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LE CHRIST

(SAINT-APOLLINAIRE NEUF, RAVENNE) (Mosaïque, iv» s.)

Le « Christ bénissant » des Byzantins, bien que d'une autre conception, est très apparenté à celui des églises romaines. Dans la nef de Saint-Apollinaire Neuf, à Ravenne, il reçoit, entouré de quatre anges, la procession des saints au nombre de vingt-six, qui tous d'attitude pareille dans leurs manteaux blancs aux plis droits, lui offrent leurs couronnes d'or (fig. 164).

A Sainte-Sophie de Constantinople, au-dessus d'une des portes du narthex, il est assis sur un trône tout gemmé de pierres précieuses, avec toute la splendeur d'un monarque oriental; Basile 1" est à ses pieds prosterné jusqu'au sol. De la main droite, le Christ bénit, l'annulaire replié sur le pouce, et sur le livre ouvert que tient sa m'ain gauche, on lit: « Paix à vous. Je suis la lumière du monde. » Le badigeon turc a recouvert jusqu'ici cette mosaïque du x« siècle que Salzenberg a

pu copier pendant une restauration.

Mais le Christ byzantin par excellence est le « Pantocrator » des coupoles. Son image gigantesque y est projetée à mi-corps ou en pied dans un médaillon circulaire, et, d'habitude les prophètes forment sa garde d'honneur, de préférence aux apôtres qui l'entouraient alors qu'il dominait, debout ou assis, dans l'hémicycle de l'abside. C'est que, en effet, le^« Pantocrator » n'est pas à proprement parler le Sauveur. L'artiste n'a pas eu en vue, en le traçant, le héros évangélique. Conformément à la doctrine de la consubstantialité, il a envisagé le Fils sous son aspect de Dieu de l'univers, de Maître du genre humain, en tant qu'il s'identifie avec le Père, et, a ce titre, il l'a abstrait du groupe apostolique pour l'entourer des hérauts de l'ancienne loi. Mais le « Pantocrator » a les traits de Jésus-Christ, et ce nom sacré est inscrit en abrégé à droite et à gauche du nimbe. Nous pouvons donc le considérer comme une nouvelle conception de la seconde personne divine (fig. i65).

Le type de Christ imberbe, abandonné vers la fin du iv^ siècle, reparaît çà et là à titre d'exception. C'est ainsi qu'on le voit à Saint-Vital de Ravenne, assis sur le globe terrestre; on a voulu sans doute par là figurer la jeunesse éternelle que lui donne sa divinité. Les Byzantins l'ont employé aussi pour deux représentations spéciales du fils de Dieu; 1' « Emmanuel » et 1' « Ange de la grande volonté ». Cette dernière avait sa place aux voûtes des croisillons. Elle représentait le Verbe, messager divin, partant du ciel pour son pèlerinage terrestre.

Mais le Christ barbu, à la chevelure nazaréenne et au nimbe croiseté, reste la règle générale. Créé par les mosaïstes gréco-romains du iv* siècle, il leur a été emprunté par les autres artistes, et nous le retrouvons partout, finement sculpté en

FIG. l63 — PANTOCRATOR (Coupole de la chapelle palatine, Palerme. Mosaïque, xii* s.)

L ICONOGRAPHIE CHRETIENNE

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