FIG. 206 — VIERGE
(Musée de Cluny,
pierre, i" moitié du xiii* s.
Porte du Cloître. Sur un signe de l'imagier, la Sedes Sapientiœ des vieilles églises s'est levée. Celle de Cluny est encore inerte; celle de Notre-Dame est vivante. Reine- Mère dans le premier cas, Vierge- Reine dans le second, majestueuse au début, aimable et gracieuse à la fin, Marie porte dans les deux cas ce bandeau royal que l'amour des peuples lui a donné, et qui ne la quittera plus. La première regarde droit devant elle; la seconde sourit à l'Enfant qu'elle porte (fig. 206 et 207).
Habituellement, les deux types tiennent de la main droite un sceptre, un lis, un arum ou un bouquet de roses. Pendant la première période, cette main s'avance parfois comme pour un don, et, dans la seconde, il arrive qu'elle s'appuie familièrement sur l'Enfant. Dans les deux types aussi, l'Enfant Jésus se retourne vers le spectateur qu'il bénit ou qu'il accueille pendant que sa main gauche tient le livre de vérité ou le globe terrestre.
Au début, Marie foule la tête du dragon; à la fin, ses pieds reposent sur des nuages. L'arrangement du manteau est aussi caractéristique. Dans le premier, le manteau, ramené sur le devant, laisse voir la robe presque sur toute sa longueur. Dans le second, la robe disparaît à peu près complètement, cachée par le manteau qui passe tendu sous le bras droit et va aboutir sous le bras gauche, occasionnant une draperie dont les sculpteurs tirent un parti merveilleux.
Au XIV» siècle, le type s'assouplit. Grisés par le sourire que leur eiseau a fait naître sur la pierre, les statuaires cherchent à donner à leurs Vierges le plus de grâce possible. Ils leur cambrent la taille et les drapent admirablement. Les Vierges de cette époque sont charmantes. La Vierge dorée d'Amiens ( i) en est le type le plus accompli. Trois angelots soutiennent derrière sa tête un nimbe orné de pierreries.