CHAPITRE
ÉiiuméMttoti dé« atuques dirigées dontre moi. ^ Ii^'ufttice âé M atuques. Gomment elles s*expli(tttént. -^ Les chrétiens jugéti par lé paganisme expirant.
Ferai-Je i'énumération des attaques qui m'assallliréqt pendant la durée du gouvernement provisoire? On imprimait dans des journaux impurs , on allait répétant daiiS lés salons :
« Il ameute les clubs , » et jamais je n'avais mis léâ pieds dans un club ;
a II prêche la haine entre les classes, x> et mon système étftit celui delà solidarité humaine;
« Il est au fond des complots de Blanqui, » et jamais je n'avais eu le moindre rapport, môme indirect» avoc Blanqui, un de ceux pourtant avec lesquels M. de Lamartine croyait pouvoir, selon ses propres expressions, conspirer, comme le fiaraloiinerre conspire avec la foudre ;
« Il excite les ouvriers contre les patrons, » et c'était à terminer leurs différends que je passais la moitié de mes journées \
« Il parle de \ Organisation du travail^ afin qu'on achète « son livre, » et pour aider l'industrie fraternelle des ou-
* En voir la preuve aux pièces jusUflcutivei.
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Triers typographesi je lui avais fait cadeau d@ sept mille exemplaires de cet ouvrage S dont cinq éditions, tirées ensemble à plus de trente mille , ne m'ont rapporté que rhonneur d'avoir dit la vérité.
Cet excès d*acharnement peut être expliqué ; et peut* être surprend ra-t-il moins si l'on se rappelle que l'homme qui servit de point de mire à tant de flèches avait écrit THisToma m Dix Ans.
Quand parut cet ouvrage qui marquait d*un fer rouge tout front criminel , je m'attendais à ude effroyable explosion d'initnitié^ et de colères ) mais j'avais mis autour de mon cœur Yœs tripleje dont parle Horace ; la passion de la vérité enflammait mon sang ; j'étais préparé à tout» J'avais, d'ailleurs « les mains pleines de preuves.o. Aucune voix ne s'éleva pour me combattre , et , par un phénomène
* Je le répète : j'entends, dans cet écrit, ne rien avancer sans preuves. Voici un extrait d*une lettre écrite par M. Parmentîer, gérant de Vtn^ustrié ftàternelley au dernier éditeur de VOrganisaiion du Irat'ail .*
« Monsieur, « Au moiâ de jdn 4M7, je fis, près M. Louis Blane, des démarches dans le but d'obtenir Tautorisation de faire une nouvelle édition de VOrgmUa' tinn du trav^iU M. Louis Blanc accueillit favorablement ma demande. Il me dit : « Vous représentez une société d'ouvriers , et , à ce titre , je ne « veux point vous faire de conditions. Imprtmeï et vendez h plus grand « Qombô^ possible d'exemplaires ; et si vous Ihites des bénéfices , vous me « remettrez la somme que vous jugerez convenable pour mes droits d'au- « teur. Néanmoins , ajouta-t-il , dés à présent je vous affranchis de tous « droits pour un tirage de deux mille exemplaires. » Le 24 février arriva. Je fis feire un tirage de cinq mille exemplaires..* Je vis aussitôt M» Louis Blanc, qui eut encore le désintéressement d'abandonner ses droits pour les cinq mille exemplaires qui venaient d'être tirés, etc., etc.
« Signé ParmewtîïR, « Gérant de V Industrie fraternetle. »
Voilé de quçlle manière je itpccuhis sur lu vente de |non livre î
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\ peut-être unique , rien ne rendit témoignage de la violence des haines que j'avais dû amasser contre moi.
Ces haines étaient éveillées, cependant, et, pour m'accabler, elles guettaient le moment de pouvoir le faire avec ensemble. Ce moment arriva lorsque , du haut du pouvoir lui-même, j'osai pousser contre un ordre social tyrannique et corrompu mon légitime cri de guerre. A ce signal , les bêtes fauves sortirent de leurs tanières. C'en était fait. Comment aurais-je pu résister? Le même jour, à la même heure, je me trouvai avoir contre moi , indépendamment des esprits malades que troublait le Luxembourg :
Tous les grands coupables que, dans Y Histoire de Dix Ans 9 j'avais dénoncés, et leurs familles, et leurs proches, et leur amis ; Tous les intrigants dont j'avais démasqué les artifices ; Tous les agioteurs dont j'avais flétri les rapines ; Tous les hommes puissants à qui j'avais demandé compte de leur puissance;
Tous les triomphateurs iniques à qui j'avais arraché leur couronne de laurier ;
Tous les malhonnêtes gens, enfin, du règne malhonnête dont j'avais prédit la chute.
Et puis, de quel droit me serais-je plaint? Contre un ennemi de la société, est-ce que toutes les armes ne sont pas bonnes? Ennemis de la société! c'est ainsi que toujours les ouvriers du progrès ont été nommés par les défenseurs d'un ordre social pervers.
Tacite rapporte que, sous Néron, l'on accusa dérisoirement de l'incendie de Rome, ce des malheureux abhorrés c< pour leurs infamies, et qu'on appelait vulgairement « chrétiens. » En conséquence, les uns furent enveloppés
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de peaux de bêtes et on les donna à manger aux chiens ; les autres, le corps enduit de résine et transformés en flambeaux, servirent pendant la nuit à éclairer les passants. Or, c'était comme ennemis de la société qu'on les frappait, et non comme incendiaires : haud perindè in crimine incendii quam odio humani generis convicti sunt \
C'étaient aussi des ennemis mortels de la société , ceux qui, en 89, portèrent la main sur le régime féodal, ceux qui, dans la nuit du 4 août, applaudirent avec transport à le Guen de Kérengal s' écriant : a Qu on nous apporte ces <c titres qui outragent la pudeur, qui insultent à l'humaa nité, qui forcent des hommes à s'atteler à une charrette, « comme les animaux du labourage. Qu'on nous apporte c< ces titres en vertu desquels des hommes passent les « nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles a de troubler le sommeil d'un voluptueux seigneur. »
Appeler la société l'espèce particulière de société dont ils profitent, voilà l'éternel sophisme des oppresseurs de tous les temps.
Il s'est donc trouvé que nous étions les ennemis de la société, en demandant Tassociation des forces, la solidarité des intérêts, l'union des cœurs, le libre développement des facultés de chacun par l'éducation commune et gratuite, l'usage pour tous des instruments du travail et une plus équitable répartition de ses fruits.
Et quels étaient, contre' nous, les représentants de la société véritable, de la société par excellence? Ceux qui veulent le maintien du déplorable régime où les places au banquet de la vie sont d'avance marquées par le doigt inexorable du hasard; où le bonheur est une curée qu'on
^ Atmaleê de TaciU, Ut. XV, Sxliv.
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se dispute dans les ténèbres ; où Ton vante, sous le nom de concurrence, Témulation frémissante qui est à l'usage des oiseaux de proie ; où l'on a fait un privilège delà propriété, c'est-à-dire du droit à la vie, et un privilège de la femille, c'est-à-dire de la sainteté des affections domestiques ; où l'on ose décorer du nom de citoyens libres les infortunés qui ont la misère pour tyran , où les tissus précieux sont fabriqués par des hommes demi-nus, les palaû bâtis pas des hommes sans asile, et les heureux nourris par des hommes sans pain.
Non, jamais, jamais on ne pourra croire qu'un tel renversement des idées, qu'un tel abus des mots aient été possibles, quand le monde sera parvenu à l'âge de raison. Mais qu'elle est longue, grand Dieu ! l'enfance des Peuples!