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FIG. 148 — FAÇADE DE LA MAJOR DE MARSEILLE

I Architecte : \audover, 1852.)

LA FLORAISON GOTHiaUE

(fig. 146, 147). La basilique nationale, qui surmonte la Butte parisienne, a été commencée en 1873. Un concours avait mis aux prises 78 architectes. Sur le nombre des projets présentés, il en était d'intéressants, ceux de Devrèse et de Pascal entre autres, dont le parti était un dôme sur plan circulaire ou quadrilobé. Le projet d'Abadie, qui avait sur les autres l'avantage, très apprécié des jurys ordinaires, d'être très poussé, c'est-à-dire exécuté avec tout le ;rendu possible, fut adopté.

Il est la reprise combinée de Saint- Front de Périgueux et de Saint-Pierre d'Angoulême; l'un fournissant en partie le plan et la silhouette générale, l'autre donnant l'élévation,lesdeux prêtant certains détails extérieurs, par exemple les lanternons à colonnettes des cinq coupoles et de la tour (i).

On comprendra aisément le

choix de ces modèles quand on saura qu'Abadie venait alors de restaurer et d'une façon excessive ces deux églises. Connaissant à fond son romano-byzantin (2), il n'eut pas de peine à en tirer le Sacré-Cœur de Montmartre.

En plan, l'église du Sacré-Cœur figure une croix grecque à coupole centrale suivie d'une abside semi-circulaire à chapelles rayonnantes. C'est un plan hybride. On a voulu par là, nous dit-on, fondre nos deux types d'église romane : le type aquitain et le type auvergnat, Saint-Front de Périgueux et Notre-Dame du Port de Clermont- Ferrand. Mais cette fusion toute d^ sentiment n'était pas désirable, car une abside

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PLAN DU ROSAIRE DE LOURDES (Architecte : Hardy.)

i) Ces six lanternons, de dessin uniforme, ne sont, à Saint-Front et à Saint-Pierre d'Angoulême, qu'une fantaisie d'Abadie; il est sur que les coupoles de Saint-Front se terminaient primitivement en pommes de pin de dessin différent. Abadie, en installant partout, même aux piles d'angle, ce modèle pris à Saint-Etienne de Périgueux, a fait œuvre de mauvais restaurateur.

(2) Cette connaissance d'ordre pratique n'allait pas dans ses restaurations sans certaines erreurs archéologiques. La principale à signaler est l'introduction, à Saint-Pierre d'Angoulême, de tympans dans les portails, alors qu'une des caractéristiques de l'école du Sud-Ouest est -de ne pas en avoir.

circulaire à chapelles rayonnantes ne s'accommode bien que d'une triple nef à transept, et une coupole sur plan cruciforme s'arrange mal avec une abside de ce genre.

A l'exécution l'architecte s'aperçut vite que" des modifications s'imposaient. La plus importante consista à surélever d'un tiers tout l'édifice. Il l'obtint en augmentant d'autant la hauteur de chaque assise. Seul le campanile resta tel; mais alors, au lieu d'être la dominante de la composition, celui-ci lutta d'importance avec la coupole, dont il n'aurait dû être que l'accompagnement.

Le plan d'Abadie eût exigé d'autres modifications, par exemple celle de l'abside obscure qu'il eût fallu éclairer et donc exhausser. Le successeur d'Abadie en 1884, Daumet, le comprit, mais il eut le tort de s'y essayer sans le dire et dut céder la place à Rauline. A sa suite, Magne a dirigé avec beaucoup de science et de goût la construction de la' grande basilique. Grâce à lui et à ses aides, les sculpteurs Seguin et Dampt, le Sacré-Cœur rachète un peu par le détail le défaut de son plan d'ensemble. Je ne parle ici que du décor architectural, car les mosaïques et les vitraux appellent des réserves.

L'intérieur de la basilique de Montmartre, calqué sur celui de Saint-Pierre d'Angoulême, attend un revêtement en mosaïque. Les cubes d'émail viendront corriger ce que ces murs ont de froid et de nu. Mais même après, certains détails architectoniques, comme le maigre couronnement des piles maîtresses, demeureront sujets à critique. 11 faut surtout, avec les projets actuels, regretter, comme une dépense inutile et une base préjudiciable, l'appareil de pierre taillée dans les surfaces que recouvrira le mosaïste. La mosaïque ne tenant pas sur un pareil support, il faudra entailler la pierre et établir une armée de crampons de fer. Abadie, il est vrai, avait prévu une décoration peinte pour la voûte de l'abside; mais même avec une peinture marouflée, un appareil aussi coûteux n'est guère défendable.

PhOt. ViRON

1 IG. l50 — FAÙA.DE.DU ROSAIRE DE LOURDES

LA FLORAISON GOTHiaUE

i"ho:. Viron.

FIG. ]5l — INTÉRIEUR DU ROSAIRE DE LOURDES

Magne ne s'est pas contenté de moderniser la décoration sculptée; il a introduit dans les plans d'heureux changements. Du campanile, par exemple, il n'a gardé que la masse. Cette haute tour, bâtie au-dessus de la chapelle de la Vierge et habitée par la Savoyarde, est un morceau intéressant qui fera regretter le reste. Je ne la crois pas heureuse pour la silhouette générale, qui eût gagné à être dominée par le dôme et à ne pas avoir deux cimes.

De près, cette silhouette est lourde et l'ensemble écrasé; mais de loin la perspective en est grandiose et elle embellit la cité parisienne sur laquelle elle semble veiller. C'est ainsi qu'on peut en apprécier le rôle décoratif, lorsque, de l'avenue Montaigne, on aperçoit, au sommet de la colline qu'elle couronne d'une imposante architecture, les masses blanches de se*s coupoles (i).

A la même tradition se rattachent trois autres monuments d'une importance exceptionnelle : Notre-Dame de la Garde à Marseille, la cathédrale de Marseille et le Rosaire de Lourdes (fig. 148 a i5i).

Notre-Dame de la Garde et la cathédrale de Marseille sont dues au même architecte, Léon Vaudoyer, qui en a tracé les plans. Vaudoyer étant mort en 1872, toutes deux ont été achevées par Henri Espérandieu, qui a dirigé le gros oeuvre, et Henri Revoil, à qui est due la décoration. Malgré cette communauté d'origine, elles ont une physionomie distincte.

(i) En 1916, Jean Hulot a succédé à Lucien Magne comme architecte de la basilique de Montmartre. Ses premiers soins ont dû être pour les voûtes du pourtour de l'abside qu'il a fallu consolider et alléger, en refaisant la toiture dallée qui menaçait derles écraser.

La nouvelle cathédrale de Marseille, surnommée La Major comme l'ancienne qu'elle remplace, a été commencée en i852 et terminée en igo3. Elle ouvre donc la série romano-byzantine et remplit toute la période que nous étudions ici. Longue de 140 mètres, dix de plus que Notre-Dame de Paris, elle a la forme d'une croix latine avec trois nefs, transept, chœur et abside à chapelles rayonnantes. Les travées de la nef ont des voûtes en croisées d'ogives, bombées, mais c'est une coupole qui surmonte la croisée du transept, et des coupoles secondaires l'accompagnent sur les

croisillons, le chœur et la chapelle de la Vierge. De vastes tribunes surmontent les bas côtés. Un porche cintré troue la façade. Sa caractéristique est dans l'appareil de couleur qui lui donne un air de parenté avec Notre-Dame du Puy, sa véritable aïeule. Sans avoir l'intérêt de la nouveauté, c'est d'un romanobyzantin assez libre pour mériter l'attention.

Plus intéressante encore, bien que moins importante, la vaste rotonde à plan tréflé, bâtie à Lourdes par M. Hardy. Conçue comme une église souterraine afin de servir de piédestal à la basilique supérieure, elle est constituée par une immense calotte sphérique trouée à sa base d'une ceinture lumineuse d'oculi, que des culs-de-four tianquent sur trois côtés.

Cette disposition et .l'introduction à l'intérieur des contreforts, selon la méthode méridionale, a permis la suppression du contrebutement extérieur en même temps que la distribution cinq* par cinq, en des chapelles formant déambulatoire, des quinze mystères du Rosaire. Sorte de crypte aplatie sur le sol pour une nécessité de perspective, simple partie d'un ensemble qui comprend avec elle une basilique et une place en hémicycle, il faut la prendre comme telle pour bien la juger. C'est une belle conception. ^Malheureusement, sa décoration est très critiquable. Cette louable construction eût mérité que l'on confiât sa parure à des mains moins inexpertes. Les mosaïques dont on l'a recouverte font penser à quelque belle personne qu'un couturier sans goût aurait vêtue d'étoffes vulgaires. Avec un pareil décor, elle ne plaira qu'aux architectes qui, seuls, sauront en voir sous l'habit commun la belle ossature.

11 y a une certaine parenté, comme plan sinon comme élévation, entre elle et la

FIG. l52 — PLAN DE SAINTE-CLOTILDE DE REIMS lArchitecte : Gosset, 1898.)

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