‹ Pages d'art chrétienChapitre 52 sur 142 · DE SAINT-JACQUES DE LOUVAIN (XV* S · texte numérisé non relu

DE SAINT-JACQUES DE LOUVAIN (XV* S

(Copie du tabernaclie de Saint-Pierre de Louvain.

escaliers enfermés dans d'élégantes tourelles permettent d'aller du premier au second (fig. 11 3).

La chapelle est, elle aussi, une disposition inspirée des anciens ciborium. On désignait sous ce nom, au moyen âge, la clôture qui^entourait l'autel, et qui était formée de colonnes de métal reliées par des tringles supportant des courtines de soie. Comme le ciborium, elle avait pour but d'encadrer ^ l'autel, de le protéger, d'accuser le caractère sacré de cette place ^ réservée. Très fréquente à l'époque gothique, elle est devenue i| une rareté. On la signale comme ayant existé à la cathédrale ^ ii |/ d'Arras (la vue nous en a été conservée dans un tableau ancien), '^^. Il p ^* à Notre-Dame de Paris, à Notre-Dame d'x\miens, à Saint-Bénigne de Dijon, à la cathédrale de Thérouanne, à Notre-Dame de Saint- Omer, et, somme toute, dans la plupart de nos cathédrales.

L'autel étant ainsi aménagé, on peut se demander comment se résolvait la question de la Réserve eucharistique. D'ordinaire, la solution était indépendante de l'autel qui ne servait qu'au Saint Sacrifice. En France, depuis l'époque romane jusqu'au xvii« siècle, la Réserve eucharistique a été le plus souvent déposée près de l'autel, dans un tabernacle isolé que l'on appelait cibolle ou repositoire. Les exemples en sont nombreux, une trentaine environ. Ils se réduisent à deux types : le type placard et le type tourelle. Le tabernacle en forme de placard était creusé dans la muraille et une architecture décorative en accusait la présence. On peut en voir un dans le déambulatoire de l'église de Vézelay (Yonne), qui est du xii« siècle. Le tabernacle en forme de tourelle, plus répandu, pouvait être en pierre ou en bois, par suite une sorte de meuble ou un édicule bâti. La cathédrale de Grenoble, l'église de Semur (Gôte-d'Or) et les églises Saint-Pierre et Saint- Jacques de Louvain possèdent encore de ces tabernacles de pierre; l'église de Senanque (Vaucluse), le musée de Cluny à Paris, en montrent de la seconde catégorie, en bois (fig. 1 14 et 1 1 5.)

Leur aménagement intérieur était assez compliqué. Les saintes Hosties étaient placées dans un vaisseau d'or, celui-ci renfermé entre deux écuelles d'albâtre, et celles-ci enfin recouvertes d'une touaille de soie.

Concurremment avec les tourelles et les placards, le moyen âge a cependant connu les colombes eucharistiques suspendues audessus de l'autel. Mais le mécanisme auquel on les adapta diffère de celui dont on usait précédemment avec les ciborium. A ce moment, en effet, le ciborium étant tombé en désuétude, on dressa derrière l'autel une sorte de hampe terminée par une crosse de métal, et on y fixa la poulie à laquelle était suspendue la colombe. Exactement à la poulie pendait un plateau soutenu par des chaînettes; une couronne crénelée entourait le plateau, et une sorte de tente, en étoffe précieuse, appelée censenier, enveloppait le tout. C'est à l'intérieur de ce frêle abri que se trouvait la colombe. ,'

FIG. Il5 TABERNACLE EN BOIS

(Musée de Cluny, xv« S.)

Cette disposition a disparu de partout, mais elle figure sur plusieurs gravures du xvi« et du xvii« siècle, sur un tableau ancien reproduisant la vue de l'autel d'Arras, et il nous en reste des débris, crosses ou colombes, conservés dans différents trésors et collections ifig. ii6). Plusieurs textes aussi en font mention. Ainsi, l'inventaire des reliques delà Sainte-Chapelle en iSyô mentionne: item quodam repositorium sive cyboire gallice quod super majus alîare suspeiisum est. L'inventaire de i532 contient une mention analogue : « ung repositoire nommé ciboire où l'on met le Saint Sacrement, lequel est dessus le grand hostel pendu au bout d'une crosse de cuivre ». Les troubles des protestants durent faire voir l'inconvénient qu'il y avait à garder ainsi bien en vue et sans protection les saintes Espèces ; aussi, l'habitude de suspendre les custodes, pyxides ou colombes eucharistiques disparut-elle tout à fait pour faire place au mode de conservation, plus sûr, des tabernacles. A mesure que l'évolution gothique se poursuit, le retable change de caractère et

de dimension. Très simple au xiii« siècle, encore modeste au xiv% il devient, au xv% la partie la plus importante de l'autel et se complique de nombreux détails.

On le surcharge alors de clochetons et de ces multiples éléments que le vocabulaire décoratif met à la disposition des artistes. Très souvent, une niche en occupe le centre et on y loge une statue de la Vierge (autel de Saint- Florentin, Yonne). D'autres fois, on divise cet espace en compartiments et chacun d'eux devient le support d'un panneau sculpté (^retable du musée de Cluny, fig. 117). Dressé en arrière de l'autel comme une construction indépendante, le retable est alors quelque chose d'adventice, d'ajouté, d'étranger à l'autel, au lieu de lui être intimement lié comme précédemment. Mais cela a lieu en France sous une influence flamande. C'est la Flandre, en effet, qui a créé ce nouveau type si opposé au vieux type français. Non seulement cette mode nous vient des Flandres, mais la plupart des retables français de cette catégorie sont des œuvres flamandes exécutées de l'autre côté de notre frontière Nord par des artistes des Pays-Bas.

Ils ont comme pendant, en Italie, les retables et les tabernacles élevés dès le XIV* siècle dans le style gothique. Celui d'Orcagna, à Or San-Michele de Florence, qui est une sorte de ciborium, est particulièrement à citer; il sert de reliquaire à une antique Madone.

Au xv* siècle, les sculptures en haut relief remplaceront ces tableaux de religion, jouant le même rôle (ex. : l'autel disparu de Donatello à Padoue), jusqu'à ce que les délia Robbia au xvi« siècle mettent à la mode les retables en terre cuite.

Lt c'est alors que l'Espagne entre à son tour en scène avec ses retables démesujés.

FIG. iib

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