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FIG. 98 — AUTEL

Après la paix de l'Eglise, l'érection des basiliques permit de (cippe païen,^^=T) faire correspondre l'autel de l'église supérieure avec le tombeau du Saint. On fit mieux. On fit de celui-ci un édicule partiellement enfoui dont la partie supérieure émergeait au-dessus du pavé de la nef, et sur cette construction souterraine on éleva l'autel. C'est l'autel-confession. Un ciborium le surmonte, et un chancel l'entoure de ses pierres ajourées. La basilique de Saint-Clément, à Rome, possède encore une confession de ce genre. Sous sa forme actuelle, elle ne date que du xii^ siècle, mais elle reproduit la disposition usitée dès le iv® siècle.

Le ciborium, caractéristique de ces autels, est une sorte d'abri formé de quatre colonnes reliées par quatre fausses arcades et surmontées d'une toiture. Entre les colonnes pendaient des courtines appelées teiravela. Au centre était l'autel. Nous ne connaissons ces premiers ciborium des basiliques constantiniennes que par des témoignages, mais, le programme n'ayant pas varié dans la suite, on peut aisément imaginer ce qu'ils devaient étire par les plus anciens qui nous restent : le ciborium byzantin de Saint-Marc de Venise, œuvre du vi* siècle, du moins par ses colonnes sculptées, qui sont un des monuments les plus précieux de l'iconographie chrétienne; le débris de ciborium de Bagnacavallo, en Italie, qui est du viii^ siècle; le ciborium de Saint-Emmeran de Ratisbonne, tout revêtu de plaques d'or, et celui de Saint-Apollinaire in classe do. Ravenne, qui sont du ix« siècle; enfin le ciborium de Saint-Ambroise de Milan, qui date du xi« siècle et abrite un autel d'or du ix« siècle.

FIG. 99 — AUTEL COPTE DU MUSÉE DU CAIRE (iV* S.)

Phot. Broe-,

FIG. lOO — AUTEL ET CIBORIUM DE SAINT-AMBROISE DE MILAN (Autel : IX' s. — Ciborium : xii' s.)

A cette époque tardive, le ciborium servit à suspendre au-dessus de l'autei, à l'aide d'une chaîne à poulie, la Réserve eucharistique enfermée dans une colombe de métal. Mais, de Constantin à Charlemagne, la coutume paraît avoir été tout autre. De plusieurs textes mentionnant le don simultané fait à certaines églises d'une tour et d'une colombe, il ressort que celle-ci était alors enfermée dans celle-là, la tour jouant le rôle de tabernacle et la colombe celui de ciboire. Cet usage se conserva longtemps en Gaule. Déjà, au vi« siècle, Fortunat, l'évéque-poète de Poitiers, félicite l'évêque de Bourges, Félix, d'avoir fait un tabernacle d'or en forme de tourelle. Un passage de saint Grégoire de Tours, à la même époque, nous apprend que ces sortes de tabernacles étaient portatifs et qu'ils se posaient sur l'autel aux moments voulus : Diaconus, accepta tur?-e, in quâ ministeriumDoininici Corpoj'is habebatU7', ferre cœpit ad ostium saerarii ui eam in altari superponerei. Enfin, un texte de l'ancienne liturgie, publié par Dôm Martène, établit

un rapport d'idée entre leur forme et celle du Saint-Sépulcre : Corpus vero Doviini ideo defertur in turribus quia monumenium Dotnini in similitudiyiem turris fuit scissum in peira.

Comme les pyxides, boîtes cylindriques en ivoire, les tours et les colombes eucharistiques sont, au fond, de primitifs ciboires, et leur place est plutôt dans l'histoire des vases employés à la consécration, à la conservation, à l'ostension des saintes Espèces : le calice, le ciboire, l'ostensoir. Nous n'en compliquerons pas l'histoire de l'autel.

Celui-ci, au iv siècle, est si intimement lié à la confession du martyr que, dès lors, l'habitude se répand de ne plus élever un autel sans la présence d'un corps saint. Et le culte des martyrs se généralisant, on remplace le tombeau par une sorte de coffre à reliques, coffre ajouré à travers lequel on peut voir et toucher les restes du confesseur de la foi et qui devient l'autel lui-même. Ainsi est fait l'autelde Saint- Alexandre, près Rome (fig. 94); l'extension de ce type amène l'abandon de l'auteltombeau.

La substitution de la pierre au bois au vi* siècle amena une grande variété de

Phot. Mon. Hist.

lOI — AUTEL DE VAYSON, VAUCLUSE (XU^ S.)

FIG. 102 — AUTEL PAPAL d'aVIGNON (xII* S.)

<Cet autel roman sert de revêtement à un autel plus ancien supporté par quatre

colonncttcs, qui est l'ancien autel majeur de la basilique des Doms.)

formes. On construisit alors des autels dont la table reposait ou sur une colonnette «centrale ex. autel d'Auriol, au musée de Marseille), ou sur quatre pilastres ornés de pampres (ex. autel de Baccano, en Italie), ou sur cinq supports pris dans un monolithe évidé (ex.

autel de Sainte- Marthe à Tarascon), ou sur un large pilier rectangulaire (ex. autel de Saint-Marcel de Carreiret), ou sur deux dalles (ex.auteldeGalla Placidia, à Rave n n e , où les dalles sont deux lames d'albâtre).

L'autel d'Auriol est la réplique des guéridons païens que l'on voit à Saint-Bernard-de-Comminges; comme eux, il était adossé contre le mur, et sa table a la particularité d'être creusée en évier, avec rebord saillant, usage qui ne disparut qu'au cours du xii* siècle (fig. 95, 96, 97).

Un type à part est l'autel-cippe. Les uns sont païens d'origine, les autres de fabrication chrétienne. Lorsque les fidèles utilisaient un cippe païen comme autel, ils posaient dessus une plaque de marbre. Le musée du Latran conserve trois cippes ainsi détournés de leur destination primitive; il en existe aussi plusieurs en France et en Espagne (fig. 98).

C'est l'art copte surtout qui nous a conservé des cippes chrétiens : le musée du Caire en possède trois (fig. 99), A côté, on peut voir aussi une importante série de tables d'autel ornées, dont une des faces est arrondie, tandis que l'autre est à angles droits. Par elles, nous touchons aux autels portatifs longtemps en usage, et dont le plus ancien exemple certain est l'autel de Saint-Cuthbert (vii« siècle), '\ -.." "~ . \ — }~~^ conservé à la cathédrale de Durham. Le bois et la pierre ne furent pas les seuls matériaux employés pour l'autel dans l'antiquité chrétienne.

Celle-ci a usé aussi des métaux.

De même que l'usage de célébrer sur la tombe des martyrs se réduisit pratiquement à enchâsser des reliques dans ou sous l'autel, on

interpréta de même le décret d'Epaone dans ce sens qu'une dalle de pierre doit occuper le milieu de l'autel et que c'est sur cette pierre d'autel que le prêtre doit opérer la consécration du pain et du vin. Par suite, l'autel pouvait être en bois

FIG. io3

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