CHAPITRE VU
FoQiqBçd Ton aubititiie m plan d'an minUtire du travail Vidée d^une sim« pie camfaUsîQa d'étude. •>- Qrgaoi^tion des ateliers uatiofiaux par M, Marie. — Démissions offertes. — Résultats des conférences du Luxembourg. — Doctrine puisée aux sources de TEvangile. — Les détracteurs du Sûeialiame se Miaat fauasairea pour tromper Topinion publique, «^ Toutea les apiaiona représentées dan» les conférences du Luxembourg.
Mais quels seerets motifs dirigeaient oeuxqui, à l'Hôte]* de-Ville, substituèrent au pJen d'un ministère du travail, que voulait le Peuple, l'idée d'une simple commission d'étude? Eux-mêmes vont répondre. Car j'entends ne rien avancer, dans cet écrit, ovb sur preuves irrécusables.
Dans son Histoire de^ Ateliers nationaux, M. Emile Thomas , l'agent , la créature , et , sous certains rapports, le confident de M. Marie, par qui ces ateliers furent organisés, rappelle, dans les termes que voici , une conversation qui eut lieu un jour entre lui et le ministre des tra* vaux publics, membre du gouvernement provisoire :
« M. Marie me dit que l'intention bien arrêtée du gouc( vernement avait été de laisser s'accomplir cette eospé* « rience, •— la commission de gouvernement pour les « travailleurs ; — qu'en elle-même ^lle ne pouvait avoir « que de bons résultats, parce qu'elle démontrerait aux c( ouvriers tout le vide et toute la fausseté de ce!» théories
« inapplicables, et leur ferait apercevoir les conséquences c< désastreuses qu elles entraîneraient pour eux-piêmes ; « qu'alors, désabusés pour l'avenir, leur idolâtrie pour « M. Louis Blanc s'écroulerait toute seule, et que désor- « mais il perdrait ainsi tout son prestige, toute sa force, « et cesserait d'être jamais un danger *. »
Ainsi donc, lorsque le 28 février 1848, au bruit des clameurs populaires qui s'élevaient de la place de Grève, et à l'aspect des milles bannières qui portaient écrits ces mots : Création d'un ministère du travail, on me proposait, au lieu de ce ministère, la présidence d'une commission d* étude SANS ressources administratives , sans BUDGET, c'était pour m' enlever tout moyen d'appliquer les idées qu'on se réservait de déclarer plus tard inapplicables ! Et lorsque, pressentant le piège, je donnais ma démission , Ton ne me conjurait de retirer cette démission , signal certain d'un soulèvement dans Paris , que pour s'armer de mes concessions contre moi-même et me dérober la confiance du Peuple en me chargeant d'un fardeau sous lequel on espérait me voir écrasé I De quoi s'agissaitil en effet? De contenir la place publique, et cela sans un soldat! De transiger avec la faim , et cela sans un écu ! Albert, qu'on cherchait probablement à compromettre , lui aussi, en lui offrant la vice-présidence de la commission, Albert joignit sa résistance à la mienne ; et si nous finîmes par céder, ce fut en partie, je Tai dit, dans la crainte des troubles qui seraient sortis de la persistance de notre refus.
Au reste, et malheureusement pour eux, les protecteurs du vieux monde ne prirent pas garde que, même en sup-
* Yoy. y Histoire des Ateliers nationaux^ par M. Emile Thomas, p. U2»
posant qu'on nous ravît l'espoir de concourir aux travaux de la moisson, le pouvoir d'ensemencer nous restait. Là fut recueil de leur menteuse sagesse ; là fut le piège où ils tombèrent, après l'avoir tendu. Essayer Tappliication d'une idée vraie, on ne le peut qu'à des conditions qui nous étaient refusées ; mais pour rendre cette application tôt ou tard inévitable, que faut-il î La parole y suffit. Aujourd'hui la tribune du Luxembourg reste muette ; Albert est en prison ; je suis en exil. Victoires de Pyrrhus! car l'œuvre d'organisation pacifique se continue. De nombreuses associations, déjà formées et fonctionnant dans Paris, témoignent assez de l'invincible dévouement des délégués du Luxembourg,' grande et généreuse famille qui ne périra pas. On a bien pu nous disputer le présent, mais l'avenir?...
Je n'ai point à reproduire ici les discours prononcés par moi dans l'ancienne chambre des pairs. Insérés textuellement au Moniteur, ils ont été publiés en corps d'ouvrage sous ce titre : La Révolution de Février au Luxembourg. C'est là que je renvoie ceux dont les haines politiques n'ont pas dépravé l'intelligence et perverti le cœur. Qu'on les lise ces discours qu'inspira la passion de la justice, unie à l'amour de l'ordre véritable, et l'on saura jusqu'où a été poussé contre moi l'art des citations infidèles, des textes tronqués, des venimeuses réticences, des résumés frauduleux ; et l'on se demandera, non sans quelque surprise, comment une doctrine puisée directement aux grandes sources de l'Évangile a pu devenir tout à coup la théorie du désordre, sous la plume des détracteurs du Socialisme, faussaires aux gages des rois vaincus et des oppresseurs discutés !
Quant aux conférences du Luxembourg , ce qu'il con-
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vient de ne pas oubliet", c'est que toutes les opinions y furent appelées dans la personne de leurs représentants eonnus» c'est que toutes les doctrines y trouvèrent place , représentées t le Saint^Simonisme» par MM. Charles Duveyrier et Caseaux; le Fouriérisme, par M. Victor Considérant ; la philosophie des Encyclopédistes du dit^neuviènie siècle, par M. Jean Reynaud $ le Socialisme moderne, pat* MM. Vidal etPecqueurt l'Économie politique, aujourd'hui dominante, par M Wolowski. Si quelques penseurs en renom restèrent à Técart , ce fut ou parce qu'ils le voulurent ainsi, comme M. Enfantin, ou parce qu'ils se trouvaient alors absents, comme M. Pierre Leroux» Enfin, -^ si l'on veut une dernière preuve de Tesprit d'impartialité qui nous animait, ^ il n'a pas tenu à nous que M. Emile de Girardin ne soit venu au Luxembourg produire et défendre ses idées»
Il est donc bien impardonnable» le crime d'avoir pôut^ Buivi, d'une âme sincère, le triomphe de la vérité, l'avénement de It justice I
CHAWTRE VIII.
^i^tnîéfe cftlomîiife : Albert fet moî, ndus sommes reprêsëhtés comme lès héMtierfi du filstê û% BâMk. ^ Démètiti dotiné pAr M> Gëfoétày^ «dthi» nistrateur du Luxembourg. — Mensonge de M. Gliarles Dupia.
Là première calomnie... Mois d*au»si bMse^t àttâ^Uèâ valênMlès cjti'ôh s'y arrêté?... Âllôti»! il faut surrflôûter son dégoût, il le f^ut.
La première ealohihié dirigée contre le Luxembourg coflâîsta à ttou!5 présenter,. Albert et moi, comme les héritiers du fkste de Bârràs. Ou disciit les recherehes de notre luxe , le rdfRnemeut dé uôs goûté , nôs mets de prédilection, nos soupers flus dans ces mêmes salons qu'avait choisis pour théâtre de ses plaisirs le Lucullus du Directoire.
61 jamais mensonge fut audaeieujt et grossier, c'était cèlui-lâ. Car , dès notre «irrivée au Luxembourg , nous allons mis les choses sur un tel pied d'austérité, qu'on aurait preî^que pu y vôlr de raffcctalion , s'il y en avait cU à nous souvenir que là plupart des ouvrier qui nous entouraient n'avaient pas de pain. Mais plus l*imposture était effrontée, plus il sembla piquant à des feuilles qu'on ne nommé point de là répandre et de l'accréditer.
Cela nous fît pilié, voilà tout. A quoi bon prendre souci d'une accusation dont plusieurs milliers de témoins savaient rimpudeur? Est-ce que nous n'avions pas fait du Luxembourg un palais de verre î Est-ce qu'il ne suffisait pas de montrer la carte de délégué pour parvenir jusqu'à nous, à chaque heure du jour, à chaque heure de la nuit? Est-ce que le Peuple tout entier n'assistait pas quotidiennement à nos repas par quelques-uns de ses représentants? D'ailleurs, devant des accusations et des adversaires d'une certaine espèce, le mépris est une jouissance hautaine à laquelle s'abandonne aisément la dignité de l'honnête homme outragé.
Notre silence humilia nos détracteurs, mais il les servit. Dédaignée par ceux qu'elle atteignait, recueillie avidement et propagée par ceux dont elle armait les rancunes, la calomnie gagna les départements, où elle ne devait pas rencontrer de contradicteur; elle circula dans les salons royalistes; elle se mêla à la fange des libelles; elle fut une bonne fortune pour quelques zoïles de la nature de M. Louis Reybaud, écrivains bas de poil, comme disait crûment Montaigne; auteurs qui se consolent, en riant faux, du malheur d'être médiocres, aveugles qui insultent à la lumière, ridicules eunuques qui raillent la fécondité !
Mais, grâce au ciel, il n'est qu'un temps pour le succès de tout ce qui est injuste et vil. Le ConsHlutionnel ayant un jour rappelé notre luxe^ M. Genevay, alors gouverneur du château de Versailles, et qui avait administré le Luxembourg pendant le gouvernement provisoire, écrivit au rédacteur la lettre suivante, qu'on lit dans le Constitutionnel du 2 juin 1848.
c( Nommé administrateur du palais national du Luxem- « bourg , dès que cette résidence fut donnée par le gou-
« vernement provisoire aux citoyens Louis Blanc et Albert, « je crois de ma loyauté de protester de toutes mes forces « contre un bruit que plusieurs feuilles publiques ont malce heureusement accueilli. On prétend que les citoyens « Louis Blanc et Albert ont fait d'énormes dépenses pour « leur table : c'est une erreur ou une calomnie. Le pre- « mier mois, après bien des résistances, la table des deux « membres du gouvernement provisoire fut servie h « 6 francs par jour et par lète; mais, le second mois , les « citoyens Albert et Louis Blanc ayant trouvé la nourrice ture encore trop abondante , ils n'autorisèrent plus c< qu'une dépense de 2 /r. 50 c. pour le déjeuner, et de « 2 fr. 30 c. pour le diiier. Les preuves et pièces à l'appui c( peuvent être immédiatement fournies.
c< Agréez, etc.,
« A, Genevay. »
« Ce 31 maii848. »
Qu'ajouter à cela?
Et c'est depuis la publication de cette lettre que, dans une leçon donnée au Conservatoire des arts et métiers, M. Charles Dupin a fait revivre la fable honteuse !... Mais laissons cet homme.