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FIG. 178 — ALEXIS DOUIILLARD : LE SACRÉ CŒUR

l'iconographie chrétienne 291

sait comment, tout cela est sans prix. Aucun art ne les rappelle; personne avant Rembrandt, personne après ne les a dites (i).

Dans l'époque moderne, je ne vois qu'une conception nouvelle du Fils de Dieu fait homme : le « Sacré Cœur ». La dévotion remonte à la fin du xvii« siècle; elle a sa source dans les révélations de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Le type s'est constitué au xviii* siècle dans la tradition de Barocci, et procède de son Christ Sauveur au Palais Pitti de Florence. 11 y a deux modes de représentation. Dans l'un le Christ tient son cœur à la main; dans l'autre il a les bras étendus. Il faut citer surtout : la statue de G. Michel à la basilique de Montmartre; la peinture de Besnard à l'hôpital Cazin, de Berck; la peinture de M. Denis à l'église du Vésinet et le tableau de G. Desvallières à la collection Druet. A part cela, les artistes du XIX» siècle ont été surtout, comme leurs devanciers, des narrateurs de la vie du Christ (fig. 178).

Il y a cependant deux courants bien différents dans l'art contemporain à ce sujet :

r Le courant archéologique, représenté par la Bible de G. Doré, les Evangiles de Bida, la Vie de Notre-Seigneur de J. Tissot, les Paraboles de Burnand, le Christ devant Pilate de Munkacsy, l'^'cce Homo de Ciseri, la Cène de Dagnan Bouveret. Préoccupés de couleur locale, tous ces artistes ont essayé de reconstituer un Christ oriental dans un cadre palestinien. 11 y a une part d'illusion dans leur tentative, car elle suppose un Orient immobile où rien n'a changé, pas plus les costumes que les types et les sites. Or, l'Arabe actuel n'est pas le juif du 1" siècle, et, ni la mosquée d'Omar, ni les remparts arabes de la Ville Sainte, ni les fontaines turques ne représentent le cadre architectural de l'époque romaine.

2" Le courant mystique, à tendances parfois sociales, où l'on imagine un Christ éternellement vivant au milieu de nous, en dehors des conditions historiques. On peut grouper sous cette rubrique : le Christ lumière du monde du préraphaélite anglais Holman Hunt; Jésus che\ les travailleurs de Fritz von Uhde au musée du Luxembourg; le Christ en croix de Bouguereau auprès duquel s'arrête un paysan las; les tableaux de Béraud où l'on voit le Christ flagellé par des bouchers de la Villette, insulté par des Francs-Maçons, consolé par des religieuses et des ouvriers; les peintures de Besnard, à Berck, qui montrent Jésus au chevet des malades; la Noire-Dame des Écoles de G. Desvallières; les nombreux tableaux, décorations et images de Maurice Denis, entre autres la Vocation des apôtres de la collection Gabriel Thomas.

Tout, dans cette liste, n'est pas de même qualité et ne relève pas d'un même esprit. L'œuvre préraphaélite est tellement chargée d'intentions symboliques qu'elle exige un long commentaire pour être comprise. L'œuvre de Béraud, outrancière, choque par sa vulgarité, et compte, d'ailleurs, peu artistiquement. Le meilleur est dans l'œuvre de Besnard, de Desvallières et de Denis.

(i) Fromentin, les Maîtres d'autrefois, p. 38 1.

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