FIG. 166 — CHRIST GLORIEUX
(Tympan de la cathédrale
de Chartres, xn= s.)
l'ivoire des triptyques, patiemment colorié sur le" parchemin des manuscrits, sommairement frappé sur le métal des monnaies. Fixé au début de l'art byzantin, il en suit le cours et en partage les destinées. Épique et tout imprégné de grandeur au début, il revêt dès le VII® siècle un aspect barbare qu'il faut simplement attribuer à l'ignorance impuissante et non à une idée théologique sur la laideur du Christ. Après l'interruption causée par l'iconoclasme, la renaissance macédonienne lui insuffle à nouveau un peu de la beauté antique en même temps qu'un sentiment nouveau de l'élégance et une inclination aux formes tourmentées.
11 y a de beaux Pantocrator : du xi« siècle, à Sainte- Sophie de Kiev, au couvent de Daphni, et à l'Athos; du XII* siècle, à Saint-Marc de Venise et aux églises de Palerme, Monreale, Cefalu, en Sicile ; du xiv siècle, à Kahrié djami de Constantinople.
Ce dernier ensemble de mosaïques et de fresques représente une nouvelle renaissance byzantine. Mais la véritable renaissance vint des artistes d'Occident, lorsque fatigués de travailler alla greca ils se débarrassèrent de ces entraves et demandèrent à l'étude
de l'être vivant le secret d'une vie nouvelle, renouant ainsi les traditions de l'art hellène. En Italie, ce mouvement se rattache à Giotto. Car Giotto, c'est l'art moderne encore enfant qui s'échappe en criant des bras de sa nourrice byzantine et se défait des langes étroits dans lesquels celle-ci l'avait jusque-là emmailloté. L'image du Christ bénéficia, comme le reste, de ce renouveau. De Giotto à Fra Angelico, l'art giottesque a à son actif des eflSgies divines pleines de noblesse et de douceur. Si elles ne modifient pas le type précédent, elles ajoutent du moins à sa signification.
En France, il manque un nom qui puisse servir de fiche, parce que nos sculpteurs et peintres du moyen âge forment une cohorte anonyme. Nous verrons tout à l'heure sous quel aspect cet art d'Europe envisagea le Christ. Mais, auparavant, il convient de s'arrêter un instant aux images célèbres que la piété chrétienne s'est plu à entourer d'une auréole d'antiquité.
Pour le Christ comme pour la Madone, la légende remonte jusqu'aux temps apostoliques. Elle cite un peintre, saint Luc, et un sculpteur, Nicodème. On montre, à Lucques, sous le nom de « Santo Volto », le crucifix
PAGES d'art chrétien IQ
FIG. 167 — LE CHRIST JUGE ^Cathédrale de Chartres, xiii' s.)
de bois qu'aurait sculpté le pharisien disciple de Jésus, et, à Rome, dans la chapelle Saint-Laurent, dite Sancta Sanctorum, le tableau que l'évangéliste-médecin aurait peint et qu'auraient achevé les anges. La légende raconte aussi que Notre-Seigneur envoya lui-même son portrait avec une lettre à Abgar, roi d'Édesse, qui le lui avait demandé. L'église de Saint-Sylvestre in capite, à Rome, et celle de Saint-Barthélémy, à Gènes, se disputent l'honneur de posséder ce portrait.
Vierges de saint Luc et Christ de Nicodème, Madones achéropiies et portraits du Sauveur peints par l'évangéliste ou les anges, toutes ces images tard venues se défendent mal contre la critique et le silence des premiers siècles. L'archéologue chrétien prononce à leur sujet l'épithète d'apocryphe (i) et les attribue pour la plupart à la période byzantine. Il est difficile, en effet, de voir en elles autre chose que le fruit d'une préoccupation très excusable, celle de combler la lacune de la tradition à ce sujet.
Les docteurs du ii* siècle avaient pu discuter longuement la question de savoir si le Christ était beau ou laid, sans qu'aucun d'eux pût jeter dans la balance un argument aussi décisif que celui d'un portrait. Les portraits authentiques n'existaient pas encore. Et l'Église, prudente, laissa débattre la question sans prendre parti. Saint Irénée constatait alors l'absence d'un type primitif. Saint Augustin avouait encore au iv* siècle qu'on ignorait quels étaient les traits du Christ et que chacun l'imaginait à sa façon (2). D'autres que le grand évêque d'Hippone n'ont pu se résigner à ne pas le savoir et ont voulu nous le dire. Du viii« au xiv« siècle, documents et portraits aux origines merveilleuses sont venus suppléer au mutisme de l'Évangile et des anciens écrivains ecclésiastiques. Aucun d'eux n'a jamais pu faire valoir des titres qui permettent de l'accepter sans hésitation. Il est à remarquer que l'argument de saint Luc ne fut pas invoqué contre les iconoclastes au VII* Concile oecuménique, !!• de Nicée, en 787. La légende étant antérieure au concile, c'est donc que celui-ci n'y croyait pas. D'autres monuments appellent des remarques analogues. La tête en terre cuite donnée par M. Perret comme provenant des catacombes remonte, d'après de Rossi, au xv* siècle. La médaille juive à légende hébraïque, découverte en 1898 par M. Boyer d'Agen chez un marchand du Campo dei Fiori à Rome, est une œuvre de la Renaissance. La face porte une tête du Christ encadrée d'un A/e/et du mot Jésus écrit lod^ Sin, Vau, sans VAîn final.
LE BEAU DIEU D'aMIENS
(Xllf s.)
(i) Marucchi, Archéologie chrétienne, t. l", p. 102 et 3ii.
(2) Quà fuerit ille facie, nos penitùs ignoremus. Dominicœ faciès carnis innumerabilium cogitationum diversitate variatur et fingitur (S. AuG. De Trinitate, 1. VIII, c. iv et v).
l'iconographie chrétienkê
La Sainte Face vénérée à Saint-Pierre de Rome est connue sous les noms de Veronica ou de Santo Volto : elle serait une image du Sauveur restée empreinte sur le linge avec lequel il s'est essuyé le visage au cours de sa marche vers le Calvaire. Les yeux étant fermés, on a plutôt l'impression d'un Ghrist mort. Ge tableau était l'objet d'un culte, à Rome, au commencement du XII® siècle : le premier écrit qui en parle est de 1143. La tradition de Véronique est cependant plus ancienne et remonte au viii® siècle. C'est au xs" siècle qu'elle prend place dans le chemin de la croix comme VI® station, et c'est également à cette époque qu'on montre à Jérusalem la maison de la Sainte Femme (i).
Le Saint Suaire de Turin est une étoffe de lin, longue de 4"°, 36, large de i"", 10, sur laquelle on voit deux silhouettes humaines, une de face, l'autre de dos, s'opposant par la tête. Il serait le linceul