‹ Pages d'art chrétienChapitre 70 sur 142 · DE P. VÉRONÈSE · texte numérisé non relu

DE P. VÉRONÈSE

{Musée du Louvre.)

montre ses plaies. La Vierge et saint Jean sont à sa droite et à sa gauche ainsi que deux anges céroféraires. Dans un coin, le soleil et la lune pleurent. Au-dessous,

sur une bande ou deux superposées, les morts ressuscites soulèvent les dalles de leurs tombeaux. La séparation des bons et des mauvais occupe la zone inférieure. Elle est divisée en deux par un ange tenant en main une balance où se pèse le poids des âmes et de leurs bonnes œuvres. Et, des deux côtés, une procession très contrastante s'organise : à gauche, tumultueusement, des diablotins cornus poussent avec des fourches, traînent avec des cordes les damnés vers une grande chaudière en forme de tête monstrueuse renversée dont la bouche lance des flammes; pendant que, à gauche, les anges doux mènent les élus en extase et en rang vers un petit dais où Abraham élargit son sein et son tablier pour les recevoir.

C'est tout un poème. Il est écrit en ces termes, avec quelques variantes, au portail occidental de Notre- Dame de Paris, au portail Sud de Notre-Dame de Chartres, au portail Nord de la cathédrale de Bordeaux, au portail occidental de Notre-Dame d'Amiens, au portail Nord de Notre-Dame de Reims, au portail occidental de Saint-Étienne de Bourges.

Dans l'axe des tympans, le trumeau divisait en deux l'entrée des cathédrales. A ce montant en pierre, les sculpteurs du xiii« siècle adossèrent la statue du « Dieu-Homme », à la fois bénissant et enseignant. C'était Dieu sur terre, s'abaissant volontairement au niveau de ses fidèles, se mettant pour ainsi dire de plain-pied et conversant familièrement avec les passants. Le « Beau-Dieu » d'Amiens est tout cela. Ses pieds écrasent l'aspic et le basilic symboliques, et sur sa physionomie est empreinte la sérénité grave qui convient à l'Être divin (fig. 168).

Mais les artistes chrétiens ne pouvaient oublier que cette face du Christ, belle à ravir les saints, avait été un moment souillée de crachats et sertie d'épines, et que ce Jésus, après les splendeurs du Thabor, avait connu les affronts du Calvaire. Cette idée du Christ souffrant et mourant donna naissance à deux types, VEcce Homo et le « Crucifix» (fig. 170, 171).

L'histoire du crucifix remonte au v« siècle : je la dirai plus loin. Celle de VEcce Homo commence à la Renaissance. A ce moment, l'art devient historique. Les « Christs apocalyptiques », à cheval, armés de faux, ou une épée à la bouche, sont abandonnés. Les

FIG. 170 — CHRIST DE LA « PÈCHE MIRACULEUSE », DE RUBENS (Cathédrale de Malines.)

L ICONOGRAPHIE CHRÉTIENNE

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