QUENTIN METSYS : LE CHRIST BÉNISSANT
(Musée du Louvre, xv= s.)
même du Christ et garderait miraculeusement l'empreinte de son corps. Comme la Sainte Face, il apparaît très tardivement. 11 fait son apparition dans la seconde moitié du XIV* siècle, à la collégiale de Lirey (Aube), comme propriété de Geoffroy de Charny, seigneur de Savoisy et de Lirey. Exposé à la vénération des fidèles comme une relique, le Saint Suaire attire bientôt les foules. L'évêquedeTroyes, Henri de Poitiers, fait une enquête et en interdit l'exhibition. En iSSg, le cardinal légat, Pierre de Thory, ayant de nouveau permis l'ostension, Pierre d'Arcis, évêque de Troyes, envoie un mémoire au pape Clément VIL Celui-ci, dans une Bulle datée de iSgo, tranche alors définitivement la question en ordonnant que celui qui exposera la relique, proclame à haute et intelligible voix que ce n'est pas le vrai
(i) F. Martin, Archéologie de la Passion et les Reliques de la Passion, extrait du précédent, 1897.
suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais une image qui le représente. A la fin du XV* siècle seulement, les doutes sur l'authenticité disparaissent. Le Saint Suaire est alors devenu la propriété des ducs de Savoie, qui le conservent à Chambéry dans l'église des Franciscains. Il est à la cathédrale de Turin depuis i534 (i).
La question paraît tranchée pour les historiens. Elle a été posée sur le terrain scientifique en 1898 et 1902. En 1898, Secundo Pia ayant photographié le Saint Suaire, le cliché en verre donna un positif et l'épreuve sur papier un négatif. C'est
le contraire de ce qui se passe d'ordinaire. On en conclut que l'image du Saint Suaire était un négatif, et par suite une empreinte miraculeuse.
Les expériences de Paul \'ignon . en 1902, obtenant l'image négative d'une médaille à l'aide de vapeurs de zinc sur un linge imprégné d'une mixture d'huile et d'aloès, furent regardées comme une explication scientifique du phénomène. L'image du Saint Suaire serait, d'après P. Vignon, une vaporographie du Christ, c'est-à-dire une image produite par les vapeurs ammoniacales qui se dégageaient du cadavre de Notre-Seigneur pendant son séjour au tombeau, par suite de la fermentation de l'urée que contient la sueur fébrile (2 1.
Ces expériences soulèvent trop de difficultés pour être probantes. L'Évangile de saint Jean (xix, 40), d'après lequel le corps de Jésus aurait été lavé et entouré de bandelettes, révèle des conditions d'ensevelissement différentes de celles supposées par Paul Vignon. Les aromates mêlés aux bandelettes étaient des substances solides broyées, non une mixture liquide, et l'aloès biblique n'est pas l'aloès pharmaceu-. tique actuel. 11 n'y a pas parité entre les vapeurs de zinc et les vapeurs ammoniacales. Quant au cliché photographique positif, il peut s'expliquer par un renversement des valeurs photogéniques de la peinture. Le Saint Suaire de Turin a la