NOTRE-DAME DE LA COUTURE DU MANS
(Marbre, par Germain Pilon, xv s.) empreint d uue vraie grandeur.
L ICONOGRAPHIE CHRETIENNE
Il est intéressant aussi d'opposer à la toile d'un art si élevé du maître espagnol la « Vierge aux anges » de Rubens qu'entoure une ronde de bébés joufflus. Si l'on se rappelle encore le type de Cologne, jeune Allemande maladive aux longs cheveux blonds et aux yeux bleus, et qu'on lui oppose les yeux noirs, la face ardente et les ébéniques chevelures des Vierges espagnoles, on pourra voir par là comment chaque peuple s'est fait un type de Vierge à son image. L'art chrétien se modèle donc chaque fois sur l'art ethnique et lui emprunte ses moyens d'expression, car il est d'ordre moral.
Le XIX* siècle aurait dû, semble-t-il, créer les plus belles Vierges qui soient, puisque le modèle inimitable l'avait favorisé d'apparitions célestes qui permettaient à ses artistes de travailler d'après nature. Il n'en est rien cependant; les Notre-Dame de Lourdes et les Notre-Dame de La Salette, sorties de ces manifestations de foi, constituent une statuaire assez pauvre. Le renouvellement de la tradition iconographique n'est pas sorti de là.
Ingres en France, Overbeck en Allemagne, se sont mis pour peindre Marie à l'école de Raphaël. Le premier a choisi le Raphaël de la période romaine et a fait sa « Vierge du vœu », à la cathédrale de Montauban, « le plus raphaëlesque possible ». C'est lui-même qui parle ainsi dans une de ses lettres. On peut en dire autant de sa « Vierge à l'hostie », au musée du Louvre. Le second a ressuscité le Raphaël ombrien et son maître Pérugin. Ses Vierges mi-florentines, ainsi que celles de Fûhrich, Ittenbach, etc., ont été très popularisées par la gravure. On peut reprocher à ces dessinateurs un esprit systématique dans lés draperies où les mêmes formules apparaissent sans cesse.
La colossale Notre-Dame de France du Puy a été fondue avec le bronze des canons pris à Sébastopol, d'après le modèle de Bonnassieux. C'est une œuvre froide. Il faut en dire autant des Vierges de Flandrin, de Savinien Petit et d'Orsel. De Bou-
guereau, nous avons une « Vierge aux anges », une « Vierge aux lis » et la « Vierge et l'Enfant ». Sa Maier afflictorwn que possède le musée du Luxembourg est dans une note plus mâle. La Vierge assise, les bras à moitié étendus en croix, regarde le ciel dans un extatisme douloureux. Ecroulée sur ses genoux, une mère implore sa pitié pour son enfant dont le cadavre gît à terre.
Malgré son caractère sentimental, il y a là moins de sentiment que dans la Vierge qu'Hébert a peinte pour l'église de la Tronche (Isère).
Comme pour le Christ, on peut ramener à deux les tendances manifestées par les
FIG. 2l5