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FIG. 62 — INTÉRIEUR DE NOTRE-DAME DE PARIS

reliées par des arceaux et trois rangées de fenêtres. A Notre-Dame comn^e à Sainte- Sophie, c'est la multiplicité des divisions jointe à la modestie des f »^."';^°°;''": tifs qui fait la grandeur. Et cela, jadis, paraissait élémentaire. A Saint-F.erre ae Rome, une forme unique joue le rôle de trois ou de cinq. Aussi ;-'"- ™— agrandie. Son agrandissement même fait sa petitesse. Bernm, d ailleurs, s est charge

de nous dérouter complètement en appliquant la décoration sculptée. Regardez les médaillons des piliers^ les caissons des arceaux, la statuaire du bas et les figures des écoinçons : tout cela a une échelle triple de la normale. Les médaillons sont d'énormes ovales de 2 et 3 mètres; les caissons forment 6 mètres carrés et les statues ont 5 mètres. Avec des pilastres de 28 mètres, toutes ces fautes deviennent logiques, et voilà pourquoi il est inutile de charger Bernin en excusant Michel-Ange. Tout cela se tient. La nef du xvn' siècle continue la travée bâtie au xvi*, comme les colonnes de la façade répètent les pilastres intérieurs. Et cette décoration démesurée va avec cette architecture colossale.

Il est de tradition, dans les livres d'art, de se lamenter sur l'abandon du plan primitif de Bramante, et rien n'est plus juste. Mais il semble, à les lire, que tout se résume en une question de plan, le remplacement de la croix grecque par la croix latine. Cette modification, certes, est capitale, et eut deux résultats funestes: celui de séparer la coupole de la façade qu'elle ne surmonte plus et celui de rendre cette même coupole invisible à l'entrée de la nef. Le double effet intérieur et extérieur prévu par Bramante et Michel-Ange se trouve ainsi détruit. Mais il y a autre chose. Le plan primitif n'avait rien de commun avec ce que nous voyons aujourd'hui, et son génial auteur s'aflirmait l'héritier légitime à la fois des Grecs, des Byzantins et des Gothiques. La nef, si j'en crois la restitution du baron de GeymûUer, avait une double colonnade, avec une double rangée d'arceaux, et l'effet sur le papier en est merveilleux. Quant à la façade, la médaille en bronze de Caradosso nous apprend qu'elle se composait d'un portique dorique, d'une petite coupole, d'une arrière-façade à fronton et d'une grande coupole : le tout flanqué à droite et à gauche de deux tours empruntées aux anciennes cathédrales d'Allemagne. Antiquité grecque, moyen âge oriental, art du Nord, Bramante avait su fondre tout cela en une Babel fantastique qui eût été vraiment l'église universelle dans laquelle tous.se seraient reconnus. En rêvant devant ce qui est, on ne peut que regretter ce qui aurait pu être.

Qu'est-ce à dire, en définitive, sinon que Saint-Pierre, en dépit de ses dimensions, est petit architectoniquement? C'est un petit dessin exécuté dans de vastes proportions. Mais énorme n'est pas synonyme de grand, et il ne dépend pas d'un entrepreneur de rendre une construction grandiose en triplant son échelle.

Réduisez façade et travée à un dessin schématique, et juxtaposez-les sur le papier à côté d'une réduction pareille de Notre-Dame; la basilique Vaticane, simpliste à l'excès, vous paraîtra petite, et la cathédrale parisienne vous semblera grande. C'est cette impression, causée par un vice originel, qui persiste dans la réalité. La faute en est à Michel-Ange, qui doubla le module de Bramante et franchit avec un seul pilastre la hauteur que le grand architecte aurait atteinte avec deux colonnes et deux arceaux; à Maderna, qui ne mit qu'un étage là où il devait y en avoir trois; à Bernin, qui tripla l'échelle de la statuaire et de l'ornementation. Tous trois auraient pu prendre conseil de Jehan de Chelles, qui bâtit le transept de Notre-Dame, et de rx\nonyme, qui en dressa la façade. L'oeuvre de ceux-ci, contrairement à la leur, est grande et telle qu'on ne saurait la concevoir autrement ni plus petite. Il y a équation parfaite entre ses formes et leur exécution.

Bramante, avec d'autres formes, aurait atteint le même résultat que les gothiques.

LA FLORAISON GOTHIQUE î^y

Il ne s'agit donc pas ici de deux esthétiques différentes que l'on peut admettre et admirer successivement, car l'art est un éternel Protée. Il s'agit d'une règle de syntaxe, la règle de l'échelle, observée ici, violée là. Il faut dire si ceux qui l'ont appliquée ont eu raison, et si ceux qui l'ont méconnue ont eu tort, sous peine de renoncer au meilleur des leçons du passé.

Somme toute, la Renaissance, c'est-à-dire le retour à l'antiquité gréco-romaine, a été un recul dans l'art de bâtir. Jamais celui-ci n'a été plus parfait qu'en notre moyen âge occidental. Quand on compare la science de nos maîtres d'œuvre avec celle des grands Italiens, on demeure confondu que ceux-ci aient supplanté ceux-là au point de les faire oublier et mépriser. Au xiii* siècle, l'architecture était vraiment la reine des arts, l'art matrice. La peinture et la sculpture étaient ses servantes, comme les sciences l'étaient de la théologie. Aujourd'hui, ces simples suivantes se sont émancipées, et nous n'avons d'admiration que pour leurs œuvres. Et pourtant, il semble que l'architecture exige, avec une sensibilité plus raffinée, une plus grande puissance créatrice. Ses chefs-d'œuvre doivent être d'un art plus élevé et plus difficile. N'a-t-il pas fallu plus de génie pour délinéer le Parthénon que pour sculpter son Athéna chrysélép'hantine ? Robert de Luzarches, qui créa la nef d'Amiens, n'est-il pas plus grand que Raphaël ? Peut-être. Cela seul expliquerait ce qui se passe actuellement. Un artiste bien doué arrive encore facilement à équilibrer un tableau ou une statue: la création de lignes architectoniques nouvelles, où se retrouve la beauté ancienne rajeunie, demeure un problème que personne aujourd'hui ne sait résoudre. Nous avons encore des peintres et des sculpteurs. Nous n'avons plus d'architectes.

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