RETABLE DU MUSÉE DE CLUNY (XV^ S
Les retables monumentaux des églises d'Espagne sont une création espagnole Ces constructions fastueuses, véritables monuments qui garnissent tout le fond du chœur derrière le maître-autel des cathédrales et montent jusqu'à la voûte, sont en ettet spéciales à la sculpture ibérique. Et, en Espagne même, ils appartiennent en propre à deux provinces, la Catalogne et l'Aragon, dont les artistes ont exécute ceux que l'on voit ailleurs. C'est de l'art catalan et aragonais du xv« siècle.
On peut bien donner comme ancêtres aux retables espagnols les retables des Pays- Bas, habituellement en forme de triptyque, c'est-à-dire à trois volets, dont la mode se répandit en France au xv^ siècle, mais ce n'est là qu'une demi-filiation. Bien que les souvenirs de l'art flamand y soient encore vivaces, les retables catalans différent de ceux du Nord aussi bien par leur composition que par leur dimension.
Les retables flamands, depuis ceux que Jacques de Baers envoyait d'Ypres à Dijon en 1398 pour la Chartreuse de Champmol, jusqu'à ceux que les ateliers de Bruxelles exportèrent par douzaines dans toute l'Europe à la fin du xv* siècle, sont de grands meubles en bois polychrome, dont les deux volets extrêmes, sculptés à l'intérieur comme la partie centrale, et peints sur leur face extérieure, s'ouvrent et se ferment, et qui, ouverts, sont plus larges que hauts. Ce sont, pourrait-on dire, des armoires à images saintes (fig. 118 et 119).
Au contraire, les retables espagnols sont immeubles par destination; ils s'élèvent derrière l'autel comme un mur plaqué de marbre et d'albâtre, et l'ensemble forme un rectangle plus haut que large.
En Espagne même, ce type de retable trouve ses origines dans les retables à compartiments du milieu du xiv* siècle, qui surmontaient les autels secondaires des églises ordinaires. Les uns peints, les autres sculptés, les autres en orfèvrerie, ils
Phot. N. D.
FIG. 118 — KETABLE D AUTEL FLAMAND EN BOIS SCULPTE, PAR JACQUES DE BAERS