PEINTRES D'ÉGLISES
Ce chapitre devrait pouvoir s'intituler : Lourdes, Fourvière, Montmartre. Il semble, en effet, que, bâties par la génération qui a vu de si beaux décorateurs, nos trois grandes basiliques devraient être montrées comme le miroir où se reflète le meilleur de l'art contemporain. Il n'en est rien cependant et l'histoire de notre peinture décorative peut être écrite sans qu'on invoque leur témoignage. Celui-ci lui est même étranger.
Cette constatation, en ce qui concerne Montmartre, se tempère d'un espoir. La basilique du Sacré-Cœur n'a, en effet, encore reçu que des décorations secondaires dans les chapelles latérales, des mosaïques exiguës sur Jeanne d'Arc, saint Louis, saint Benoît Labre, la Bienheureuse Marguerite-Marie, par H. Pinta, Lionel-Royer et Marcel Magne. Plus importante et meilleure, une autre mosaïque, oeuvre de Marcel AL-îgne, remplit la coupole de la Vierge. Elle représente Marie montant au ciel entourée de sept anges et d'un cercle de bienheureux qui l'acclament (fig. 390). Elle n'a qu'un défaut, celui d'être invisible; cette coupole est un trou noir que rien n'éclaire. La décoration de Montmartre se réduit à cela pour le moment.
Le Rosaire de Lourdes ne nous offre pas la même marge pour rêver d'avenir. Là, le principal est fait. Autour de la rotonde encore à décorer se développent les quinze chapelles circulaires, divisées en trois groupes de cinq comme le rosaire aux mystères duquel elles sont consacrées. Dans chacune d'elles une mosaïque importante occupe la paroi du fond au-dessus de l'autel, et cela fait, sans compter ce qui les accompagne, quinze compositions historiques narrant les principaux épisodes joyeux, douloureux, glorieux de la vie du Christ et de la Vierge, depuis l'Annonciation de Marie jusqu'à l'Ascension de Jésus. La plupart relèvent simplement de l'imagerie. Sur le nombre, on ne peut en citer que trois d'une vraie valeur : VAscension par Edgar Maxence, la Pj'ésentation et la Flagellation par Louis-Edouard Fournier, le même qui, au Grand Palais des Champs-Elysées, a si bien ordonné la belle frise en mosaïque sur l'histoire de l'Art. Encore que le dessin flageole un peu, c'est d'un véritable artiste entendu dans la décoration. Tous deux sont des isolés à Lourdes. Plus de compétence dans la direction artistique eût amené à leur côté d'autres noms et d'autres oeuvres. La richesse d'exécution se fût alors superposée à la richesse artistique (fig. Bgi).
Notre-Dame de Fourvière est tout entière l'œuvre de Lameire, et c'est sa dernière œuvre : il ne l'a pas vue terminée.
Celle-ci comprend surtout quatre grands panneaux représentant : la première
évangélisation de l'antique Lugdunum par saint Pothin, la bataille de Lépante, le vœu de Louis XIII, le dognne de l'Immaculée Conception (fig. 392). L'artiste, qui était un dessinateur nerveux, expert à donner du caractère à une figure, n'était pas un compositeur de grande envergure. Il lui manquait les qualités essentielles
Phot. Magne.
FIG. 390 — M. MAGNE : l'aSSOMPTION (Montmartre.)
pour garnir d'aussi beaux espaces et traiter d'aussi vastes sujets. Aussi est-ce la composition qui manque dans ces immenses pages formées de morceaux adroitement réunis. L'une d'elles, la seconde, avec son défilé de chevaliers, rappelle la frise héroïque que cet artiste avait esquissée dans ses débuts pour un projet de monument abandonné.
Antérieurement à Fourvière, le même avait composé pour l'abside de la Madeleine une bande circulaire formée de saints et de saintes rangés autour du Christ (fig. 393). Il a aussi à son actif des peintures à Saint-Martin d'Ainay de Lyon, à Saint-Catien de Tours et à la cathédrale de Moulins. Son œuvre la plus complète
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FIG. 3qI — E. MAXEN'CE (Lourdes.)