‹ Pages d'art chrétienChapitre 72 sur 142 · DE REMBRANDT · texte numérisé non relu

DE REMBRANDT

(Musée du Louvre.)

par un siècle d'humanisme. Quelqu'un a donc pu, sans trop d'injustice et d'exagération, définir ce Christ « un Hercule en colère qui envoie les damnés à tous les diables en leur montrant le poing » (fig. 176).

Il est à remarquer que le geste est emprunté à la fresque d'Orcagna, et qu'il se retrouve ailleurs dans le moyen âge italien et français; mais le sens là est tout autre. Ce n'est pas un geste de menace et d'irritation. Le Christ montre ses plaies,

la trace des clous dans ses mains, et reproche aux méchants d'avoir rendu inutiles ses souffrances sur la Croix.

Pour Rembrandt, il faut bien se rendre compte que ce grand magicien n'a vu dans la nature que laideurs physiques et beautés morales. Son Christ, comme tout le reste, est à juger d'après cette vision personnelle (fig. 177). Fromentin a écrit sur lui une page à citer :

Quel est le peintre qui n'a pas fait un Christ, à Rome, à Florence, à Milan, à Sienne, à Venise, à Bâle, à Bruges, à Anvers ? Depuis Léonard, Raphaël et Titien jusqu'à Van Eyck, Holbein, Rubens et Van Dyck, comment ne i'a-t-on pas déifié, humaniséjtransfiguré, montré dans son histoire, dans sa passion, dans sa mort? Comment n'a-t-on pas raconté les aventures de sa vie terrestre, conçu les gloires de son apothéose?

L'a-t-on jamais imaginé ainsi : pâle, amaigri, assis de face, rompant le pain comme il avait fait le soir de la Cène, dans sa robe de pèlerin, avec ses lèvres noirâtres où le supplice a laissé des traces, ses grands yeux bruns, doux, largement dilatés et levés vers le ciel, avec son nimbe froid, une sorte de phosphorescence autour de lui qui le met dans une gloire indécise, et je ne sais quoi d'un vivant qui respire et qui certainement a passé par la mort.-^ L'attitude de ce revenant divin, ce geste impossible à décrire, à coup sûr impossible à copier, l'intense ardeur de son visage, dont le type est exprimé sans traits et dont la physionomie tient au mouvement des lèvres et au regard, ces choses inspirées on ne sait d'où et produites on ne

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