‹ Pages d'histoire de la révolution de février, 1848Chapitre 13 sur 68 · DÉLÉGUÉS DU LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

DÉLÉGUÉS DU LUXEMBOURG

« Cher citoyen,

« Nous avons été heureux d'apprendre que vous ne viendriez pas vous livrer à une juridiction exceptionnelle, créée, non pour rendre justice, mais pour satisfaire aux passions haineuses d'un parti politique. Vous avez bien fait de prendre cette détermination, car, se livrer à ses ennemis dans une semblable circonstance n'est point, selon nous, un courage civique, c'est une suprême duperie. D'ailleurs, vous servirez plus efQcacement la sainte cause du Socialisme à l'étranger que sous l'oppression d'un pouvoir liberticide qui déshonore la France. Sans doute l'exil a ses douleurs, et de-

Veut-on que j'épuise cette démonstration î Yoici, au sujet des ateliers nationaux , les aveux que M. de Lamartine est obligé de faire dans son histoire de la Révolution de février où il s'est montré à mon égard d'une malveillance assez exceptionnelle et assez habile pour que son témoignage ne paraisse pas suspect.

« M. Marie temporisait avec les travaux publics trop suspendus et trop routiniers. Une des solutions politiques et sociales de la crise eût été, selon quelques membres du gouvernement, un large recrutement des hommes oisifs

puis votre éloîgnement nous sentons plus que jamais combien il est pénible d*étre séparé de ceux qui vous sont chers ; mais, quels que soient les chagrins que vous éprouviez loin de vos amis et de votre pays, nous préférons cent fois votre séjour en Angleterre au séjour que, dans leur aveugle haine , nos communs ennemis vous réservent. Votre absence, croyez-le bien , citoyen , ne fait qu'accroître les sentiments d'amitié et de dévouement que vous avez su nous inspirer. Ayez bon espoir, l'époque n'est peutêtre pas éloignée où nous pourrons vous exprimer verbalement toute notre gratitude , et vous montrer tout ce que nous avons pour vous dans nos cœurs.

«Le 18 de ce mois, nous donnons un banquet pour fêter l'anniversaire de la création de la Délégation du Luxembourg; voulant donner à cette réunion son véritable caractère, votre concours nous est indispensable. Nous vous prions donc de vouloir bien nous envoyer un discours pour cette solennité à laquelle nous regrettons amèrement de ne pouvoir vous convier.

« Le toast qu'à Londres vous avez porté aux Délégués du Luxembourg^ nous a fait le plus grand plaisir. Ce n'est pas (nous vous Tavouons franchement) sans un certain sentiment d'orgueil que nous avons appris «cette bonne nouvelle ; nous avons bien reconnu là Tami sincère dont le cœur sympathique répond au battement des nôtres ; ce témoignage éclatant de votre affection est pour nous un titre précieux dont le souvenir ne s'effo* cera jamais de nos cœurs. Entre vous et nous, Louis Blanc, la fraternité ne sera jamais un vain mot; entre vous et nous, c'est à la vie et à la mort. '

« Les membres de la CommissioUf

« Gautieb, Brassklet, Pebkot, Acg. Blux, Dubuc, « Louis Lavovie, A, LBrAURB, »

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soudainement jetés sur quelques grands travaux de fécondation du sol français. Lamartine pensait comme eux à cet égard. Quelques socialistes , alors modérés et politiques, depuis irrités et factieux, réclamaient dans ce sens Tini* tiative du gouvernement. Une grande campagne à Tintérieur, avec des outils pour armes, comme ces campagnes des Romains ou des Égyptiens pour le creusement des canaux ou pour le dessèchement des Marais ponlins , leur semblait le palliatif indiqué à une République qui voulait rester pacifique et sauver la propriété en protégeant et en relevant le prolétaire. C'était la pensée de l'heure. Un grand ministère des travaux publics aurait été Tère d'une politique appropriée à la situation. Ce fut une des gran** des fautes du gouvernement que de trop attendre avant de réaliser ces pensées. Pendant qu^il attendait, les atelièrs nationaux , grossis par la misère et Toisiveté, deve* naient de jour en jour plus lourds , plus stériles et plus menaçants pour Tordre public.

c( En ce moment ils ne Tétaient point encore. Rs u'é* taient qu'un expédient d'ordre et une ébauche d'assistance publique commandés le lendemain de la Révolution par la nécessité de nourrir le Peuple, et de ne pas le nourrir oisif pour éviter les désordres de Toisiveté. M. Marie les organisa avec intelligence , mais sans utilité pour le travail productif, n les embrigada, il leur donna des chefli, il leur inspira un esprit de discipline et d'ordre. l\ en fît pendant quatre mois, au lieu dune foroe à la merci des socialistes et des émeutes, une armée prétorienne, mais oisive, dans les mains du pouvoir. Commandés, dirigés, soutenus par des chefs qui avaient la pensée secrète de la partie antisocialiste du gouvernement, les ateliers contre-balancèrent jusqu'à Tarrivée de TÂssemblée nationale

DE L\ «ÉVOLUTION OB rÉVRIEU. 7 1

\ê% ùUvmvÈ sôctairgs du Luxembourg ai lôs ouvriers né* ditiduï âêi dubâ. Ik scandftlisAienl par lêUf rnaBié et par Finutilité de leurs travaui les yeut dô Paris, maiê ils protégèrent et sauvèrent plusieurs fois Paris à son insuc BtËM

LÔtK D'ÊtRË A Lâ solde de LOUIS BLANG^ GOMttM Gfi î/a DIT, ILS If AtMt INSPtHfiS PAR l'ëSPAIT Dfi SES ADVEASàtftES ^ »

Après cela, qu'on soit arrivé à me rendre victime d'une accusation dont la fausseté était si ouvertement mise en relief par mes écrits^ par mes actes, par mes discours, par les ordres émanés des vrais coupables ^ par leurs ar** rétés, par les décrets du Moniteur enfin, c'est certaine^ meut une des preuves le§ pius saisissantes du pouvoir dé la calomnie^ quand tous les genres d'oppression la pren^ nent à leur service. Les ateliers nationaux épuisaient le trésor en pure perte ; ils humiliaient Touvrier réduit ft recevoir du pain qu'il démandait à gagneur \ ils calomniaient r intervention de l'Ëtat en matière d'industrie \ ils mettaient, à la place dissociations de travailleurs, dâi bataillons de salariés sans emploi, étrange armée qu'il faudrait tôt ou tard licencier, au risque de la guerre civile! Les logiciens efflanqués du lâiêêei-faifê^ ses preneurs aux abois trouvaient donc un avantage immense à nous imputer de pareils désordres. Quelle bonne fortune pour les tenants de la vieille économie politique, s'ils par*» Venaient à donner le change à l'opinion, s'ils parvenaieflt à présenter comme l'application suprême de l'ùr^misa^ UôH du travail^ ces ateliers nationaux qui n'en ôftt été qu'une ignèble parodie! L'Impôsture ici avait une incontestable portée ; elle fournissait à nos adversaires, à bout

* Bis toit e de la Résolution de février, par M. de Laimrtiiic, t. lî,

d'arguments, roccasion de dire : « A quoi bon tant raic< sonner? Contre toutes vos théories nous avons un fait. »

Mais les associations qui avaient leur origine au Luxembourg, celle des tailleurs, par exemple, celle des fileurs, celle des passementiers, celle des selliers, lesquelles différaient si radicalement des ateliers nationaux, n'était-ce pas assez pour faire tomber la calomnie la plus impudente qui fut jamais? Il aurait dû en être ainsi, ce semble; mais les agents de cette conspiration du mensonge mirent à tout obscurcir tant d'acharnement et d'audace, qu'aujourd'hui encore beaucoup confondent avec les ateliers nationaux, qui n'existent plus, les associations ouvrières, dont l'origine se rapporte à l'action du Luxembourg , et qui, grâce au ciel, existent toujours, prospèrent et prospéreront.

Ajoutez à cela le silence auquel je me suis si longtemps et volontairement condamné. En butte à une accusation injuste, je pensais que celui qui la méritait mettrait son honneur à m'en décharger. Il a cru devoir se taire dans son intérêt; moi, dans le sien, j'ai cru devoir me taire aussi, jusqu'au jour où la vérité est sortie des documents ofticiels. Depuis , il est arrive que le personnage dont je parle, et dont j'avais été le collègue, a placé sa signature à côté de celles qui me proscrivaient. J'ai bien cruellement expié mes scrupules de délicatesse ! N'importe : je ne suis pas homme à m'en repentir.

Il y a de quoi frémir vraiment quand on pense à tout ce qu'un mensonge peut contenir de haines, d'injustices, d'atrocités.

C'est comme organisateur des ateliers nationaux, organisés contre moi, que j'ai eu des légions d'ennemis.

C'est comme organisateur des ateliers nationaux, orga-

nisés contre moi, qu'aux yeux derimmense foule des ignorants, je suis devenu comptable des angoisses de Findustrie et des malheurs du siècle.

C'est comme organisateur des ateliers nationaux, organisés contre moi, que j*ai été maudit par quiconque sentait sa fortune crouler.

C'est comme organisateur des ateliers nationaux, organisés contre moi, que je me suis vu un instant attribuer rinsurrection de juin, née de ces ateliers si follement dis*» sous, après avoir été si follement établis.

C'est comme organisateur des ateliers nationaux, organisés contre moi, que j'ai eu à lutter contre deux lâches tentatives de meurtre : la première fois sur le seuil même de l'Assemblée, la seconde en plein jour et en plein boulevard.

Vous cherchez un synonyme à calomniateur? Le voici: Assassin ^

*■ Qui croirait que, depuis Tapparition de Y Appel aux honnêtes gens^ dans un article non signé qui en est le compte rendu , et avec les preuves qu'on vient de lire sous les yeux, un homme a eu le courage d'écrire (voy. le Courrier français du 13 mars 1849) : « La société se souvient doulou* « reusement de ses ateliers nationaux — de M. Louis Blanc ! — d'où sortit <x la terrible insurrection de juin? »

Quel commentaire vaudrait renonciation de ce simple lait? Voilà à quels ennemis j'ai affaire !...

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