GOTHIQUE
Reims, en 1898, par Alphonse'iGosset beaucoup étudié les coupoles d'Orient un de ses ouvrages, a voulu remettre anciennes rotondes à autel central.
FIG. l53 — SAINTE CLOTILDE DE REIMS (D'après un dessin d'A. Gosset.)
Il s'y est montré novateur plein de goût. Sa basilique a la forme d'une croix grecque établie de telle sorte que la coupole centrale s'élève sur quatre demi-coupoles. L'étayement est donc parfaitement assuré sans le secours d'aucune béquille, et
l'impression grandiose de Sainte-Sophie se retrouve. Le fidèle, en effet, dès l'entrée, saisit d'un coup d'oeil tout l'édifice jusqu'au point ultime de la coupole où plane le Christ Pantocrator. A l'intérieur, l'architecte a supprimé les moulures : corniches, arcatures, bandeaux, archivoltes, pour laisser tout le rôle décoratif à la peinture qui ne sera ainsi arrêtée par aucune saillie. L'avantage, en attendant, est l'absence de toute formule architectonique connue. J'ose espérer seulement que la peinture prévue ne sera pas celle qu'indiquent les maquettes actuelles clouées sur les murs. A l'extérieur, il a, s'inspirant de la porte voûtée en éventail de la mosquée .Medjid-is-Schah, à Ispahan, établi un porche semi-circulaire concave. Ce portail, voûté en conque sphérique, donne la seule façade qui soit harmonique avec les constructions de ce genre. Elle manquait aux monuments byzantins comme elle manque à Saint-Pierre de Rome, dérivé en cela du Panthéon d'Agrippa transformé par Hadrien. A cause de la pénurie d'argent, Sainte-Clotilde est exécutée en pierre meulière et brique. La pierre taillée n'intervient que rarement, par exemple, aux meneaux des fenêtres. Des lits de briques rouges mettent sur l'extérieur une jolie note de couleur. Mais ce plan se prête aux plus riches conceptions comme aux plus modestes. M. Gosset l'a prouvé lorsqu'il a présenté un projet semblable, mais d'une extrême richesse et plus vaste, pour la cathédrale de Saint-Jean le Divin, à New- York, en 1887.
Notre-Dame de Brébières à Albert, Somme, par E. Duthoit, en 1884, et Saint- Martin de Tours, par Laloux en 1887, sont deux autres bons exemples. La première a été ruinée par les Allemands en 1914.
A ces trois séries d'églises néo-gothiques, néo-romanes, néo-byzantines, il taut ajouter celles qui se rattachent au style Renaissance.
A Paris, Saint-Augustin, bâti en 1 860-1 871, par Baltard, et la Trinité, élevée par Ballu, en 1861-1867; en province, Sainte-Anne d'Auray, suffisent à montrer ce que peut donner le choix de cette tradition. Les deux églises parisiennes sont à louer pour leur physionomie originale, d'un pittoresque harmonieux, qui les rend très décoratives et en parfait accord avec l'élégance des rues avoisinantes. Dans la première, il faut féliciter l'architecte de la façon judicieuse dont il a employé le fer. Celui-ci, utilisé dans les différents éléments de la charpente, colonnes engagées et arcs-doubleaux, se combine très heureusement avec la pierre pour former, sans aucune tricherie, un ingénieux assemblage à la fois solide et léger.
Malgré la réussite de ces églises, la tradition qu'elles restauraient n'a pas eu de suite. Elle est trop brillante, et, disons le mot, trop mondaine, pour porter dans ses flancs l'avenir de nos églises. J'en dirai autant des styles postérieurs, de Louis XIV à Louis XVI, malgré l'admiration que je ressens pour les créations personnelles de Mansart: chapelle royale de \ersailles, dôme des Invalides, église du ^'alde-Gràce.
La Chapelle Expiatoire du Bazar de la Charité élevée rue Jean-Goùjon, à Paris, à la suite de la catastrophe du 4 mai 1897, en est la preuve. Les plans, dressés par l'architecte Guilbert, le même qui a dessiné en 1903 la chapelle arménienne voisine, sont inspirés de notre style Louis XVI. Riche et luxueux, traité avec un talent incontestable, ce morceau d'architecture, à l'intérieur surtout, évoque plutôt l'idée
;. l54 — CHAPELLE DU PURGATOIRE A NOTRE-DAME DE FRANCE, JÉRUSALEM (Architecte : R. P. Etienne Boubet, 1900.)
FIG. l55 — ÉGLISE DES BÉNÉDICTINS FRANÇAIS DE l'iLE DE WIGHT, ANGLETERRE
(Architecte : Dom Bellot.)
l'un palais que d'un oratoire. Et l'oratoire ici est un tombeau douloureux. La J néprise est donc double. Plus de simplicité, de grandeur austère et de calme "
méprise est donc double. Plus de simpli recueilli eussent été de mise : toutes choses qui ne vont guère avec notre architecture du XVIII* siècle, laquelle se ressentira toujours de ses origines évocatrices de richesse et de plaisir.
La chapelle du Séminaire d'Issy (Seine), bâtie par Besnard, en 1901, dans le goût italien du xvir siècle, est, elle aussi, un exemple de ce luxe mondain qu'il nous faut éviter. On n'en retiendra que le plan, très bien compris pour un grand Séminaire, en vue des cérémonies et des messes.
Cette étude n'épuise pas la liste des églises modernes inspirées du moyen âge. Ln relevé complet devrait en comprendre beaucoup d'autres, mais nous ne nous occupons ici que de celles qui comptent. Des églises gothiques, comme celle de Vab (Ardèche), ou romanes comme Sainte-Perpétue et Saint-Baudile de Nîmes, sont légion. Les dénombrer serait de nul intérêt. Les églises intéressantes, ne sont pas non plus toutes ici; mais les principales y paraissent, et elles étayent suffisamment les idées générales dont ce chapitre est fait.
A Saint-Etienne de Niort, M. Boutaud a réalisé une église gothique qui dans les piliers, le triforium et les grandes arcades, révèle une certaine fantaisie. C'est de cela qu'il convient de le louer. Le même architecte a édifié à Bethléem, dans le couvent du Carmel, une autre chapelle très parente de celle-là, où piliers de pierre blanche et colonnettes au fût de marbre rouge se combinent pour former un ensemble agréable.
Non loin de là, à Jérusalem, un religieux français, le P. Etienne Boubet, a construit la chapelle de Notre-Dame de France. C'est d'un gothique neuf, intelligem-
LA FLORAISON GOTHiaUE
ment renouvelé; et M. Flandrin en a décoré les murs. Dans le même établissement, la chapelle du Purgatoire, à trois nefs, avec ses voûtes en calotte, son appareil alterné et ses corbeaux sculptés à la naissance des arcs, montre, avec des influences plus mêlées, un désir plus marqué d'originalité. On en admirera davantage, malgré ses défauts, tout le mérite, quand on saura que son auteur a dû tout créer sur place, se faisant tour à tour carrier, entrepreneur, maçon, et fournir aussi bien les gabarits
FIG. l56 — CATHÉDRALE DE HARLEM (hOLLANDE) (Architecte : Cuypers.)
des tailleurs de pierre arabes que les patrons des mosaïques exécutées par des confrères inexpérimentés.
Puisque nous sommes hors de France, il nous faut signaler : l'église des Bénédictins français de l'île de Wight, Angleterre, par Dom Bellot (fig. i55); l'église de l'Assistance publique à Vienne (Autriche), par Otto Wagner; et en Hollande, la cathédrale Saint-Bavon de Harlem, par Cuypers (fig. i56). Toutes trois méritent l'admiration, surtout la première qui est en briques apparentes. Je ne peux en dire autant de la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone.
Nous rentrons en France avec l'église de Bécon (Seine), par Julien Barbier; l'église de Coulommiers (Seine-et-Marne), par Brunet, et la chapelle bâtie en 1898, rue François I", à Paris, en l'honneur de Notre-Dame de Salut.
La première avec son grand Christ sculpté sur la façade, son porche à toitureinclinée comn^ celle d'un auvent, et sa terminaison inspirée du clocher-arcade, a un aspect pittoresque (fig. iSy)., La seconde, dont les plans figuraient au Salon de 191 2, est d'un art très distingué
et la recherche de la personnalité s'y tempère de sagesse.
La troisième, plus ancienne, est un essai de modernisation de nos traditions romanogothiques. Malgré ses. arcs en plein cintre et sa voûte d'arêtes continue, en briques, c'est plutôt au gothique de Philippe-Auguste qu'elle se réfère, tant pour îa mouluration que pour la sculpture et certaines formes architectoniques secondaires.
Mais l'élément nouveau y domine (fig. i58).
Selon la méthode préconisée par Bossan, on a usé librementdes formes anciennes, romaines, romanes, gothiques, dont on avait besoin, en les adaptant, en les pénétrant d'esprit nouveau, en les harmonisant entre elles. C'est le procédé dont on a usé de tout temps pour opérer une transition. Ceux qui l'emploient pensent qu'une forme d'arc et un mode de voùtement ne sont par eux-mêmes d'aucun style. Ce sont des solutions pratiques que le dictionnaire architectural met à la disposition du constructeur et dont celui-ci use à son gré selon ses besoins.
Cl. Marty.
FIG. 167 — ÉGLISE DE BÉCON (sEINe) (Architecte : Barbier, lôio.)
Phot. B. P.
FIG. l58 — CHAPELLE DE NOTRE-DAME DE SALUT, A PARIS (l (Architectes : A. Perrière et A. Fabre.)
Tous ces vocables anciens sont à lui comme sont à l'écrivain les mots du dictionnaire. Il lui suffit de les harmoniser dans une composition neuve d'aspect pour que chacun d'eux perde son caractère d'origine et en retire une sorte de naturalisation qui le fait rentrer légitimement dans une nouvelle famille artistique.
Ces quelques lignes indiquent suffisamment la façon dont beaucoup d'esprits comprennent aujourd'hui la modernisation de notre architecture. Cette modernisation chez eux est à base traditionnelle. Elle a paru insuffisante à M. de Baudot, qui a voulu, dans l'église Saint-Jean de Montmartre, faire un essai complet de matériaux nouveaux, de formes et de solutions nouvelles. Avec elle se pose la question du style moderne (fig. iSg, 160).
Saint-Jean de Montmartre a été bâti de 1894 à 1904. Tout entier en ciment armé et en briques creuses, il tire de l'emploi du premier matériau et des conséquences qu'on en a rigoureusement déduites tout son intérêt.
La construction en ciment armé, d'origine récente, est arrivée à une assez grande perfection pour qu'il n'y ait plus à redouter des catastrophes comme celle de Madrid. La technique est la suivante. Toute forme architecturale, pile, arc, rampe, mur, est d'abord réalisée schématiquement en fer, à l'aide de barres reliées par des tiges ou par une maille continue. Autour, on établit un coffrage en bois dans lequel on coule un mélange de ciment et de gravier. Quand cette matière a durci, on retire le coffrage en bois ayant servi de moule. Le résultat est une concrétion rigide d'une dureté
extrême. On le nomme ciment armé pour rappeler le fer qui s'y cache.
Les avantages de ce mode de construction sont considérables.
Economie d'abord. L'église Saint-Jean de Montmartre, à trois nefs, de 3o°^,5ode haut et de 44 m. x 28, n'a coûté, avec les prix de Paris, triples de ceux de province, que 400 000 trancs.
Légèreté et solidité ensuite. Ses murs n'ont que G", II d'épaisseur et le fer y est inaltérable. Enfin, rapidité d'exécution et possibilité d'accomplir, par exemple pour les plafonds comme portée et pour les encorbellements, de véritables tours de force impossibles avec d'autres matériaux. Ces réalisations surprennent tout d'abord quand on ne réfléchit pas à la nature quasi-métallique du ciment armé. Ce qu'il permet au constructeur est tel qu'on a pu l'appeler le « matériau de l'avenir ». Son seul défaut est de laisser passer le son, le froid et la chaleur : on y a remédié en établissant des matelas d'air entre deux parois.
Comme plan, l'église Saint-Jean de Montmartre comprend une grande nef, deux' bas côtés sur lesquels s'ouvrent deux chapelles latérales, et un chœur carré. La voûte présente une série de portions bombées qu'on ne saurait comparer qu'à des sections de coupoles. Elle est sillonnée en tous sens par des épines croisées, arêtes saillantes de o^.oy qui ont pour but d'augmenter la force de résistance du ciment dans les cas de grande portée. Cette voûte, qui n'est surchargée de rien, forme avec ses propres reins une terrasse qui en suit toutes les ondulations. Les piliers sont pareils à des poutres, et, au-dessus, les arcs s'élancent, sous forme de planches découpées. Le ciment ayant été partout gardé nature, sauf quelques semis de couleurs, il en
FIG. iSg — SAINT-JEAN DE MONTMARTRE (Architecte : A. de Baudot, 1894.I
LA FLORAISON GOTHiaUE
résulte un ton gris général, qui est la couleur même de cette matière. On ne l'a décoré que par endroits, par exemple aux entre-croisements des balustrades des tribunes, à l'aide de pastilles de grès incrustées. Cela fait une mosaïque d'un aspect robuste. A l'extérieur seulement, la brique apparaît pour colorer la façade, à côté de quelques sculptures de Pierre Roche.
Ce système de construction est, pour nos églises, une nouveauté et, en ce qui con^ cerne les voûtes, absolument nouveau.
Les critiques n'ont pas manqué au pauvre architecte. On lui a reproché le carac-