INTÉRIEUR DE SAINT-PIERRE DE ROME
tionnent, qui permettent de calculer rapidement. Un membre d'architecture ne dépasse pas 1 5 mètres. Si le programme comporte une plus grande élévation, l'architecte tracera un second étage, car l'idée d'agrandir une forme ne lui vient même pas à l'esprit. Dans les parties hautes, il multipliera les détails, beaucoup plus que dans le bas, et d'aucuns, trop raisonneurs, seront tentés de les trouver inutiles, parce qu'ils ne les distinguent pas nettement. Mais c'est au contraire cela qui fait leur nécessité. Car il en est d'eux comme des milliers de feuilles qu'un arbre porte sur sa cime. Leur nombre, par cela même qu'il est incalculable, donne une impression d'infini, et c'est ce qu'on a voulu. Enfin, à l'intérieur des formes, le morcellement sera volontairement menu, et on subdivisera indéfiniment, de façon à éviter les trop grands vides. C'est ainsi que la distance d'un meneau à l'autre, dans une fenêtre, ne
dépassera pas i"\25, et dans le vitrail lui-même l'armature de fer dessinera des panneaux de 1 ou 2 mètres carrés seulement.
Que nous voilà loin des bons élèves de Vignole, experts à agrandir mécaniquement les ordres grecs et romains !
A l'aide de ces idées générales, le lecteur est à même de résoudre tout seul le problème posé au début de ce chapitre. Un parallèle entre Saint-Pierre de Rome et Notre-Dame de Paris lui permettra d'en faire l'application.
De quoi se compose la façade de Saint-Pierre? De deux membres seulement: une colonnade et un attique. Deux étages à eux seuls ne donneront jamais l'impression d'une grande hauteur, ces deux-là moins que d'autres, puisque ce sont des formes nexpressives et originairement petites. Et pour en apprécier la dimension, l'oeil n'a que la statuaire et les ouvertures. Or, les statues ont 5 mètres de haut, et portes et fenêtres sont à leur taille. L'œil est donc dérouté. Cette façade de 5o mètres lui paraît en avoir 20 : il ne saurait en être autrement.
A la façade de Notre-Dame, l'artiste a commencé par établir cinq zones : les portails, la galerie des Rois, la rosace flanquée de deux fenêtres, la grande galerie à jour et les tours. Des espaces vides, surfaces de repos heureusement distribuées au-dessus de la première et de la troisième, évitent toute impression d'enchevêtrement. Le second, le quatrième et le cinquième étages sont subdivisés encore par une balustrade, qui, à l'avantage de porter le nombre des membres à huit, ajoute celui de rappeler l'échelle humaine. Celle-ci, d'ailleurs, se trouve indiquée partout, et dès l'abord, en bas, par la statuaire des portails où le Christ, la Vierge et les saints ont la taille des visiteurs qui les coudoient en entrant. Et quel balancement rythmé de formes et de lignes! Au premier étage, où l'ossature verticale s'affirme pour diviser la largeur en trois compartiments, les portails forment comme trois voûtes au dos puissant sur lesquelles repose tout l'édifice. Au-dessus, celui-ci est barré d'une énorme horizontale par la galerie des Rois. Dans le troisième étage, on ne voit guère que des courbes, des formes concentriques et circulaires. L'architecte a tiré du rond tout ce qu'il pouvait. La verticale n'y apparaît que dans l'ossature pour maintenir les compartiments du bas. Le quatrième et le cinquième étages subitement s'allègent, et c'est une fusée continue de lignes droites, qui montent éperdument, solidement maintenues à la base et au sommet par l'horizontale d'un bandeau, d'une corniche et d'une balustrade. Tout en haut, les tours étagent leurs trente et quelques assises nettement jointées. Pour les accuser encore davantage au regard, chacune d'elles s'agrémente d'un énorme crochet en saillie, et cela fait une longue dentelure, découpée sur le ciel, que l'on renonce à compter, tellement elle apparaît incalculable. Rappel de la stature humaine, petitesse des modules, nombre des divisions, fractionnement des formes, alternance des lignes, tout concourt ici à donner à l'œil une impression immédiate adéquate à la réalité. Cette façade, simplement grande, paraît immense.
La comparaison des travées est tout aussi concluante. Celle de Saint-Pierre se compose de deux piles reliées par un arceau et flanquées d'un pilastre qui monte jusqu'à la corniche pour recevoir la voûte. Elle n'a donc qu'un étage pour 46 mètres! Pour une hauteur de 35, Notre-Dame en a trois : les arceaux de la nef, le triforium et la claire-voie des vitraux. Sainte-Sophie en a cinq : deux rangées de colonnes
LA FLORAISON GOTHiaUE.