'Hippolyte posait lui-même à défaut de modèle, dessinant pour son compte des figures isolées qui prenaient place ensuite dans l'œuvre de son frère, terminant enfin, après sa mort, ses dernières compositions laissées à l'état d'ébauches. Cette part de collaboration effective, ajoutée au rôle 'de l'élève qui agrandit au carreau la maquette du maître, et quelques œuvres personnelles, comme la décoration de la chapelle des fonts baptismaux à Saint-Séverin (Baptême du Christ et Prédication de saint Jeaji-Baptiste), où l'on retrouve le paysagiste qu'il était surtout, lui font tout de même une place dans l'histoire de son frère, et il faut s'en souvenir quand on étudie celui-ci.

Hippolyte Flandrin, disciple chéri d'Ingres qui le discerna dès son arrivée, en juin 1829, et lui offrit bientôt la gratuité complète en apprenant son dénuement, est, comme il l'a été de son vivant, la grande gloire de son maître. Le prix de Rome qu'il remporta en i83i, en peignant dans une note décorative voisine de l'antique Thésée reconnu par son père, fut un triomphe pour Ingres, le triomphe de sa doctrine jusque-là battue en brèche par le groupe adverse de Gros.

Rome, c'est-à-dire Raphaël et les Grecs, et aussi Giotto, achevèrent l'œuvre commencée dans son âme de peintre par le grand professeur. Le 25 février i833, il écrit à Paul : « Dis bien à M. Ingres que lui, Raphaël et Phidias, voilà les seuls hommes avec lesquels je cause peinture. » (i)

A peine rentré à Paris, en iSSg, le jeune artiste devait avoir l'occasion de trouver

sa vraie voie. On lui offrit, en effet, la décoration d'une chapelle à Saint-Séverin.

La commande ne comprenait qu'un coin de l'édifice et était assez mal payée,

8000 francs, mais il ne pouvait y avoir pour Flandrin d'événement plus heureux.

: Depuis quelques années déjà, on revenait aux traditions de la peinture murale.

(i) Les Lettres de Flandrin ont été publiées par H. Delaborde, avec une biographie, des notes et un catalogue. Une biographie par son neveu, M. Louis Flandrin, a paru en 1902.

Ph(]t. tlanJrin

FIG. 366 — H. FLA.NDRIN t LA CÈNE (Saint-Séverin, 1840.)

On comprenait que ce n'est pas en suspendant aux murs de lourds tableaux encadres qu'on les décore. Mais on n'osait encore confier à un seul un édifice entier, et d'ailleurs, Saint-Séverin, comme toutes nos églises gothiques, n'olTrait pas, en dehors des cloisons latérales, de surfaces pouvant supporter un sujet développé.

Dès les derniers jours de iSSg, Hippolyte se mit à l'œuvre. La chapelle étant dédiée à saint Jean, il peignit d'un côté la Cène qu'il surmonta d'un saint Jean

à Pathmos écrivant sous la dictée de l'Ange son Apocalypse; de l'autre, le martyre de saint Jean plongé à mi-corps dans une chaudière d'huile, et au-dessus la vocation de Jean et de Jacques, quittant leur barque à l'appel de Jésus (fig. 366).

Le procédé employé est celui de la peinture à la cire, auquel Flandrin demeura fidèle toute sa vie.

« Ça a mille difficultés et longueurs, écrit-il à son frère Auguste, le 2 1 novembre iSSg, mais ça ne brille pas. C'est là sa plus éminente qualité. » Par suite de l'excellence des emplacements, ce procédé n'a pas été Jusqu'à présent funeste à ses peintures, sauf ici où la ruine est proche.

La Cène de Saint-Séverin est à bon droit célèbre. Le disciple bien-aimé, comme de juste, y occupe la place d'honneur, et le reste des apôtres est sacrifié au groupe imposant formé par le Christ et Jean qui s'enlèvent au centre en une silhouette sévère. Peinte par Flandrin à l'âge de trente ans, elle a déjà toutes ses qualités de style et de grandeur; elle a aussi déjà tous ses défauts.

On peut deviner que son auteur ne verra du christianisme que le côté austère et demeurera toute sa vie insensible aux ineffables caresses de la plus consolante des religions. 11 sera monacal même quand il faudra être tendre. Ici la déviation de sentiment est frappante, parce qu'il s'agit du sacrement d'amour et du plus aimant des disciples. Comment l'artiste n'a-t-il pas compris qu'un peu de tendresse était de mise et qu'elle devait détendre et adoucir ces figures rigides? Le Christ de cette Cène arrête et intimide; jamais on ne croirait qu'il vient de se donner à nouscomme nourriture. Me pardonnerait-il, ce Christ, si j'allais dans ses bras comme saint Jean pleurer mes fautes? Non, sans doute, et d'ailleurs je n'oserais, car c'est un juge, un Christ de Jugement Dernier. Et je pense par contraste au Christ si amoureusement compatissant de Fra Angelico {Florence, Saint-Marc, 35* cellule) distribuant à ses apôtres extasiés la sainte Communion avec de vraies hosties et un vrai ciboire. Les Lyonnais, dit-on, ont la piété sévère. Flandrin était Lyonnais.

Sur le mur d'en face, le Martyre avère une autre impuissance, celle de traduire une scène animée. Placé entre des païens qui s'enfuient sous le regard du proconsul impassible, et des chrétiens qui l'acclament, saint Jean échappe aux atteintes du liquide brûlant et des flammes que chasse un souffle invisible. Seul le geste d'un bras levé, geste que nous retrouverons à V Entrée des Rameaux et au Passage de la Mer Rouge, met un peu d'exaltation dans cette scène que l'artiste n'a pu arriver à mouvementer. Il est évident que l'homme qui l'a peinte était plus fait pour les calmes cortèges et les graves colloques que pour les émotions violentes. Ce groupe de chrétiens est déjà un fragment de procession.

Malgré cette erreur de pensée et ce manque de vie, la décoration de la chap>elle Saint-Jean était une belle œuvre et annonçait un maître. Aussi, quand au mois de mars 1841 Flandrin ouvrit sa chapelle au public, le succès fut des plus vifs. Il devait lui ouvrirles portesde Saint-Germain-des-Prés dès l'année suivante. Le !«■• juillet 1842, Hippolyte écrit à son frère Auguste : « C'est ici l'occasion de s'élever, car la place est belle et en évidence. Je remercie Dieu de m'avoir donné une si belle occasion de faire de la peinture religieuse. C'est certainement le plus bel ouvrage que j'aurai jamais à faire. » Il devait en avoir de plus beaux, car on ne lui demandait pour l'instant que le sanctuaire.

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Les deux surfaces à décorer étaient celles qui se dressent à droite et à gauche du maître-autel. Flandrin représenta à gauche VEntrée des Rameaux, k&to'WQXdi Montée au Calvaire : deux marches, l'une triomphale et glorieuse, l'autre de douleur et d'ignominie. Sur chacune des deux parois, Flandrin développa une large composition pleine de dignité et de noblesse. Trop calme dans le sujet des Rameaux, qui eût demandé la fougue d'un Chassériau, il est bien pour le Chemin de la Croix dans la note voulue. Flandrin ne fera jamais mieux (fig. Sôy).

Les deux compositions sont à fond d'or mosaïque et le cortège occupe sur une bande ininterrompue tout le preniier plan. On sent la préoccupation de garder un aspect mural rigoureux. Les silhouettes des soldats paraissent détachées de quelque arc romain, et le cheval du centurion vient tout droit du Parthénon. Il y a des trouvailles heureuses comme celle du légionnaire qui repousse Jean de sa baguette. Ingres, dit-on, exultait. Il dut reconnaître pour sien le bourreau qui traîne le Christ, mais un emprunt n'était pas pour lui déplaire. Passant et repassant devant son élève attendri, dont il serrait furtivement la main, il répétait :

— Voilà qui est grand comme les grands maîtres 1

Et sans doute dut-il lui redire la parole dite à Rome en i836 au sujet du Saint-Clair:

— Non, mon ami, la peinture n'est pas morte, je n'aurai donc pas été inutile! Avec moins de vie et plus de convention, et surtout une dépendance plus grande

du modèle, Flandrin venait de réaliser son rêve le plus cher. Pour en faire la critique complète, il aurait sufR au maître de reprendre l'appréciation qu'il avait donnée du Polités, aujourd'hui au Louvre, en 1834 : « Il y a là toutes les qualités qu'ils ne comprennent pas, mais on va me tomber dessus, car il y a aussi tout ce qu'on peut me reprocher. »

Ces deux pages magistrales ne sont pas tout ce que Flandrin a fait dans cette première décoration de Saint-Germain-des-Prés; deux rangées de figures, les unes historiques, les autres symboliques, s'étagent au-dessus : la Foi, l'Espérance, la Charité, la Patience, la Force, la Tempérance, la Justice, la Prudence; et tout en haut : saint Germain, saint Vincent, Childebert, Ultrogothe, saint Doctrovée, Robert le Pieux, Alexandre III, l'abbé Morard. Tout cela échappe au regard. Flandrin y a dépensé son talent en pure perte.

Cette partie de l'église était à peine terminée que le plan s'élargissait. Baltard, en effet, venait d'être nommé inspecteur des Beaux-Arts, et son premier soin était de confier à Flandrin la décoration entière du chœur. L'artiste y joignit donc les douze apôtres, l'Agneau mystique entouré des quatr-e animaux symboliques, et quatre anges, ceux-ci dans la voûte.

Les figures des apôtres donnèrent lieu à de longues hésitations. De quelle couleur fallait-il peindre leurs vêtements? Hippolyte écrit à Paul le 12 juin 1847 : « Je suis fort tourmenté par une idée qui m'est venue hier. Pensant que les couleurs des apôtres ne sont pas une tradition bien ancienne, j'ai pensé tout à coup à les faire tout blancs. Ces douze hommes uniformément blancs feraient une impression bien plus imposante que le bariolage des autres couleurs. » Hésitant, il consulta Ingres qui répondit: « Ne faites pas ça! » Il le fit tout de même après avoir essayé des violets, et Ingres cria : « Bravo 1 Ça va beaucoup mieux 1 » On peut voir aujourd'hui ces douze figures drapées de manteaux blancs sur un fond or à rinceaux verts.

L'hésitation de Fiandrin comme la première réponse d'Ingres nous étonnent un peu, car enfin c'est l'harmonie déjà réalisée à Saint-Apollinaire- Neuf de Ravenne par la procession des vierges, et Fiandrin n'était pas sans connaître ces mosaïques byzantines, bien qu'il ne fût jamais allé à Ravenne.

Et Ingres les ignorait-il?

Le visiteur est porté aujourd'hui à attribuer à la même période les peintures de la nef et celles du chœur. Huit ans cependant les séparent, et je dirai plus loin ce qui les distingue. Entre deux, de 1848 à i856, Fiandrin décora trois églises: Saint- Paul à Nîmes, Saint-Martin d'Ainay à Lyon, Saint- Vincent de Paul à Paris.

La décoration de Saint- Paul à Nîmes fut exécutée en six mois. Comme elle est considérable, on ne s'explique une pareille rapidité que par l'aide que lui apportèrent, en dehors de Paul, de nombreux amis : Louis Lamothe, Paul Balze, Dénuelle, Chancel, Pagnon, etc. Elle comprend Jes trois absides et les murs latéraux. Au foHd de l'abside centrale, un Christ colossal est adoré par un esclave et un roi qui lui présentent l'un sa couronne, l'autre ses fers.

LA DECORATION MODERNE

Les Pères de l'Église, les évangélistes et deux anges encadrent cette page qui a comme pendants dans les autres absides: le Couronnement de la Vierge et le Ravissement de saint Paul. Sur les murs des bas-côtés se déroule le double défilé des vierges et des martyrs, douze par chœur, disposés un à un comme à Ravenne.

Les peintures de Saint- Martin d'Ainay à Lyon n'ont pas la même importance. On n'y compte que onze figures réparties en trois absides : le Christ entouré de la Vierge, de sainte Blandine, de sainte Clotilde, de saint Pothin, de saint Martin et de saint Michel ; saint Badulfe bénissant son abbaye ; saint Benoît donnant sa règle aux moines d'Ainay, Leur exécution occupa tout l'été de i855.

La décoration de Saint- Vincent de Paul à Paris est une des œuvres capitales de Flandrin, qui y travailla de 1849 à i853.

Tour à tour confiée à Delaroche, à Ingres, à Flandrin, à Picot, elle le fut finalement à Picot et à Flandrin réunis. Picot se réserva le chœur; la nef resta à Flatidrin.

Il s'agissait de décorer l'espace compris entre la colonnade et les tribunes.

Pouf orner cette longue

bande qui s'étend de chaque côté sur une longueur de Sg mètres et se poursuit encore dans le fond, formant un ruban de gS mètres X i^jyo, Flandrin adopta le parti de la procession. Au thème primitif, déjà essayé à Nîmes, il donna une ampleur incomparable, et déroula sur la muraille l'imposant défilé de i6o personnages.

A la suite de deux anges porteurs de couronnes, la multitude des saints s'avance, les bienheureux d'un côté, les saintes de l'autre, conformément à l'ancienne discipline ecclésiastique, qui séparait, dans les églises, les hommes des femmes. Six chœurs s'avancent ainsi de chaque côté. A gauche : les apôtres graves, rudes et incultes; les martyrs illuminés par la joie du triomphe; les docteurs aux pensées profondes; le^ évéques majestueux et solennels; les confesseurs revêtus de quelque dignité humaine; les confesseurs qui ne furent sur terre que de pauvres gens. A droite : les vierges martyres héroïques dans un frémissement de palmes; les vierges pures et blanches comme des lis; les saintes femmes, en deux groupes, entourées du gracieux cortège de leurs enfants; les saintes pénitentes, les unes ensevelies sous la bure, les autres se dépouillant de leurs atours; les saints ménages, couples pudiques la main dans la main. Un palmier, réminiscence de celui qui, à Ravenne, accompagne chaque personnage, sépare les chœurs. La prédication de saint Pierre et de saint Paul aux Orientaux et à la gentilité d'Occident fait suite sur le mur du fond (fig. 368 et 36g).

De couleur agréable et noblement drapés, tous ces personnages en marche vers le chœur, où Picot a peint une sorte de Christ Pantocrator, se détachent sur un fond ocre tamisé par un fin treillis d'or, « qui a l'avantage, écrit Flandrin à son frère, de laisser voir la peinture », contrairement au fond or pur. Le mot est à l'adresse de Picot. L'effet est riche, harmonieux et d'une vraie grandeur. Théophile Gautier définit d'un mot juste ces admirables peintures lorsqu'il les appela dans le Moniteur (i8 octobre i856) les « Panathénées chrétiennes ». Mais plus encore que de la frise du Parthénon, Flandrin s'était inspiré des processions byzantines, si nombreuses en Italie, qui d'ailleurs ne sont elles-mêmes qu'une dérivation abâtardie du thème créé par Phidias. Malgré son caractère soutenu, la peinture de Saint-Vincent de Paul est loin de la sculpture athénienne," dont elle n'a pas la liberté d'allure ni le haut style; et j'ose dire que la mosaïque ravennate, elle aussi, malgré l'infirmité de ses moyens d'expression, la dépasse. L'impression est plus profonde à Ravenne qu'à Paris, par suite même du parti simpliste adopté par le mosaïste, qui n'était qu'un barbare, mais que soutenait une tradition encore puissante. Ces personnages séparés, un à un, de costume semblable et au geste pareil, détachant leurs silhouettes uniformément blanches sur un fond d'or rompu, où tranche après chacun d'eux un palmier vert émeraude, sont d'une grandeur inoubliable. A Paris, la variété tant recherchée par Flandrin, qui craignait la monotonie, a été destructive de l'effet d'ensemble si remarquable à Ravenne.

Une lettre de l'artiste nous fait connaître qu'il eut dans ce travail un collaborateur inattendu, le P. Cahier. Le savant Jésuite, auteur de la Caractéristique des Saints, documenta Flandrin sur la garde-robe si compliquée des saintes. Soutenu par l'érudit et par son propre talent, le grand artiste sut donner au mystique défilé un air de vérité qui nous enchante encore. Cet enchantement, Ingres le ressentit plus qu'aucun

LA DÉCORATION MODERNE

autre. On raconte que, ne tenant pas en place, il ne cessait de crier à son illustre élève, entre deux embrassades :

— Mais on dirait que vous les avez tous vus, ces gens-là!

Œuvre consciencieuse d'un homme préoccupé surtout, suivant son expression, de « serrer la forme », ce magnifique travail pèche par son excès de conscience même. Le nombre des plis y est incalculable et chacun d'eux est inexorablement suivi depuis sa naissance jusqu'à son expiration. Aussi de ces belles draperies étu-

Phot. Flandrin.

FI(3. 370 — H. FLANDRIN : LA NATIVITÉ (Saint-Germain-des-Prés, i856.)

diées à l'extrême l'ennui est-il indéniable. C'est là le défaut de cet art, plus probe qu'ému, qui croyait avoir atteint sa limite quand il avait extrait d'un modèle savamment drapé quelque noble dessin. Et si nous sortons de la technique pour aborder la question de sentiment, il faut regretter, ici comme à Saint-Séverin, la piété sévère, presque douloureuse, de l'artiste qui lui a fait concevoir cette vision céleste avec une austérité monacale. On voudrait plus d'allégresse chez tous ces bienheureux. Fra Angelico nous a habitués à une tout autre conception du ciel et de ses habitants. Ceux-ci, on le croirait, cheminent encore dans notre vallée de larmes.

Flandrin avait à peine terminé Saint-Vincent de Paul qu'on lui confiait la nef de Saint-Germain-des-Prés. Il ne devait pas la terminer.

Dans cette vieille nef romane, la muraille, échancrée en bas par les arceaux des grandes arcades, arrondie en haut par les nervures de la voûte, trouée au milieu par les fenêtres, présentait des surfaces irrégulières. Flandrin en tira le meilleur parti.

Au niveau des fenêtres, il fit régner une rangée de 42 personnages isolés, empruntés à l'Ancien Testament. Adam vient en tête et saint Jean-Baptiste en queue. Puis, divisant en deux l'espace de chaque travée, il accoupla dans ces deux rectangles échancrés deux scènes jumelles, empruntées l'une à l'Ancien, l'autre au Nouveau Testament, et qui se répondaient étroitement. La série débute avec l'Annonciation et le Buisson Ardent; elle se termine avec l'Ascension et le Jugement dernier. Et cela fait vingt grandes compositions.

La concordance est si savante que, sans nul doute, le P. Cahier dut insuffler à l'artiste sa science des préfigures telle que la comprenait le moyen âge (fig, Syo).

Dans cette œuvre, qui fut sa dernière, Flandrin a renoncé aux fonds plats, dorés ou mosaïques, dont il avait usé jusque-là. Sans doute, la nature des sujets l'y poussa, et la nécessité de les situer dans un cadre; mais il faut croire qu'une évolution nouvelle l'y portait, car la raison existait déjà pour l'Entrée des Rameaux et la Montée au Calvaire, peints dans le sanctuaire quatorze ans auparavant. C'est donc la croyance à une liberté plus grande qu'il faut y voir et l'abandon d'une conception trop rigide.

Supérieure encore à la frise de Saint-Vincent de Paul, la nef de Saint-Germain-des- Prés représente le dernier- effort tenté par Fandrin pour atteindre à la perfection. Certaines scènes, comme la Nativité, l'Adoration des Mages (fig. 284), le Calvaire, seront toujours admirées, pour leur noblesse et leur éloquence. On voudrait seulement y voir transparaître un peu plus d'humanité qui rendrait cette noblesse et cette éloquence moins mornes.

Flandrin avait entrepris cet ouvrage en i856. En 1861, il dut l'interrompre. En 1 864, il mourait à Rome, laissant à Paul le soin de terminer l'œuvre commune. Ingres, alors âgé de quatre-vingt-quatre ans, lui survivait, inconsolable.

Un peu oublié aujourd'l^ui, à cause de l'importance actuelle de la couleur, qui chez lui tient peu de place, et du sentiment qui est tout autre, Flandrin a été de son vivant le plus privilégié des décorateurs d'églises. D'autres que lui eussent mérité de semblables faveurs. A tout prendre, Mottez et Brémond sont aussi intéressants, et Chassériau le dépasse.

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