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TROISIEME PARTIE

L'ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE

INTRODUCTION

L'iconographie telle qu'elle est comprise ici, est proprement l'étude historique des différents thèmes plastiques : Dieu, le Christ, la Vierge, les anges, l'Ancien et le Nouveau Testament, les saints, l'histoire du monde, les allégories, les symboles, les animaux, la fin du monde, le jugement dernier. Énumération succincte qui se décompose en une infinité de sujets. C'est un champ d'étude immense, et la réalisation du programme demanderait toute une vie de Bénédictin.

Pour chacun de ces thèmes, l'iconographe moderne inventorie les œuvres d'art, et, son catalogue terminé, recourt aux écrits anciens susceptibles de l'éclairer. Pour l'inventaire des œuvres, il lui faut parcourir tout ou partie de l'histoire de l'art. Il doit interroger du regard les fresques des Catacombes, les sculptures constantiniennes, les mosaïques byzantines, les miniatures romano-gothiques, les portails et les vitraux des cathédrales, les peintures de la Renaissance et de la période classique qui a suivi. 11 doit, en outre, lire les Pères et les écrivains du moyen âge. La méthode est la même que pour les études historiques, car l'iconographe est un historien des formes. Il a à dire comment les thèmes plastiques chrétiens sont nés, s'ils ont eu un prototype païen, et comment ils se sont développés.

L'iconographie chrétienne est une science récente, et c'est Didron qui l'a créée dans les Annales archéologiques. Le traité complet, tel que je viens de le définir, est encore à faire, mais quelques fragments existent déjà, et le nombre en augmente tous les ans. De ce traité, Didron a écrit le premier chapitre quand il a publié en 1844 son Histoire de Dieu. Depuis, d'autres chapitres ont paru: en 1874, l'Évangile, par Rohault de Fleury; en 1878, la Sainte Vierge, par le même; en i883, la Messe, par le même; en iSgS, les Saints de la Messe, par le même; en 1894, la Croix et le Crucifix, par Forrer et Muller; en 1900, la Madone, par A. Venturi; en 1907, les Anges, par Henriette Mendelsohn; en 1909, les Trois Rois Mages, par Hugo Kehrer. A quoi il faut ajouter des travaux plus restreints, dont un grand nombre d'articles dans la Revue de l'Art chrétien, entre autres ceux de G. Sanoner sur la vie de Jésus-Christ; les articles de M.s'' Wilpert sur l'iconographie des Catacombes dans le Nuovo Bulletino di Archeologia Cristiana: les Recherches sur l'iconographie de l'Évangile à l'époque byzantine, par Gabriel Millet; les études de l'abbé Broussolle sur la Sainte Vierge et sur l'Enfant; le Jugement dernier, par Douillet; le Chemin de la croix, par Barbier de Montault dans les Annales archéologiques, t. XXII à XXV; les Danses des morts, par Louis Dimier; et enfin tout ce que les ouvrages généraux contiennent sur la matière iconographique de telle ou telle époque. L'ouvrage du P. Cahier sur les Caractéristiques des saints dans l'art populaire (1866) est d'un autre ordre et ne réalise pas le programme indiqué ici.

Quant aux ouvrages d'ensemble V Iconographie chrétienne, de Crosnier, en 1848; le Guide de l'art chrétien, de Grimouart de Saint-Laurent, en 1873 ; le Traité d'iconographie chrétienne, de Barbier de Môntault, en 1890), ils sont à refaire. Le premier et le troisième ne font qu'indiquer les sujets qu'ils laissent intacts. Le second n'apporte qu'un commencement d'information gâtée par le manque de critique. Un seul travail général est à citer comme abordant toute la matière iconographique avec la méthode voulue : c'est celui d'Emile Mâle. Ses deux volumes \l'Art religieux du XIII* siècle en France et l'Art religieux de la fin du inoyen âge en France. 1900-1908' passent en revue tous les thèmes iconiques, dont l'étude constitue l'iconographie chrétienne, mais l'auteur s'est borné au moyen âge français. Son travail n'est donc qu'une iconographie gothique. Il reste à l'étendre à tout ce qui a précédé et même à ce qui a suivi, bien que l'auteur déclare que l'art chrétien, passé le moyen âge, n'existe plus.

Comme d'autres, sans doute, j'avais rêvé de réaliser cette iconographie générale. Les études qui suivent n'en sont que des chapitres détachés. Malgré leur imperfection et leur caractère fragmentaire, ils suffiront, j'espère, à ouvrir au lecteur les perspectives de cette science iconographique, encore en formation, qu'il faudra bien, un jour, cristalliser dans un manuel.

En attendant celui-ci, on trouvera dans VArt chrétien de Louis Bréhier (1918), une histoire du développement iconographique de l'art chrétien depuis les Catacombes jusqu'à nos jours. Et voici, pour l'amorcer, six chapitres: le Christ, le Crucifix, la Vierge Mère, trois types de A'ierge, les Anges, les Mages. J'aurais pu y ajouter un chapitre sur sainte Ursule : on le trouvera plus loin, dans la quatrième partie, consacrée à la peinture religieuse. Preuve que les sections de ce livre, loin de s'exclure ou de s'ignorer l'une l'autre, se compénètrent et se confondent comme les parties d'un même tout. On le verra bien à ce que ces chapitres d'iconographie ajoutent aux chapitres précédents sur les cathédrales.

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