L ASCENSION
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est la décoration de la chapelle grecque de la rue Bizet, à Paris. Exécutée sur l'enduit même du mur préalablement strié de rainures horizontales, qui, en amenant des ombres et des lumières, donnent à la peinture le velouté d'une tapisserie, elle tire de cet expédient une partie de sa beauté. Les thèmes eux-mêmes sont byzantins, mais traités dans un esprit moderne. Au fond du chœur, le Pantocrator. Dans la coupole, la Vierge et les apôtres entourant le trône divin. Au-dessous, une frise d'animaux s'abreuvant aux quatre fleuves du paradis terrestre. Dans les pendentifs, les quatre grands prophètes. Dans les voûtes et sur les murs, une série de personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament. (Voir p. 253.)
Formée de îigures séparées, sur fond or, cette décoration nous donne la vraie mesure du talent de Lameire.
Elle est celle d'un bon dessinateur qui ne peut se hausser plus haut que le morceau. Incapable d'un ensemble tant soit peu compliqué, Lameire n'était à son aise que devant le thème de la procession. De là la façon détournée dont il revient sans cesse à ce dispositif facile; qui lui permet d'aligner sans risques ses études fragmentaires. Celles-ci sont toujours d'un tracé énergique qui vise au caractère; mais l'exagération du trait incisif leur donne un aspect bistourné et faussement héroïque qui les fait grimacer.
Nos trois grandes basiliques fournissent donc peu de choses à l'histoire de l'art religieux, mais celui-ci est représenté ailleurs, et le meilleur se trouve encore dans les plus humbles de nos sanctuaires.
Parmi eux, la première place revient sans conteste aux églises décorées par cet extraordinaire Borel, en l'honneur de qui Haysmans écrivit dans La Cathédrale (p. 38o) une page enthousiaste quand il l'eut découvert.
Paul Borel, élève de Janmot à Lyon , a été, sa vie durant, un inconnu en dehors d'une élite. Il a'fallu sa disparition pour qu'il paraisse sur lui quelques articles de journaux et de revues (i). C'est qu'en effet, solitaire comme toutes les fortes personnalités, Borel n'exposa jamais et se tint toujours en dehors du milieu artistique. Toute sa vie fut consacrée] à travailler obscurément, autour de lui,
(i) M. Alphonse Germain a]i consacré à Borel un chapitre de son volume les Artistes Wonnais.
pour les maisons de Dieu. Les plus privilégiées furent les églises de son ami Bossan, qu'il para de son pinceau, ajoutant encore, car il était riche autant que généreux, à l'offre désintéressée de son concours des dons royaux pour leur achèvement. Je sais telle chapelle de communauté, où l'artiste, après avoir exécuté les peintures demandées, donna en plus de sa collaboration 5ooo francs de messes. Ce grand artiste était en même temps un grand chrétien.
Le premier essai mural de Borel date de 1862 et se trouve à l'oratoire des Carmes de Lyon, aujourd'hui dépôt des archives. 11 représente une Adoration des bergers et des Mages. Ses oeuvres principales sont à l'église d'Ars et à la chapelle des Domi-
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FiG. ogo
• PAUL BOREL : SAINTE CLAIRE DE MONTEfXlCO (Chapelle des Auguslincs, à Versailles.)
nicains d'Oullins. Les peintures d'Ars retracent en huit scènes la vie de sainte Philomène. Au-dessus se dressent des anges, et dans le pourtour se profilent de saintes veuves et des pénitentes célèbres. Les peintures d'Oullins représentent: Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, Tobie guérissant son père aveugle, les disciples d'Emmaûs en quatre épisodes (Sur la route d'Emmaûs. L'arrivée à l'hôtellerie. La fraction du pain. Après la disparition du Christ), l'Institution du Rosaire, le miracle de saint Thomas dit des Saintes Espèces. Ce sont les plus typiques de l'artiste. Dans l'abside de Saint-Paul de Lyon, Borel a peint quelques épisodes de la vie du grand apôtre, et dans la chapelle des Augustines de Versailles il a tracé toute une série de figures monastiques d'un ascétisme impressionnant : saint Augustin, sainte Monique, saint Augustin avec saint Ambroise, saint Augustin avec saint Alype, sainte Claire de Montefalco, sainte Julienne. D'autres œuvres de lui se
LA DECORATION MODERNE
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FIG. 396 — P. -H. FLANDRIN : LE COURONNEMENT DE LA. VIERGE (Chapelle de Notre-Dame de France, à Jérusalem.)
trouvent aux fonts baptismaux de Saint-Irénée de Lyon et à la chapelle de l'hôpital Saint-Joseph. Toutes sont exécutées à la détrempe sur toile (fig. 394 et SgS).
Dramaturge puissant, Borel excelle dans le pathétique. Son quatrième épisode d'Emmaûs est particulièrement à citer; c'est sans doute ce qu'il a fait de plus beau.
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Le Christ est absent, et il demeure pourtant le personnage principal du tableau. Tous les disciples sont tendus vers lui, disparu, et l'on sent un vide énorme (vide moral plutôt que physique, car le tableau n'a pas de trou), le vide laissé par Celui qui était là et qui n'y est plus. Une œuvre pareille suffirait à classer son auteur parmi les plus grands. Quand il est ainsi bien inspiré et complètement lui-même, Borel ne ressemble à personne. On serait alors bien embarrassé de lui donner des ascendants, car cela ne rappelle rien dans le passé. Et cet art n'a aucune des grâces qui charment d'ordinaire dans les œuvres plastiques, La lourdeur des plis et l'aspect noirâtre de la peinture lui donnent un aspect rude et quelque peu sauvage, mais l'éloquence la plus poignante soutient ce parler abrupt dénué de tout agrément. L'épithète d'extraordinaire est la seule qui convienne à ce grand artiste, Lyonnais comme Flandrin, comme Puvis de Chavannes et comme Janmot son maître.
C'est encore un Lyonnais que M. Flandrin, fils d'Hippolyte, dont il continue la tradition. De lui on ne trouvera ici que le Couronnement de La Vierge que cet artiste a peint sans souci de gain pour la chapelle Notre-Dame de France à Jérusalem, où il voisine avec une procession de saints palestiniens et six panneaux historiques. Mais ce n'est là qu'une partie de son œuvre. Celui-ci comprend encore l'arc triomphal de Saint-Pierre-de-Chaillot à Paris, le chœur de Saint-Martin de Pau, et la chapelle Saint-Jean de la rue de Vaugirard, dont le Calvaire, la Cène et le Saint Jean ramenant la Sainte Vierge méritent de grands éloges. On y retrouve le souvenir adouci du peintre de Saint-Germain-des-Prés, sur les traces duquel il a été amené à marcher malgré lui, et bien que le nom même qu'il portait lui fît redouter une pareille tentative (fig. 396).
Comme peintures d'église, il faut encore signaler : les scènes évangéliques de Fernand Maillaud au Sacré-Cœur d'Issoudun, encore que ce soit dans un réfectoire; les figures emblématiques (les Arts) de Maxence, Girard, Azambre et Roduigue à la
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FIG. 3q7 — MONTÉNARD : LA PRÉDICATION DE SAINTE MADELEINE (Eglise de la Sainte-Baume, 1012.)
LA DÉCORATION MODERNE
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chapelle Saint-Jean de laruedesSaints-Pères, à Paris ; la vie de sainte Marie-Madeleine par Montenardàla Sainte- Baume, toiles lumineuses qui valent surtout comme paysages (fig. 397); et les compositions de Boutet de Monvel sur Jeanne d'Arc.
Celles-ci ont été exposées au Salon en 1899 et 1909. On les disait destinées à la basilique de Domremy. C'était d'abord Jeanne à Ckinon, puis IdiVocation de Jeanne, et Jeanne au Sacre.
En 1 9 1 3, la suite a paru sous forme de maquettes : le Dépa?'i de la Pucelle, la Bataille, le Procès de la Pucelle.
Rien de tout cela n'a été fini, ou fini n'a été placé. L'une d'elles est même partie pour le musée de Chicago.
L'artiste, malade depuis longtemps, est mort, après avoir renoncé à une commande qui faisait honneur à l'architecte Sédille, et M. Lionel- Royer a recueilli sa succession. Six panneaux de ce dernier ont été exposés au salon des Artistes Français en 191 3 et le reste en 1920. Les sujets
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FIG. Sgg — BOLTET DE MONVEL : LES VISIONS DE JEANNE d'aRC, I9O9
sont les mêmes que chez Boutet de .Monvel, mais là se borne la ressemblance. Quelle malchance a donc voulu celte substitution? Il faut certainement la regretter pour l'Art. Dans l'église de Jeanne on aurait voulu ces gigantesques enluminures, riches et douces comme des pages de manuscrit, aussi plaisantes à l'œil qu'évocatrices pour l'esprit, qui semblaient d'un autre âge et qui pourtant étaient très modernes. L'épopée de la Libératrice y était à la fois mystique et simple, héroïque et candide, féerique et familière. Elle avait le charme des contes de légende et la saveur d'une page d'histoire. Visions célestes, cortèges de moines, mêlées d'hommes darmes dans un enchevêtrement de lances, réunions somptueuses de seigneurs à la cour du roi de France, tribunal aux juges cruels, tout cela se succédait en une série de grandes images d'apparence naïve, dessinées et peintes avec l'intensité minutieuse d'un Primitif. Mais l'art le plus nouveau et le plus savant se cachait sous ces dehors dont l'ingénuité, jointe à un sentiment exquis, faisait le charme. Et bien qu'il n'y eût là aucun vain étalage d'érudition archéologique, l'atmosphère où vécut la bienheureuse vierge lorraine y était cependant. Artiste, Boutet de Monvel avait su donner à tous ses personnages cet accent de vérité et ce caractère authentique qui constitue la grosse diflîculté de toute représentation historique, l'écueil où viennent se heurter les peintres sans âme. Ceux-là n'aboutissent qu'à des mascarades formées, ainsi qu'au théâtre, de figurants déguisés sous des habits d'emprunt. On y sent toujours l'acteur ou le modèle qui pose, comme dans le tableau vivant. C'est un art faux, redouté des vrais artistes l'fig. 898 et Bggi.
Depuis, un groupe de catholiques des beaux-arts a peint la chapelle Sainte-Cécile, à Paris; Amédée et Paul Buffet ont orné la chartreuse Aula Dei, en Espagne, d'une Vie de la Vierge; Barillet a décoré le chœur de Saint-Honoré d'Eylau de trois grandes compositions : la Transfiguration, la Cène et la Fontaine de Vie; Quelvée a évoqué Sainte Geneviève aux Grandes Carrières (Seine); Valentine Reyre a doté une chapelle de Verneuil (Eure) et l'église de Coulans 1 Sarthe) d'un chemin de la croix; Simon s'est inspiré de la grande guerre pour peindre Notre-Dame du Travail à Paris; Girard a chanté la Vierge du Rosaire à l'église de Voiron (Isère); et Maurice Denis... mais celui-ci va nous fournir la matière d'un chapitre entier.