‹ Pages d'histoire de la révolution de février, 1848Chapitre 12 sur 68 · X DRAIT LES FAIRE DESGENDRE DANS LA RUE · texte numérisé non relu

X DRAIT LES FAIRE DESGENDRE DANS LA RUE

Ainsi, je n'avais pas un centime au Luxembourg ; et, pour créer à l'ancien directeur des ateliers nationaux une puissance qu'il déclarait vouloir me rendre hostile, on lui offirait, fort basj une prime sur les fonds secrets !

Ainsi, au pouvoir tout moral qui résultait, pour Albert et moi , de la confiance sans bornes que nous inspirions aux délégués du Luxembourg, on s'étudiait artificieusement à opposer une influence poursuivie par des voies

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corruptrices, aux dëpens du lré$or public» àprixd'or!

Ainsi, pendant que noup ne laissions tomber, du haut de la tribune du Luxembourg, que das paroles de paix , que des o^bortations au oalma et à la conoorde \ ou disait fort bai au directeur des ateliers nationaux ; « Ne mena* a ge% pas Targent,.. Croye2*vous parvenir à commander (( entièrement à vo9 kommei ? Le jour n'est peut-être pas <i loin où il faudrait les faire descendre dans la rue ! d

Ce n'est pas tout : pour se ménager un moyen pernaa* nent d'action sur la population ouvrière des ateliers na-r tionauic , M* Marie et M. Emile Thomas essayèrent de rétablissement d'un club.

€c L'idée émise par l'un des délégués , dô la fondation « d*un club, raconte M. Emile Thomas, resta dans l'esprit tt du ministre, qui, lorsque les délégués furent partis, a m'en reparla et demanda ce que j'en pensais. Je iui a répondis que la chose pouvait avoir de bons résultats». « « 4ii vouis A m raojsT l'immense; bénéfice de dresser un

eç ACTfil^ CONTAS GQI4DI DU LUXBMD0UH6 \ »

Malheureusement» l'autel nouveau demeura sans fidèles et fut maudit. La popularité se donne , elle ne se vend pas. Ceux qui avaient la main dans le trésor public, ceux qui; pouvant ouvrir ou fermer à leur gré les portes des ateliers nationaux, disposaient de l'existence de plusieurs milliers de familles , voulurent vainement faire violence W% sympathies populaires ; vainement ils en mendièrent la faveur : le Peuple se détourna d'eux aveq dégoût, et garda son cœur à ceux qui n'avaient eu, pour ]& gagner, que des pensées généreuses, servies par orne parole libre.

i Voy. les discours reproduits textuellement 4ans le MQn\{e^T 4y 45 mars, du 11 mars, du 26 mars, du 7 avril, du 2 mai 1848. * UhêQire des Attlien naHonauœ, p 157.

Ëe qu'il importe de noter , Q'est que tBS délégués du iiuniiBOURG m'ont iamâis RBçn mm obolb. Ijeur mission fut toujours et entièrement gratuite» Que dis^je? Elle devint pour eux la source des privations les plus dures ^ des plus poignantes douleurs. La plupart d'entre eux se virent renvoyés de Tatelier par leurs patrons flirieux^ Une persécution barbare et sourde les enveloppa* Avocats de la commune misère, on se ligua pour leur reAiser partout le paÎQ du travail. Et puis, on n'eut pas honte de se faire contre eux un argument de leur détresse même.

Ëh bien ! leur disait^on, que vous revient-il de tant de théories décevantes ? On vous parlé de Torgonisation du travaih on vous vante les bienfaits de l'association; Tabolition du prolétariat vous est montrée dans le lointain ! Promesses de rhéteur que tout cela ; rêves d'utopistes, fantômes brillants à la suite desquels on vous promène, nus et affamés, dans le pays des chimères 1 Revenez à vous, malheureux! Laissez là ces tribuns aux paroles dorées et stériles, Rappelez-vous que la pauvreté est, pour le grand nombre , un hôte inévitable. Est^^e que jamais vos souffrances furent aussi vives ? Cdhiprenez mieux le cri de vos enfants et interrogez la pâleur de leurs mères!

Oui, voilà ce qu'ils disaient, les hommes qui, par un horrible calcul, enfouissaient leurs capitaux, ruinaient le crédit à force d'en déplorer bruyamment la ruine, suspendaient le travail commencé, repoussaient le travail offert. Ils entretenaient ou agrandissaient le mal, afin de prouver l'impossibilité de le détruire • ardents à montrer que les idées nouveHes étaient irréalisables, ils s'autorisaient du résultat des manœuvres employées pareui« mêmes pour en empêcher la réalisation ; ils semaient la tyrannie dans la misère, les hypocrites !

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Mais le Peuple n'y fut pas trompé. Menaces, promesses, conseils artificieux, détresse prolongée outre mesure, rien n ébranla les représentants des corporations ; rien n'altéra la sérénité avec laquelle ils tenaient, au Luxembourg, les grandes assises de la faim.

Et nous, témoins de cet héroïsme de toutes les heures, de ce dévouement sans faste et sans repos, de ces vertus dont la récompense n'était que dans les joies d'une sorte d'enthousiasme sacré, comment n'aurions-nous pas été saisis d'attendrissement et de respect? Hommes magnanimes , recevez ce témoignage que vous envoie , du fond de l'exil, un cœur dont vous avez connu tous les battements. Au sein des maux qui m'ont visite et dans celte amère solitude qui s'est faite autour de moi, un bonheur me reste que ne m'ont pu ravir ni mes ennemis ni la fortune : c'est la douceur, c'est la gloire d'être aimé par des hommes tels que vous * !

*■ Voici la lettre que je reçus des membres composant la commission des dél égués du Luxembourg, lors du procès de Bourges. A ceux qui insultent au Peuple en insistant toujours sur la mobilité de ses sympathies, cette lettre , si noble, si expressive et si touchante, montrera quels trésors d'affection et de souvenir peut contenir et conserver le cœur des hommes du Peuple :

Paris, 9 luars 1849.

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