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FIG. 46 — LES SAINTES-MARIES-DE-LA-MEB, BOUCHES-DU-RHÔNE

archéologues (i). Telle qu'elle est, c'est une construction du xii* siècle, faite en deux fois, comme l'indiquent le ressaut qui suit la seconde travée et la forme des arcs, qui sont en plein cintre dans l'abside, en tiers-point dans la nef. Sa fon-

(i) Si, parmi les livres visés, je cite ici le méritant ouvrage de Revoil en trois tomes, V Architecture romane du midi de la France, paru en iSyS, c'est à cause des planches gravées qui permettent une étude directe. Le texte est à corriger d'après l'enseignement actuel qui rajeunit la plupart de nos monuments.

dation date de 1144, et fut l'œuvre de la comtesse Constance de Toulouse. Elle a remplacé une autre église ruinée par les Sarrasins, et dont proviennent peut-être les deux lions mutilés que l'on a encastrés à droite et à gauche d'une ouverture murée. Ces deux lions de marbre, auxquels la tradition locale attribue une antiquité fabuleuse remontant jusqu'aux Grecs, paraissent être les frères aînés des monstres similaires accroupis sous des colonnes aux portails de Saint-Gilles et de Saint-Trophime d'Arles. Ce sont, sans doute, des lions chrétiens, et non les débris d'un temple païen, comme on le dit.

Vue du dehors, l'église-forteresse tire sa principale qualité défensive d'un chemin de ronde bâti en encorbellement sur des consoles, qui circule tout autour de l'édifice. Des mâchicoulis s'ouvrent entre les arcatures, et le haut est hérissé de créneaux. Les murs, épais de i°',25, sont renforcés tous les 4 mètres d'un contrefort au dehors et d'un pilier au dedans. Sur l'abside circulaire s'élève une seconde chapelle qui en continue le dessin à pans coupés : cette chapelle haute est en réalité un dcnjon. A l'autre bout, sur la façade, une tour du guet lui répond, doù l'on surveillait la plaine environnante et la mer ennemie. Entre les deux, la toiture presque plate est recouverte de larges dalles que divise au centre, comme une arête, une crête en pierre découpée d'un joli dessin.

Au dedans, c'est une simple salle voûtée en berceau, que termine une abside. De rares et minces fenêtres sur la face méridionale seulement, étroites comme des fentes, y distribuent un jour parcimonieux. Un puits grillé, au milieu de la nef, évoque la possibilité d'un siège; et, dans le bas, au Nord, une porte basse en fer, à la serrure gigantesque, dit avec quelle crainte on établissait les ouvertures.

On aime aujourd'hui, quand la rumeur de la mer augmente, ou que la course de taureaux dans la place attenante fait pousser des cris à la foule, imaginer les drames anciens, lorsqu'à l'appel du guetteur sonnant de la trompe pour annoncer l'approche des pirates, les femmes et les enfants accouraient s'abriter dans la sainte forteresse, et que les hommes vaillants montaient sur le toit crénelé, pour darder, écraser, ébouillanter de là les assaillants. Alors vraiment, l'église, réalisant complètement son rôle de bouclier terrestre contre toute sorte d'ennemis, apparaissait comme le seul refuge, sauvegarde à la fois des âmes et des corps. Ce n'était plus seulement l'abri mystique, où l'on vient se" fortifier soi-même pour les luttes qui se livrent au fond du cœur, et dont notre éternité est l'enjeu. C'était la citadelle unique, celle qui protège des flèches sarrasines aussi bien que des embûches du démon. Et sans doute la pensée du fidèle angoissé confondait-elle alors ces deux aspects du rôle de l'église et que sa forme même merveilleusement symbolisait. Il trouvait ainsi tout en elle : la satisfaction par la liturgie, les chants, les images peintes, de ses aspirations vers la beauté en temps de paix; en temps de guerre, la sécurité.

Aujourd'hui, la mer latine ne connaît plus de corsaires; les côtes barbaresques sont devenues françaises, et les routes ont cessé d'être infestées par les malandrins. L'église-forteresse, qui ne correspond plus à rien de notre âge, demeure le témoin vieilli d'une époque où elle eut à jouer un rôle aujourd'hui périmé. Seul, l'artiste ressent encore la poésie qui se dégage toujours d'elle; et nous sommes tentés de voir une pensée symbolique en ce que le moyen âge considéra seulement comme une nécessité de la vie.

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