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AUTEL DE PUBLET EN CATALOGNE (X1I« S

OU en métal; il suffisait qu'une pierre consacrée y fût enchâssée, formant table. Par autels de métal, entendez seulement un revêtement métallique recouvrant une ossature de bois ou de pierre. Ainsi étaient faits les sept autels en argent repoussé dont le Liber Pontijicalis mentionne l'existence dans la basilique de Latran: l'autel d'or et d'argent de l'ancienne basilique vaticane; l'autel d'or de la basilique sessorienne; l'autel d'argent de la basilique des Saints-Pierre et Marcellin ; les deux autels d'or de Sainte-Sophie de Constantinople. Tout cela a disparu. Mais nous avons quelque chose d'analogue dans l'autel d'or de Saint-Ambroise de Milan, œuvre carolingienne du lx« siècle. Il se compose de quatre plaques en or repoussé,

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FIG. 104 — AUTEL DE SAINT-GUILHEM, HÉRAULT (il 38), MARBRE

décoré de bas-reliefs et d'émaux qui recouvrent les quatre faces de l'autel (fig. loo).

Ici prend fin l'antiquité chrétienne et l'histoire de ses autels.

Bois, pierre, métal, voilà la matière employée; table, tombeau, coffre, guéridon, cippe, voilà la forme. Leur nombre s'étant multiplié, chaque église a maintenant, en dehors du maître-autel placé à l'entrée de l'abside, plusieurs autels secondaires dans les absidioles, les bas côtés, le transept.

L'autel de Milan, à peine postérieur à Charlemagne, nous mène au seuil du moyen âge français. L'art roman, à ses débuts, a continué les types précédents de tombeau, de simple cube et de table sur un ou plusieurs pieds, avec parfois une dalle comme fond : ex. autel de Vayson (fig. loi).

Quand le pied était unique, on lui donnait la forme d'un cippe massif sculpté sur ses quatre faces; il s'en est conservé un à la cathédrale d'Apt, qui porte une inscription

I05 — AUTEL DE SAINT-GEPMER, OISE (xil' S.)

du XI* siècle. Pour constituer le tombeau, on utilisait souventd'anciens sarcophages, parfois même des cuves antiques.

Certaines modifications se produisent alors. Les confessions sont abandonnées et à leur place on creuse une crypte sous l'autel. Le ciborium, d'un usagegénéral jusque-là, commence, en Gaule, à tomber en désuétude, pendant que l'Italie en conserve la tradition. Les tables d'autel en forme de demi-cercle, comme celles de Besançon et de Vienne, ou à surface creuse et bordure festonnée, comme celles de Sauvian et de Rodez, disparaissent pour faire place à des tables carrées, plates, plus grandes et ornées sur la tranche même d'une sculpture. Ainsi est faite la table de Saint-Sernin de Toulouse, et ce type sera général au xii* siècle. Mais le programme de l'autel proprement dit reste le même, et si l'on en modifie légèrement l'aspect, on n'y ajoute pas de membre nouveau. Ce qu'il faut donc bien noter, c'est qu'alors, comme auparavant et jusqu'au xii^ siècle, l'autel n'était surchargé de rien. On le recouvrait d'une nappe; on y posait le calice; depuis l'époque carolingienne, on y plaçait la croix, et c'était tout. Les flambeaux étaient posés par terre dechaque côté.

Lorsque, avec le xu* siècle, la sculpture commença de renaître, l'autel fut

un des champs sur Ph^t. Leroy,

lequel elle s exerça. p,Q^ jq5 — autel d'or de la cathédrale de bale

On orna le devant au musée de cluny (xi"^ s.)

de quatre pilastres surmontés d'une frise : ex. autel papal de Notre-Dame des Doms, à Avignon (fig. 102). On multiplia les supports jusqu'à la douzaine : ex. autel de Pablet, en Catalogne (fig. io3). On sculpta des colonnettes dans les angles : ex. autel de Salins, et l'on grava au trait des figures dans l'intervalle : ex. autel brisé de Notre- Dame de Beaune. Cette gravure s'accompagna d'incrustations de verres de couleur : ex. autel de Saint-Guilhem (Hérault) (fig. 104). Mieux encore, on y sculpta le Christ et les apôtres: ex. autel d'Avenas (Rhône), et autel d'Airvault, en Poitou. Mais le plus souvent on fit de l'autel une masse cubique enserrée dans une série d'arcatures portées sur des colonnettes. Ainsi sont faits les autels de Saint-Germer (Oise) et de Saint-Martin-de-Londres (Hérault) (fig. io5).

Dans l'autel d'Apt, conçu d'après le même principe, des niches garnissent en outre l'intérieur des arcatures, et des trous de scellement font supposer qu'elles encadraient des statuettes de bronze.

Car cette première période de notre moyen âge a usé elle aussi des métaux. Elle a connu des autels d'or, témoin celui de Baie, au musée de Cluny (fig. 106), et celui plus ancien de Saint-Emmeran de Ratisbonne (ix« s.); des autels d'argent, par exemple celui d'Elne, fondu en 1721; des autels de cuivre émaillé, comme celui de Grandmont, dans le diocèse de Limoges, disparu au xviii" siècle ; même des autels d'ivoire, tel celui de Salerne.

Enfin, comme à l'époque constantinienne, on a utilisé parfois des monuments païens abandonnés, sans même prendre la peine toujours de faire disparaître les ornements et les inscriptions qui témoignaient de leur destination primitive. C'est ainsi que l'on peut voir à Apt, à Saint-Pantaléon de Vaucluse, à Vénasque, au musée d'Aix, à Ispagnac de Lozère des autels romans formés d'un cippe antique.

Un arrangement spécial aux églises abritant les restes d'un saint célèbre consista à adosser à l'autel le tombeau du Saint. A Bourg-Saint-Andéol, le sarcophage est simplement placé au-dessous de l'autel. Mais, dans les riches abbayes de Saint-Denis et de Saint-Lazare d'Autun, il le surplombait, formant en arrière une châsse gigantesque du plus grandiose effet. On peut en juger d'après la reconstitution très vraisemblable qu'a essayée Viollet-le- Duc de celui de Saint-Denis dans son Dictionnaire d'architectu7-e.

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Mais la grande innovation du XII» siècle a été le retable, qui eut sans doute pour origine l'habitude de poser les deux chandeliers sur l'autel pendant la célébration du Saint Sacrifice. Avec elle, nous entrons dans la période gothique.

Donc, au xii* siècle, on imagina de construire en retrait sur l'autel un gradin bas afin d'y poser la croix et les chandeliers. Bientôt, les artistes décorèrent de figures et d'orne-

FIG. Io8 — AUTEL DE SAINT-DENIS (xill* S.) (Restauré par Viollet-le-Duc.)

ments la paroi verticale de ce gradin et lui donnèrent une certaine importance. La physionomie ancienne de l'autel s'en trouva toute changée. C'est ce nouveau membre, appelé d'abord contre-table^ puis retable (de rétro tabula : en arrière de la table), qui forme la principale caractéristique de l'autel du moyen âge.

Le plus ancien retable que nous possédions est celui de Carrières-Saint-Denis (Seine-et-Oise), bloc de pierre sculpté où se voit une Vierge-Mère assise entre deux scènes figurant l'Annonciation et le baptême du Christ, L'époque romane nous a laissé encore un retable en cuivre émaillé de Limoges, conservé au musée de Burgos, et un retable orfèvre, travail allemand originaire de Coblentz, actuellement au trésor de Saint- Denis.

Le retable est la partie intéressante de l'autel gothique. Les retables du xiii^ et du xiv» siècle français sont bas et simples. Au centre, un Christ ou une Vierge; à droite et à gauche, des figurines représentant ou des scènes évangéliques ou la légende du Saint local; il n'en fallait pas davantage pour que les artistes de cette époque tirassent du programme indiqué les plus délicieuses variantes. Malheureusement, les œuvres de cette catégorie sont devenues rares. Les autels en matière précieuse ont disparu pour la plupart, utilisés par la rapacité des révolutionnaires; disparus aussi les beaux autels en simple pierre blanche

FIG. 109 — AUTEL DES RELIQUES DE SAINT-DEN'IS (D'après Viollel-le-Duc, wiv s.)

LA FLORAISjQN GOTHIQ.UE

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FIG. I 10 — AUTEL d'aVIOTH, MEUSE (XIV^ S.)

qui n'avaient pourtant qu'une valeur d'art. Ce qui a été funeste à ceux-ci, c'est l'iûcurie d'un clergé incompréhensif qui leur préféra, au xviii* siècle, des œuvres nouvelles dans le goût du jour.

Le musée de Cluny, à Paris, possède encore quelques-uns de ces retables. Celui de Saint-Germer (1259) est particulièrement à citer' (fig. 107). Ce magnifique ouvrage est aujourd'hui mutilé. On raconte que les têtes des figurines sculptées en rondebosse furent coupées en 1794, et que l'œuvre destructive fut achevée -gous la Restauration. A cette époque le retable fut descendu de l'autel et déposé face contre terre dans le cimetière où l'humidité du sol détériora les peintures et les applications d'or.

Devant cette disparition à peu près complète de nos anciens monuments, c'est à la basilique de Saint-Denis qu'il faut aller, si l'on veut voir des autels gothiques entiers. Edifiés sous saint Louis, ceux-ci sont, avec l'ancien autel d'Arras, l'autel de Saint-Germer et l'autel de la Sainte-Chapelle, ce que le moyen âge nous a laissé de plus parfait. Existant seulement à l'état de débris quand, sous Napoléon III, on en recueillit les restes pour les réunir, ce ne sont évidemment que des restaurations et des reconstitutions. VioUet-le-Duc a^fait pour eux ce qu'il a fait pour les portails de Notre-Dame de Paris; il en a ressoudé les membres épars ; il a pansé leurs blessures ; il a comblé les vides en s'aidant de documents anciens . Dans son Dictionnaire d'architeciu7'e, il a repris cette réfection pouren donner une image complète. Tout en tenant compte de cette partie nouvelle «t personnelle, nous pouvons nous faire, grâce

FIG. III — AUTEL DE l' ANCIENNE CATHÉDRALE d'ARRAS (xiII^ S.)

à cette résurrection, une idée du goût chrétien de cette époque, goût très pur qui, hélas, n'est plus le nôtre hg. io8 et 109).

Aujourd'hui, vienne une fête, nos plus beaux retables disparaissent sous les vases et les candélabres. Cela s'appelle orner l'autel. Au moyen âge, on ne pensait pas qu'une telle prodigalité de fleurs et de lumières valût une disposition simple et d'un aspect monumental. L'autel restait lui-même aux jours de fête, et sans doute le faisait-on valoir autrement qu'en cachant ses émaux et ses statuettes avec des pots de géraniums. Aujourd'hui nous pensons autrement parce que nous avons perdu depuis longtemps le goût des choses belles en matière d'art religieux. Le mauvais goût des sacristains a remplacé le haut goût des clercs du XIII» siècle. Après Viollet-le-Duc et Huysmans, on ne peut qu'anathématiser de pareils successeurs.

Comme le retable, la partie inférieure de l'autel a été l'objet, à l'époque gothique, de mille ingéniosités, et les types en sont nombreux : forme cubique dérivée de l'ancien autel-tombeau autel d'Avioth, Meuse), table portée sur des colonnettes 1 autel de Vaucluse). dalles posées de champ et supportant une table > autel de la cathédrale de Coutancesi, massif de maçonnerie, précédé de colonnettes autel de la cathédrale d'Arras), armoirereliquaire dérivée de l'ancien autel-confession autel de la cathédrale de Saint- Pol-de-Léon t. L'autel cubique du moyen âge dérive comme ornementation du sarcophage. Il lui a emprunté son système de bas-reliefs disposés ou sous des arcatures ou dans des compartiments entourant un médaillon central. Le type à arcatures avec ou sans colonnettes est le plus fréquent : on le rencontre jusqu'au .xv' siècle (autel de Longueville, Pasde-Calais) (fig. iio et m).

L'autel étant constitué liturgiquement par la pierre consacrée, et la matière apparente n'étant qu'un simplg revêtement, les gothiques n'ont pas craint d'employer, eux aussi, les matières les plus diverses; telles que le bronze doré (autel de Citta di Castello),le bois peint 1 autel de Munster, en Westphalie), le cuivre repoussé (^retable de Pistoie et autel du baptistère de Florence), les tissus de soie (parement de Marbonne au Louvre), le cuir travaillé (autel de Saint-Wulfran d'Abbeville), mais la pierre reste le matériau préféré. En France, en particulier, où nos imagiers sont si experts à la tailler, elle seule suffit, avec quelques rehauts de couleur, et des gau-

Pnot. Aiinari.

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