‹ Pages d'histoire de la révolution de février, 1848Chapitre 11 sur 68 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Faits qui prouvent que les Àtelierê nationaux furent établis par M. Marie pour cotiibatlfe inoh influence. «^ ïétttoîghàge de M. Émilé Thomas. — Difîérence qui existe entre les Ài$iiet$ êotimtûs proposés par moi et les Alelier$ naiiûnauœ de M. Marie* — Révélations étranges de Mi Emile Thomas. — M. Marie soudoie les ateliers nationaux. — Les délégués du Luiemboiiï^ n'Ont jatriais fecU Uiie obole; adîtiirâble attitude des délégués du Luxembourg^ -^ ÂveUx tirés àé VHUiom de (é Révolution tf« février par M. de Lamartine. — Pouvoir de la calomnie.

Nous enlever raffection du Peuple, on l'avait essayé en vaia : pour nous rendre odieux à la bourgeoisie, oîi imputa au Luxembourg la création des ateliers nationaux, autre merisonge infâme, impossible à admettre pour quiconque m'avait lu , mais qu'oii crUt pouvoir fisqUer avec avantage en le mettante l'adresse de l'ignorance.

Vingt fois déjà, du haut de la tribune ou par la presse, après avoir fait justice de cette fausseté exécrable, j*ai mis au défi qu'on osât me contredire publiquement, et jamais, en effet, personne ne l'a osé. Exige-t-on davantage? voici des PREUVES, et des preuves aussi éclatantes que le soleil.

Le 5 juillet 18^8, M. François Arago, ex-membre du gouvernement provisoire, est appelé devant la commission d'enquête; on l'interroge sur les ateliers nationaux, et il

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répond : C'jEst M. Marie qui s'est occttrÉ og l'oAgabiisation

D8S AteuËftS NAtlO!YAtJX ^

Ce fut eflbc^l^meiit M. Marie qui orgatiisa ces ateliers, dont la directe fut par lui cotifiée à un M. Emile thomas, personnage ridicule, vulgaire détracteur d'idées qu'il était incapable de comprendre, et qui, tout bouffi d'une importance qu'il n'eut jatnais, m'a attaqué sans qu'il ait pu me convenir d'y prendre garde.

Or, dans sa déposition du 98 juillet 1848, M. Éthile Thomas dit : a Jamais je n'a! PAktLé A M. LoDis BLakg de ma viB } JE KE Le coitifAis î^As. >> Il ajoûte t c< Pendant (^vé j'ai

ÉTÉ km ATELIEHS» J*AI VU M. MAHIE TOUS LES JOURS , SOUVENT DElTX rois PAtl JÔtJtl ; MM. tlEGURt, BucUEt et Maïuiast PkEs-^

QUE tous LES JOURS ; j'aI VU UNE SEULE FOIS M. DE LaMAUTINE,

JAMAIS M. LeDRû^^Rollin , JAMAIS M. Lotjis BlaNg, IaMais M. Flocon, jamais M. Albert *. »

Dans Bâ déposition du 98 Juin 1848, le directeur des ateliers nationâut avait déjà dit : « J'ai TotiJôtjRs marché

AVEC LA mairie DE PaRIS CONTRE l' INFLUENCE DÉ MM^ LëDRU»

RoLLiN, Flocon et autres. J'étais en HOstlLiTÉ ouverte avec

LE LuXEMBOmO. Je combattais OllVEtlTËMENt l' INFLUENCE DE

M. Louis Blahg '« d

Qu'opposer à ces dépositions officielles , si nettes et si déoisives? T ta^iAl eu par hanârd quelque déposition contraire? Non , pas une, pas une seule. Qu'on parcoure les trois volumes de Tenquête ! Dans ce laboratoire des haines de la Gontre^révolution» dans oet arsenal oô toutes les armes empoisonnées qu'il fut possible de rassembler contre moi étaient admises avec joie , appelées avec astuce , on

^ Voy. le Rapport de la CommUtion d'enquête^ 1. 1, p. 328. « Idem, 1. 1, p. 352 et 3o8.

» Ikm, p. 332.

ne trouvera pas une déclaration sur laquelle on SQ puisse appuyer pour faire de moi, soit le créateur, soit l'organisateur, soit même l'approbateur des atel^^ nationaux.

C'est peu : il faut donner la parole ainRctes officiels, aux décrets, au Moniteur.

Moniteur du 27 février 1 848 :

c< Le gouvernement provisoire décrète l'établissement c( des ateliers nationaux.

a Le ministre des travaux publics est chargé de Texé- « cution du présent décret. »

Or, qui était ministre des travaux publics? M. Marie.

Aussi est-ce par M. Marie, et par lui seul, que fut pris l'arrêté qui instituait le service des ateliers nationaux. Cet arrêté, le voici :

« Le membre du gouvernement provisoire, ministre des c( travaux publics,

« Vu l'arrêté du gouvernement provisoire, en date du « 27 février dernier, qui ordonne l'établissement d'ate- « liers nationaux ,

« Arrête ce qui suit :

«Art. 1*'. Il sera établi, à Paris, un bureau central « pour l'organisation des ateliers nationaux du départec< ment de la Seine.

«Ce bureau sera placé sous la direction de M. Emile « Thomas, nommé à cet effet commissaire de la Repu- « blique.

« Art. 2. Les travaux à exécuter dans l'intérieur de la « ville sont exclusivement réservés aux ouvriers domici- « liés dans le ressort des douze mairies. Les ouvriers ré- « sidant hors de la ville ne pourront être reçus que sur « les ateliers ouverts dans la banlieue.

« Art. 3. Les ouvriers domiciliés dans Paris ou dans la

« banlieue devront faire constater leur qualité et leur doc< micile par les maires de leurs communes.

« Sur le vu des certificats délivrés par les maires, le di- « recteur du bureau central fera procéder à l'embrigadec< ment et au classement des ouvriers , pour les diriger c< successivement sur les lieux où il aura été possible d'é- « tablir des ateliers , et jusqu'à concurrence du nombre « indiqué par les chefs de service. Aucun ouvrier non do- « micilié dans le département de la Seine ne pourra être « compris dans ce classement.

« Art. 4. Lorsque les ateliers seront établis sur les voies c< de communication qui dépendent du ministère des trace vaux publics, les agents de tous grades, préposés par le « ministre ou par le directeur du bureau central, devront c< se conformer, dans F exécution des travaux, auxinstruc- « tiens qui pourraient leur être données par MM. les ingé- « nieurs.

« Art. 5. Le directeur du bureau central fera publier, « dans un délai de deux jours, un règlement pour Texé- « cution du présent arrêté. Ce visa sera soumis au visa du « ministre des travaux publics.

« Le ministre des travaux publics, membre du gouvernement provisoire,

c( Marie. »

«Paris, 6 mars 1648.)»

Eh bien, que vous en semble? Quel nom donner à ceux qui, sachant tout cela, n'ont pas rougi de faire ou de laisser peser sur moi la responsabilité des ateliers nationaux?

Du moins, si j'avais été consulté sur l'arrêté qu'on vient

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de Ure ! Mais non : il fut pris à la suite d'une délibération à laquelle on eut soiu de ne pas m'appeler.

Yûici ee que raconte, à ce sujet, M. Emile Thomas, qui fut nommé par M, Marie directeur des ateliers nationaux » ce Mt Emile Thomas que je ne connaissais point et que je n'ai jamais vu de ma vie!

« La séance était ouverte — à rHôtel-de^Ville — lorscc que je fus introduit. Yingt-quatre personnes, è peu près, cf y prenaient part» sous la présidence du maire de Paris, « — M. Garnier Pages ; — c'était, d'une part, le maire ad- « joint, M, Bûchez; M. Flottard, secrétaire général; « M. Barbier, chef du personnel \ M. Tremisot , chef du (€ service des eaux et du pavé de Paris, depuis chef de la €( division de la grande voirie; les douie maires d'arron-> c< dissement. De l'autre, le ministre des travaux publics, « — M. Marie, — et MM. les ingénieurs en chef, Robin, « du département de la Seine; Mary, du service des eaux ; a Prus, du pavé de la ville; Michal, de la navigation; « Baude et Onffroy de Rréville, des chemins de fer. — Suit c< le discours dans lequel M. Emile Thomas exposa son « plan. — Le discours que je viens de reproduire fVit acc< cueilli par toute l'assemblée avec une bienveillance dont « je fus presque honteux... « Monsieur, me dit le prési* « dent, — '. M. Garnier Pages, — votre projet est adopté, « vous allez sur-le-champ vous mettre à l'œuvre. » Le lendemain, 6 mars, parut Tarrêté reproduit plus haut, et portant la seule signature de M. Marie *.

Et qu'on n'objecte pas que, si les ateliers nationaux furent organisés sans ma participation, ils le furent, tout au

* Voy. THm/oiVc àe% Ateliers ncUionaux^ p. M. Emile Thomas, depuis la page 4T jusqu'à la page 57.

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moins, d'après mes principes. Q'e^t justement le contraire qui est vrai»

On a vu, par les propres paroles dç M. Marie, combien il était opposé à mes doctrines, et avec quelle vivacité do désir il en poursuivait secrètement laruine* Comment imaginer qn il eût, de gaieté de ccBur, employé les trésors de rÉtat à en essayer l'application?

Aussi, rien de plus opposé au régime industriel déve» loppé dans VOrganmiion 4(^ Trqv<iil% que le régime, ^i justement flétri, des ateliers nationaux, dirigés par M. Emile Thomas, sous la responsabilité de M< Marie*

Les Qte(ier9 sQciau^^ tels que je les avais propoiiés, devaient réunirt chacun» des ouvriers appartenant tous à la même profession.

Les aUli^'B nqthMw, tela qu'ils furent gouvernés par M, Marie, montrèrent entassés, pêle-mêle, des ouvriers de toute profession, lesquels, chose insensée I furent sou» mis au même genre de travail,

Dans les alelien aaciaHx, tels que je les avais proposas, les ouvriers devaient travailler à Taide de la commandite de rÉlat, mais pour leur propre compte, eu vue d'un bé« néfice commun, c esl-à-dire avec l'ardeur de l'intérêt personnel, uni à la puissance de l'association et m point d'honnenr de Tesprilde corps*

Dans les QlHicr$ miiomng^^ tels qu'ils furent gouvernés par M. Marie, T État n'intervint que comme entrepreneur» les ouvriers netigurèrent que comme salariés, Or, comme il s'agissait ici d'un labeur stérile, dérisoire, auquel la plupart se trouvaient nécessairemei^t inhabiles , l'action de rftat, c'était le gaspillage des finances; la rétribution» c'était une prime à la paresse; le salaire, c'était une aumône déguisée.

Les ateliers sociaux, tels que je les avais proposés, constituaient des familles de travailleurs, unis entre eux par le lien de la plus étroite solidarité, familles intéressées à être laborieuses et, partant, fécondes.

Les ateliers nationaux, tels qu'ils furent gouvernés par M. Marie, ne furent qu'un rassemblement tumultueux de prolétaires qu'on se contenta de nourrir, faute de savoir les employer, et qui durent vivre, sans autres liens entre eux que ceux d'une organisation militaire, avec des chefs appelés de ce nom, si étrange à la fois et si caractéristique -.Brigadiers!

. Je pourrais m'arrêter à cette limite ; mais je tiens à prouver plus encore, à prouver que les ateliers furent organisés contre moi.

On a lu plus haut la déposition de M. Emile Thomas , extraite du Rapport de la Commission d'enquête et conçue en ces termes: «J'étais en hostilité ouverte avecleLuxem- « bourg. Je combattais ouvertement l'influence de M. Louis « Blanc. » A cet aveu si naïf et si précis, Tancien directeur des ateliers nationaux a joint des développements fort curieux, qu'il importe de faire connaître.

Et d'abord, il déclare formellement que, si mon système

RESTA A l'état DE THEORIE, CC fut grâce A LA RÉSISTANCE DE

LA MAIRIE DE PARIS \ c'cst- à-dire du pouvoir avec lequel, d'après son propre aveu , M. Emile Thomas s'entendait pour diriger les ateliers nationaux.

Au fond , ils n'avaient été créés que pour mettre à la disposition des adversaires officiels du Socialisme une armée qu'on pût, au besoin, lui opposer. Après avoir raconté, dans son livre, en quels termes M. Marie se plai-

^ Voy. V Histoire des Âleliers nalionauXt p. 200.

gnit un jour à lui de Finfluence que j'exerçais sur le Peuple, au moyen du Luxembourg, l'ancien directeur des ateliers nationaux écrit :

« M. Marie me fit mander à THôtel-de-Ville. Après la a séance du gouvernement, je m'y rendis et reçus la nonce velle qu'un crédit de cinq millions était ouvert aux atea liers nationaux et que le service des finances s'accom- « plirait dès lors avec plus de facilité. M. Marie me prit a ensuite à part et me demanda fort bas si je pouvais « compter sur les ouvriers. — Je le pense, répondis-je; « cependant, le nombre s'en accroît tellement qu'il me dece vient bien difficile de posséder sur eux une action aussi c( directe que je le souhaiterais. — Ne vous inquiétez pas ce du nombre, me dit le ministre. Si vous les tenez, il ne ce sera jamais trop grand ; mais trouvez un moyen de vous ce les attacher sincèrement. Ne ménagez pas l'argent, au bece soin même on vous accorderait des fonds secrets. — Je ce ne pense pas en avoir besoin; ce serait peut-être ensuite ce une source de difficultés assez graves ; mais dans quel ce but autre que celui de la tranquillité publique me faitesce vous ces recommandations? — Dans le but du salut puce blic. Croyez-vous parvenir à commander entièrement à ce vos hommes? Le jour n'est peut-être pas loin où il fau-

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