BUREAU GEIÏTRAL DES ATELIERS NATIONAUX
c< Le commissaire de la République, directeur du bureau central, et les sous-directeurs chargés du mouvement intérieur, du personnel et des travaux , de Tordre extérieur des secours ) du matériel et de l'administration ,
a Ont l'honneur de prévenir les citoyens travailleuf^ embrigadés au bureau central , qu'une assemblée est fondée sous le titre de Club eêfUral des aUlier$ nationatix.
« Cette assemblée aura pour mission de s'occuper deH intérêts dé l'ouvrier sans travail.
c< Elle sera composée des citoyens délégués des bri'^ gades par voie d'élection» qu'ils soient d'ailleurs simples travailleurs , chefs d'escouade ou brigadiers.
a La réunion préparatoire aura lieu le dimanche, 2 avril, à deux heures précises, au manège, rue de Valois-Monceaux, 7.
c( En conséquence, les citoyens travailleurs composant les brigades sont priés de nommer aux voix un délégué pour deux brigades, soit pour cent douze d'entre eux.
«L'assemblée préparatoire sera ainsi composée de quatre cents membres environ , outre les citoyens élèves de l'école centrale, inspecteurs, chefs de service et chefs de compagnie, qui y participeront également.
c< Chaque délégué recevra , après sa nomination , bien constatée et régulière , une carte d'entrée personnelle , signée du chef de son service, afln d'éviter toute confusion et toute entrée illégale. Salut et fraternité.
« Le commissaire de la République, Emile Thomâs«
c( Les sous-directeurs y
« Victor Dellisse , Edouard Gonssolin, Jaime et Pierre Thomas. »
Et qu'on ne dise pas que si je n'avais pas de relations avec les ateliers nationaux, ils étaient du moins soumis à l'influence des délégués du Luxembourg, qui avaient en moi la plus grande confiance. Non , comme les ateliers nationaux avaient été organisés précisément pour combattre l'influence des délégués du Luxembourg sur le Peuple , c'était un motif d'exclusion des ateliers nationaux que le titre de délégués dû Luxembourg.
Oi^ a dit, dans le rapport, que les délégués du Luxembourg étaient devenus brigadiers des ateliers nationaux,
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et cçci est complètement faux , je vais vous «n fournir Ja preuve.
Voici une protestation qui a été envoyée au ministre des travaux publics.
Protestation des délégués des corporations du département de la Seine au ministère des travaux publics.
c< Citoyens , c( Une manœuvre indigne, contraire à la liberté et au droit des citoyens , vient d'être employée par le citoyen Emile Thomas , directeur des ateliers nationaux. Les soussignés , comptant sur votre patriotisme et votre dévouement à la cause du Peuple, espèrent que vous déjouerez cette manœuvre empreinte du cachet de la réaction. Le citoyen Emile Thomas vient d'arrêter un règlement relatif à la réélection de tous les brigadiers et des délégués des ateliers nationaux. Dans ce règlement, il est dit : Tout brigadier , délégué et chef d'escouade des ateliers nationaux ne devra faire partie ni être délégué d'aucune corporation. »
Vous le voyez , le citoyen Emile Thomas avait pris toutes les précautions convenables pour que les délégués du Luxembourg n'eussent aucun moyen d'influence sur les ouvriers des ateliers nationaux. En effet, il n'y a eu entre les délégués du Luxembourg et les délégués des ateliers nationaux aucune relation ; il existait même entre les délégués des corporations et les délégués des ateliers nationaux une rivalité bien connue de tout le Peuple. Les délégués des ateliers nationaux et ceux du Luxembourg ne
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se sont téUhîé qu'ûhe seule fois pouf compôfeôf ufte affiche qui a été placardée sur tous les murs de Paris , et qui avait pour but de prémunir le Peuple contre tes prétentions de Louis Bonaparte » à un moment Où le bûntpat^ tisme était une cause d'agitation dans Paris,
Ainsi, messieurs, je n'ai pas organisé les ateliers nationaux, ils ont été organisés contre moi. Je n'ai jamais visité les ateliers nationaux ; je n'ai pu exercer aucune influence sur eux, ni par moi, ni par les délégués du Luxembourg.
Je ne sais sî Tinsurrection de juin est sortie du seifides ateliers nationaux ; mais si cela a été , messieurs, il y aurait une abominable iniquité à m^en rendre responsable.
J'arrive au 15 mai.
D'abord, je vous demanderai la permission de faire rapîdehient quelques réflexions de nature à caractériser d'avance lès dépositions des divers témoins.
Pourquoi les représentants du Peuple ont-ils été revêtus d'un caractère inviolable? Est-ce parce que, plus que les autres citoyens, ils peuvent désobéir aux lois? Non, messieurs ; car c'est précisément parce qu'on fait la loi, qu'on doit, avant tous les autres, lui obéir. Un représentant du Peuple qui viole son œuvre est plus coupable que les autres citoyens, et mérite, pour l'avoir violée, d'être plus sévèrement puni. Pourquoi donc les représentants du Peuple ont-ils été revêtus de l'inviolabilité comme d'un bouclier? Pourquoi? C'est parce que l'on a compris qu^îls étaient dans uïie sphère où l'accomplissement de leurs devoirs était de nature à leur susciter beaucoup de haines et d'inimitiés. 11 faut qu'un représentant duPeuple, s'il veut accomplir loyalement son devoir, sache, au besoin, se faire beaucoup d'ennemis. Ces ennemis peuvent être très-
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dangereux, el c'est pour cela qu'on a jugé utile de donner aux représentants du Peuple/pour leur feciliter Taccomplissement de leur devoir, une garantie toute spéciale, qui est rinviolabilitë. Je dis ceci, parce que, parmi vqs collègues, il en est un qui a deux fois couru risque d'être assassiné, et ceux qu'on assassine, on peut bien les dénoncer calomnieusement.
A ce propos, je m'étonnerai que la commission d'enquête, chargée de rechercher tous les faits relatifs aux déplorables événements que nous avons traversés, ne se soit pas crue obligée de faire quelques recherches sur la tentative d'assassinat dont un des membres dé cette Assemblée avait failli être victime; j'imagine qu'une tentative d'assassinat 'est un crime. Je crois que c'est violer singulièrement la majesté de cette Assemblée, que c'est porter atteinte à son inviolabilité, que de venir attentera la vie d'un de ses membres, jusque sur le seuil de cette Assemblée... Je n'insisterai pas plus longtemps sur ce point.
La veille du 15 mai il y a eu chez moi une réunion que le rapport a soin de mentionner; mais ce qui m'étonne^ c'est que le rapport n'ait pas dit que cette réunion était composée de représentants du Peuple ; que l'objet de cette réunion, de la part de ceux qui la composaient^ était de se concerter sur la marche à suivre dans les délibérations de cette Assemblée.
La commission d'enquête, messieurs, n'ignorait rien de tout cela, je le lui ai dit moi-même; je m'étonng qu'elle ait sur ce point si important gardé le silence; car vous comprenez que si des représentants, la veille du 15 mai, se sont réunis chez moi pour aviser au moyen de suivre avec plus d'efficacité, au point de vue de notre
opinion commune, les délibérations de cette Assemblée, il n'y a rien au monde qui exclue davantage Fidée de toute dissolution de TÀssemblée pour le lendemain.
Oui, nous nous sommes réunis chez moi la veille du 15 mai. Il a été question entre nous, et je puis, à cet égard, invoquer le témoignage de beaucoup de représentants ici présents, il a été question de nous concerter sur la marche à suivre. C'était alors le moment où Ton choisissait les membres qui devaient former le comité de Constitution. Il y avait ce jour-là plusieurs réunions ; il y en avait une chez moi, il y en avait une autre rue des Pyramides. Un de nos collègues, M. Brives, sortit de notre réunion avec une liste arrêtée qu'il alla porter à la réunion des Pyramides pour lui faire connaître les noms sur lesquels notre choix s était arrêté. La réunion n'a donc eu aucune espèce de rapport avec ce qui devait se passer le lendemain. La commission a cru pouvoir signaler avec justice une contradiction qu elle aperçoit entre ma déposition et celle d'un des membres qui composaient la réunion. Cette contradiction n'existe pas, et à cet égard il y a inexactitude complète de la part de M. Bauchart. On m'a interrogé pour savoir ce qui avait été dit dans cette réunion; on m'a demandé s'il n'y avait pas été question de la manifestation du lendemain. J'ai répondu que je l'ignorais, mais que je pouvais affirmer que, dans tous les cas, il n'en avait été question que d'une manière très-incidente, et tellement particulière, que la plupart des membres de la réunion pouvaient ignorer qu'il en eût été question, et que la conversation avait porté tout entière , pendant deux heures et demie, sur ce qui était l'objet delà réunion, savoir, la marche à suivre dorénavant dans les délibérations de
TÂssemblée et le choix des personnes qui devaient former le comité de Constitution.
Le 15 mai, je suis sorti de chez moi, et il y a une déposition du juge d'instruction qui dit : « M. Louis Blanc, ce jour-là, s'est dirigé vers la Bastille. L'instruction n'a pu le suivre plus loin. »
Si l'instruction n'a pu me suivre plus loin, c'est sa faute; car je lui avais moi-même tracé sa route, et si cette route, elle avait bien voulu la suivre, elleserait venue avec moi, non pas jusqu'à la Bastille, mais jusqu'au café Véron, des Panoramas; et, dans le style du juge d'instruction, aller de la rue Taitbout au café Véron, au Panorama, c'est-àdire traverser le boulevard, cela s'appelle se diriger vers la Bastille ! (Mouvement.)
Messieurs, il y a ici un fait que je vous signale , et j'en appelle à toute votre loyauté, à toute votre bonne foi.
J'ai comparu devantle juge d'instruction, j'ai comparu devant la commission d'enquête. Eh bien , devant la commission d'enquête et devant le juge d'instruction, j'ai eu soin de dire : Voici quel a été Temploi de ma matinée.
J'ai été pris au saut du lit par un de mes cousins appelé Lucien Delacroix, qui venait d'être nommé recteur en Corse , et qui allait partir. Il était accompagné ce jour-là de deux secrétaires de cette Assemblée, d'un ami et de mon frère.
Nous sommes allés déjeuner au café Véron-; nous y sommes restés deux heures ; il n'a pas été un seul instant question de la manifestation de la journée.
Nous ne sommes pas entrés, comme des conspirateurs, dans une salle particulière ; nous sommes entrés dans le premier salon venu, à telles enseignes que nous y avons trouvé un délégué de département qui s'est mêlé à notre
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conversation, et nous a raconté toute» I^ déconvenues des délégués des départements. Car vous savez qu ils étaient venus la veille à Paris, et qu'il y avait eu» m effet, des malentendus pour la manifestatton qu'ils devaient faire à Paris.
Voilà ce que j'ai déclaré au juge d'instruction ; voilà ce que j'ai déclaré à la commission d'enquête. On pouvait interroger les personnes avec lesquelles je suis allé au café Véron ; j'ai donné leurs noms. Eh bien , messieurs, aucune de ces personnes n'a été interrogée ; pourquoi? Parce qu'on ne voulait pas savoir la vérité ; parce qu'on voulait laisser peser sur cette affaire une obscurité meurtrière pour moi , parce qu'on voulait se réserver la faculté dédire : M. Louis Blanc s'est dirigé vers la pastille, et Tinstruction n'a pas pu le suivre plus loin!
Au sortir de cette assemblée d'amis, je me suis rendu à rassemblée nationale; M« Wolowski était monté à la tribune, je suis allé m'asseoir, je crois, à la place de M. Bineau, pour le mieux entendre. Avant qu$ le discour9 de M. Wolowski fût terminé , on a entendu des clameurs lointaines, on a auQoncé l'arrivée du Peuple; il s'est ^it un grand tumulte dans la salle; on a crié : en place, et je suis remonté à mon banc. (Rumeurs diverses, -^ Interruption.)
Une voix. Vous dites toujours le Peuple, dites les fac^ deux!
hE CITOYEN PRiBSiDENT. Évidemment, c'est une erreur d'expression.
LE (UTOYEN U)uis BLANC. La foulc , si VOUS voulcz , messieurs. Je ne croyais pas vraiment que cela méritât une interruption. Je suis remonté, dis-je, à ma place; c'est là qiit j'ai été aperçu par un homme caché au fond d'une
tribunet et qui prétend m' avoir vu avec Albert et Barbes iipplaudissaut à l'émeute, de la tête^ du geste et du sou^ rire. Où ce sourire a-t-il comoieiicé, où a-t-il fini? Messieurs, je suis bien heureux qu ou ne m'accuse que pour mes gestest Mais patieneei vous verreai; bientôt qu'on Ui'acpusera pour les gestes d' autrui !
Comment! messieurs, j'applaudissais à Témeute du sourire 1 Mais qu'on interroge donc les huissiers de l'Assemblée, qu'on interroge les garçons de salle , qu'on intiarfoge plus de trente de mes collègues qui sont venus successivement à mon banc, m'adjurant d'aller parler au Peuple, et qui m'y ont vu immobile , silencieux , la consternation peinte sur le visage; car j'affirme que, dans cette Assemblée, il n'y a pas un seul représentant qui ait vu cette manifestation avec plus de douleur quQ moi- La veille, à quatre heures et demie , je rencontrai Barbes ; c'est les larmes aux yeux que je lui dis ; Tu es à la tète d'un club; ton devoir de bon citoyen , c'est d'aller à tes amis, de lei^r dire que si la foule veut faire demaJQ uuq manifestation, cette manifestation sera détournée de soi^ but; car nous savons bien, nous qui avons traversé ces deux mois de révolution, qu'il y a daiis les clubs des hommes qui sont à épier continuellement les mouvements populaires pour les pervertir. Ne donnons pas à la réac-^ tion cette joie de pouvoir dire ; La République en France n'a aucun gage dç stabilité ; nous sommes entraînés perpétuellement de manifestations populaires en manifesta^ lions populaire; il n'y a pas de crédit possible, pas de tranquillité possible avec la République. Et j'ajoutais que le suffrage universel, car telle a toujours été mon opinion, que le suffrage universel 4tai( inviolable ; quQ si jamais on permettait à la ÏquU d^ violer cette enceinte, de vioje^'
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la majesté du Peuple vivant et résumé , cette permissionlà tournerait au grand dommage de la République, du suffrage universel, et nous conduirait de la violation d'un principe à la violation de tous les principes et au chaos.
Ce langage trouva dans Barbes un cœur digne de le comprendre. Lui-même.... (Vive interruption.) Oui, messieurs... (Nouvelles interruptions.)
A gauche. C'est vrai !
LE CITOYEN LOUIS BLANC. Ouî, mcssicurs, je vous dis ceci dans toute la sincérité de mon âme. (Mouvements divers. )
Il ne m'appartient pas, messieurs, d'expliquer ce que j'ignore, de dire à quel entraînement a pu obéir Barbes, dans la séance du 15 mai. Je devine cette cause, si je ne la connais pas. Mais ce que je puis affirmer, c'est que la veille il entra complètement dans les sentiments que je lui exprimais , et qu'il me quitta en me laissant la promesse formelle qu'il irait à son club et qu'il emploierait tous ses efforts pour détourner ses amis de la manifestation.
Cela est , je l'affirme , je l'affirme sur l'honneur; je le jure, je le jure pour Barbes, et je le jure avec plus d'énergie que pour moi , parce que je suis libre et que Barbes est en prison. (Très-bien ! très-bien! )
Eh bien, messieurs, est-il vrai, oui ou non, que, quand j'étais à ma place, on est venu me presser de la manière la plus vive et la plus instante d'aller parler au Peuple? Est-il vrai, oui ou non, que pendant longtemps j'ai résisté? Est-il vrai, oui ou non, que pendant longtemps j'ai déclaré que ma place était à mon banc, que ma cause était celle de l'Assemblée, que je ne voulais pas l'en séparer? Est-il vrai qu'on me disait : Mais la foule vous appelle à
grands cris ; si vous ne vous rendez pas à celte invitation si violente, prenez garde à FAssemblée; yous serez responsable des désordres qui peuvent arriver? Cela est-il vrai, oui ou non? Et, alors , qu'ai-je fait? Je suis descendu ; je suis monté au bureau du président; ces faits sont acquis maintenant aux débats , ils sont incontestables ; et ce n'est que sur Tautorisalion du président , ce n'est que sur l'invitation du bureau^ que je me suis décidé à parler au Peuple.
II y à des dépositions qui me montrent engageant, immédiatement après, le Peuple à envahir la salle. J'en appelle au bon sens de tous ceux qui m'écoutent, si j'avais voulu engager le Peuple à envahir la salle, par quelle contradiction choquante, monstrueuse, serais-je allé demander au président l'autorisation d'aller parler à la foule, et de lui parler pour la calmer?
Il y a, messieurs , des impossibilités morales qui sont plus fortes, plus saisissantes que toutes les impossibilités matérielles du monde ; et l'impossibilité dont je vous parle est précisément de celles-là. Non, je n'ai pas dit au Peuple d'envahir l'Assemblée; le langage que je lui ai tenu est précisément le contraire ; le Moniteur y le procès-verbal de l'Assemblée déclarent que, lorsque j'ai parlé au Peuple, c'a été précisément pour le rappeler à son esprit de modération, pour le conjurer de ne pas violer dans vous sa propre souveraineté. Messieurs, il y a des déclarations de représentants dont les souvenirs ne sont pas conformes aux déclarations du Moniteur et du procès-verbal ; mais est-ce que dans un moment de confusion, de tumulte, comme celui qui existait, lorsque tant de paroles contradictoires se choquaient en l'air, il n'a pas pu y avoir confusion dans les souvenirs? Oui, c'est
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possible; et c'est tellement possible, que, de ces cpiatre représentants, il y en a un qui me déclarait , il y a queK ques jours, avec la plus honorable bonne foi, qu il ne ré-^ pondait pas de l'infaillibilité de ses souvenirs.
Du reste, ces paroles que quelques témoins m'avaient attribuées, ces paroles avaient été prononcées, et c'est ce qui explique l'erreur des témoins ; mais elles l'avaient été par Barbes ; et lorsque Barbes a été instruit, dans son don« jon de Yincennes, de l'accusation qui pesait sur moi, vous vous rappelez que, tout de suite, il a généreusement écrit au président ; « Oui , ces paroles ont été prononcées non par Louis Blanc, mais par moi, je l'affirme , et elles doi* vent se trouver sous mon nom au Monilcur^ » On a consulté le Manikur, et , en effet , les paroles de Barbes se trouvaient sous son nom. Ainsi , plus de doute possible sous ce rapport.
J'ai été entraîné à la fenêtre qui donne sur la place de Bourgogne, et là j'ai tenu un second discours au Peuple pour l'apaiser.
Qu'on me représente dans une position dramatique et m' enveloppant dans un drapeau tricolore, je ne réponds pas à ce qui n'est pas sérieux dans les accusations qu'on dirige contre moi. 11 est vrai qu'à la fin de mon discours on m'a mis dans les mains un drapeau tricolore ; et que fallait-il que je fisse, messieurs? J'engageais le Peuple à se retirer , on me met dans les mains un drapeau tricolore : fallait-*il le jeter à terre, le fouler aux pieds? Était^ ce un bon moyen, pour calmer le Peuple, que de repousser les insignes de la Révolution ? J'achevai mon discours en tenant à la main ce drapeau tricolore que je n'avais pas demandé, qu'on m'avait donné; je dé«re savoir sa une pareille imputation est s4riçus§,
DE LA RéVOIiUTION DE FÉVRIER. 335
Qunnl au dUoours lui-même, les impy talions ont va* rié : les uns m'ont prêté un discours qui tendait à irriter le Peuple ; les autres affirment qu'au contraire j'ai fait tous mes efforts pour le calmer. Les uns disent que j'ai pro« nonce cette phrase, en parlant de la Révolution de fé-*. vrier : a La Révolution n'est pas de celles qui ébranlent iea trônes , mais de celles qui les renversent l » Les autres prétendent au contraire que ma phrase a été eelle*ci : « La démonstration d'aujourd'hui n'est pas de celles qui ébranlent, mais de celles qui renversent I »
£h bien, messieurs, j'ai une chose bien simple a répondre, c'est que cette phrase qu'on m'a prêtée est ab^ solument impossible, elle est moralement ÎAipossible , et voici pourquoi : c'est qu'une déposition dont on ne peut pas contester l'exactitude me montre, quand j'ai été porté dans cette salle , et de cette salle transporté sur les pre-' miers bancs de l'Assemblée, éorivant ces mots qui ont été recueillis, dît le témoin, dans un but historique :
a hn nom de la souveraineté du Peuple, au nom de la parole qui sera l'instrument de votre affranchissemenl; futur, je vous conjure de vous retirer et de laisser l'As* semblée nationale à la liberté de ses délibérations I »
Or, comment comprenez-vous que , dans cette salle , j'aie pu engager le Peuple à envahir l'Assemblée natio« nale, le féliciter de l'avoir envahie , et que deux minutes après je sois allé écrire sur ce banc l'invitation au Peuple de se retirer? Cela est-il possible ? Non ; et si vous voulez qu'à cette preuve j'en ajoute une plus décisive, je vais le faire.
Les témoins qui me représentent engageant le Peuple à se retirer sont nombreux ; ce sont des témoins graves, li y a une déposition que le rapport s'est abstenu, je ne
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sais pourquoi, de mentionner; elle est d'un élève de Saint- Cyr, nommé Lucas. Cette déposition porte que je fis un discours ayant pour but de calmer le Peuple, de l'inviter à laisser l'Assemblée nationale à la liberté de ses délibérations, et ce témoin ajoute que ce discours le toucha tellement, qu'il ne put s'empêcher de verser des larmes. (Mouvement en sens divers.) Voilà la déposition qui se trouve supprimée par la commission d'enquête.
Et maintenant, quels sont les témoins qui me chargent? Je vais donner des preuves de leur moralité.
M. Leste a écrit au président de la commission d'enquête pour témoigner de la moralité d'un des témoins, qui me fait dire que c< la démonstration n'était pas de celles qui ébranlent, mais de celles qui renversent, » et voici comment il s'exprime sur la moralité d'un nommé Bénafort :
« Monsieur le président , j'ai lu dans le rapport sur cette affaire la déposition du nommé Bénafort , se disant étudiant en médecine. Il y a plus de trois ans qu'il li'a paru à la faculté. Comme il est important pour la justice de connaître la moralité des témoins, je viens vous faire connaître la moralité du sus-nommé. C'est un intrigant, un escroc, j'ai dans les mains la preuve irrécusable de mon assertion. C'est un ivrogne, se querellant avec ce qu'il y a de plus ignorant, déplus démoralisé; c'est un homme enfin qui ne vit que du talent qu'il a de soutirer de l'argent à tout le monde et qu'il ne rembourse jamais. »
Il y a , messieurs , un autre témoin qui prétend m'avoir entendu dire cette fameuse phrase : « La démonstration d'aujourd'hui, etc. »
Eh bien ! messieurs , j'ai dit à la commission d'enquête
que ce témoin, qui se nomme Malude Richard, était un imposteur; qu'il lui était arrivé de s'introduire dans cette Assemblée comme représentant du Peuple, ciuoiqu'il ne Je fût pas. J'ai dit à la commission d'enquétcqu elle pourrait avoir sur la moralité de ce témoin des renseignements très-exacts d'un de nos collègues, M. Michot. J'ai dit à la commission d'enquête que M« Lemansois, secrétaire de la questure, avait été obligé de mettre ce Malude Richard à la porte , parce qu'il se présentait ici sous une fausse qualité; j'ai indiqué à la commission d'enquête , comme pouvant confirmer les renseignements de M. Lemansois , le chef des huissiers de l'Assemblée ; eh bien ! messieurs, aucun de ces témoins n'a été interrogé, et le rapport donne la déposition de M. Malude Richard, dont il était si facile de constater la moralité, comme un témoignage qui peut m' accuser et comme le témoignage d'un honnête homme! (Marques d'étonnement.)
Messieurs, après les discours que j'avais faits, la dissolution de l'Assemblée ayant été prononcée par Huber, il y eut un grand mouvement de foule , mouvement qui me porta dans la salle des Conférences.
Là, messieurs, le rapport m'accuse de n'avoir pas protesté pendant qu'on criait mon nom. Protester! mais, évidemment, l'auteur du rapport ne s'est fait aucune idée de la scène qu'il décrivait. Gomment ! la salle des Conférences était pleine de monde ; on se poussait les uns les autres; c'était un tumulte abominable; la voix d'un homme se perdait au milieu de ce tumulte, et moi, entendant crier mon nom aune extrémité de la salle, je pouvais empêcher ce nom d'être prononcé !
Véritablement ceci ) messieurs, n'est pas sérieux» Je suis sorti de la salle des Conférences, toujours entraîné
par cette multitude tiolente; arrivé à la grille, nousCa^* TOUS trouvée fermée; la garde mobile interdisait Taccès ; alors un des ouvriers qui se trouvaient autour de moi a entraîné la foule et Ta menée par le jardin de la présidence t on criait de tous côtés : A THÔtel-de-YiHe ! à THôtel-de-ViUe! et moi , je ne cessais de leur dire : Aller à rHôteMe-Vîne, c'est verser, soyez-en sûrs, le sang du Peuple; c'est le verser de la manière la plus inutile et h plus funeste.
Sur l'esplanade des Invalides , je me suis arrêté.
Là , comme je l'ai exposé devant la commission d'enquête , devant le juge d'instruction, dans un écrit que j'ai fait imprimer et publier ; là, j'ai de nouveau , et en termes très-pressants , conjuré la foule de se retirer ; mon frère était survenu ; il m'a aidé dans mes efforts, et il est parvenu, en effet, à me débarrasser de la foule, en lui disant : Vous allez le faire tuer si vous insistez <
Un cabriolet passait dans ce moment; on m'y a placé , et c'est ce cabriolet qui m'a conduit dans le quartier de l'École-de-Médecine, Quelques uns d'entre vous s'en sont étonnés ; mais ce n'est pas moi qui ai dit au cocher de cabriolet de me conduire dans le quartier de l'École-de- Médecinc ; le quartier de l'École-de-Médecine était sur le chemin du propriétaire du cabriolet, qui allait à Bercy. Le propriétaire, me voyant accablé de fatigue, me dit :
Venez avez moi, et, sur mon chemin, je vous déposerai chefc un de mes amis , parce que, évidemment , vous avez besoin de repos.
On s'est armé contre moi de la déposition du proprié* taire du cabriolet. Or, quelle est cette déposition ? Le rapport de la commission d'enquête dit : M. Louis Blanc a voulu aller à THôtel-de- Ville ; il en a exprimé l'intentiort
Dt: LA nivoLimoN M nsvRiËR* SS9
foi^ûidlé, et c'eist décela qae nous lui faisans un g;rief* Mais pennettdz-^tnoi de m'étonner qne, puisque le rapport disait tant que d'indiquer la déposition du propriétaire du cabriolet, il ne Tait pas indiquée d'une manière complète. Le propriétaire du cabriolet n'a pas dit seulement : Louis Blanc voulait aller à rHôtel-de-Ville. Il a dit dans sa déposition, et il a répété devant moi : Louis Blanc voulait aUer à rHôtel-de*yille, parce qu'il avait une idée Gxe, qui était d'éviter reffusion du sang et d'empêcher la guerre civile. Est-ce vrai » messieurs?
Eh quoi! voilà Tintention qu'on incriminel Quoi I je suis un des auteurs de l'insurrection , parce que j'ai eu Tintention d'aller à rHôtel-de-Yille pour prévoir l'eSilsion du sang, pour empêcher la guerre civile! Mais si j'avais eu» en effet, cette intention aussi formellement arrêtée que le dit le propriétaire du cabriolet, croyez-vous que je dusse la désavouer? Je m'en serais fait gloire, parce qu'à ma place il n'est pas un seul d'entre vous qui eût à désavouer une pareille intention ; mais elle n avait jamais été dans mon esprit aussi arrêtée que le propriétaire du cabriolet l'avait pu supposer. Et comment , messieurs? Je vais vous l'expliquer. D'un côté, ma pensée, et je dirai plus, mon cœur, étaient à rHôtel-de-Ville. Là étaient, en effet, deux de mes amis que je croyais compromis, que je craignais desavoir malheureux , Albert et Barbes. Dans la salle dés Conférences, j'avais Cfutendu dire que Barbas avait été entraîné à l'Hôtel-de-Ville ; qu'à ceux qui l'y entraînaient, il avait opposé une résistance énergique. Je le voyais porter à l'Hôtel-de-Ville, forcé de subir lescondî^ tiens d'une foule violente ; il était impossible que cette préoccupation ne fût pas très-vive dans mon es^^it. L'As* semblée avait été dissoute; personne ne pouvait encore
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savoir, et moi moins que personne, ayant été enveloppé par le tumulte, quels seraient les événements ultérieurs de la journée ; si F Assemblée pourrait se reformer ici. Et, dans ce cas , messieurs , où était la route de tout bon citoyen? Est-ce que ce n'était pas à l'Hôtel-de-Ville? Est-ce qu'on ne pouvait pas aller à rHôlel-de-Ville , au lieu où était rinsurrection , chercher à la comprimer? Est-ce que, parmi vous, personne n'a eu l'idée de pacifier les esprits? Eh bien ! moi qui avais cherché à jouer ce rôle de pacification dans l'Assemblée, pourquoi n aurais-je pas eu la pensée de le continuer à VHôtel-dé-Yille? Il est très-vrai qu'il était dans ma préoccupation d'aller à THôtel-de- Ville; mais, d'un autre coté, je me disais que je serais complètement impuissant à dominer le tumulte.
Je le savais par la triste expérience que je venais de faire dans cette Assemblée, J'étais donc combattu entre le désir d'aller sur la place de Grève et la conviction qu'en y allant je ne pourrais aucunement remédier au désordre. Voilà ce qui explique d'une manière simple et naturelle des paroles que le propriétaire du cabriolet, qui ne pouvait pas lire au fond de ma pensée , a regardées comme exprimant une intention beaucoup plus formelle qu'elle ne l'était en effet dans mon esprit. Et ce qui le prouve, c'est le fait lui-même ; car, enfin , si j'avais voulu me rendre à THôtel-de-Ville, qui pouvait me forcer de suivre la route que le propriétaire du cabriolet m'indiquait? Estce que ce cabriolet pouvait être transformé en prison? Qui m'empêchait d'en descendre , de prendre une autre voiture, et même d'aller à pied à THôtel-de- Ville? Mais je ne le voulais pas , voilà la vérité; et cependant je pensais continuellement à rHôtel-de-Ville. • " Je me suis rendu ainsi chez M. Arnaud.Là j ai demandé
à changer de linge , parce que j'étais épuisé de fatigue ; et si je suis allé de suite chez M, Masson (et les dépositions confirment tout cela, et il ny a rien dans le récit que je vous fais qui ne soit appuyé sur les témoignages que vous avez sous les yeux), c'a été uniquement parce que, inspection faite des armoires de M. Arnaud, il ne put me donner le linge que je lui demandais.
Ici, je vous ferai remarquer une chose très-importante qui a été omise dans le rapport, à ma grande surprise ; il a grand soin de dire, pour prouver que j'ai été à THôtelde-Ville, que j'en ai eu l'intention, que cela résulte de la déclaration réitérée du propriétaire du cabriolet. Mais pourquoi le rapport, dans son impartialité, ne dit-il pas aussi que, lorsque j'ai quitté la librairie de M, Victor Masson, j'ai dit aux neveux de M, Victor Masson qui m'avaient reçu : « Je retourne chez moi? »Car, messieurs, voilà la déposition des neveux de M. Victor Masson. Le juge qui les interrogeait leur a dit : a Mais M. Louis Blanc ne vous a-t-il pas prévenus qu'il allait à l'Hôtel-de-Ville ? » Et ils répondirent (lisez les dépositions) : « Non, monsieur, nous vous avons déjà dit que M. Louis Blanc et son frère nous avaient affirmé qu'ils retournaient chez eux. »
Il me semble, messieurs, que le rapport, si prompt à indiquer l'intention quej'avais manifestée d'aller à l'Hôtelde-Ville, aurait dû, pour être impartial, manifester aussi l'intention quej'avais de n'y aller pas.
Je quitte M. Victor Masson, et le rapport me montre allant à THôtel-de- Ville, y pénétrant, m' asseyant autour d'une table avec les insurgés, et cela sur la foi du colonel Watrin. Eh bien ! si jamais homme aura été convaincu d'être un imposteur et un faux témoin, ce sera ce colonel Watrin. (Mouvement.)
242 PACHSS d'hi8îoiiië
Voici une déclaration de M. Marrast :
c( Nous , soussignés , Félix Mathé, Pelletier, Raynal et li^franc, représentants du Peuple, délégués par une réunion nombreuse de nos collègues afin d'éclairer la conscience de tous sur un bruit de nature grave concernant Louis Blanc, et dont Armand Marrast aurait été l'auteur, nous nous sommes transportés à rHôtel-de-Ville, ellànous avons été reçus par le citoyen Armand Marrast. Nous lui avons demandé : 1^ s'il était vrai qu'il eût cru, le 15 mai, que Louis Blanc s'était transporté à rHôtel-de-Ville et qu'il avait été arrêté, puis relftché; 2* si depuis, mieux informé, Marrast ne serait pas revenu sur sa première opinion. Après une inspection den lieux faite dans le but de nous édifier sur la valeur de Tune ou de l'autre hypothèse, Marrast nous a répondu qu'il a cru d'abord à la présence de Louis Blanc à l'Hôtel-de-YiHe, pour deux raisons, d*abord pour avoir entendu acclamer son nom pendant longtemps avec ceux de Barbes et d'Albert, et ensuite sur la foi d'un garde national dont il ne sait pas le nom et qu'il n'a pu retrouver depuis ; qu'en somme il avait cru devoir faire part de cette première impression à la commission executive ; 3* que, depuis, lui Marrast, désirant se fixer sur le fait, avait procédé lui-même à une enquête sévère et minutieuse ; qu'en considérant la disposition des salles et des escaliers, et la masse des troupes qui jonchaient toutes les avenues de l'Hôtel^de-Ville, il avait fini par se convaincre complètement de 1 impossibilité pour Louis Blanc de sortir s'il fût entré. D'où, pour Marrast, a résulté par voie d'induction rigoureuse cette autre conviction, que Louis Blanc n'avait point paru à l'Hôtel-de-Ville.
« Prié de nous dire si, en cas d'interpellation directe, il Youdrait bien donner ces explications à la tribune, Marrast a promis de le foire.
ft Hôtel-de-Ville, 5 juin 1848, onze heures du matin. »
« Lefranc, Râynàl (Théodore), Math£ (Félix), Pëli^etisr. »
Yçici, messieurs» nm lettre que j ai r^çue 9prè« h W^ blicité doonée nu rapport.
« Versailles, Il aQl|iU849.
ce Citçyçn pef réjçntant, je orgis utile de vous informw que j'ai écrit aujourd'hui œêinç au pré3ident dç la con»iï]ii3§iQU d'euquéte ^t au citoyen Germain Sarrut, que j'ai vu hier désigné, dans le Courrier frmfm, en tête de la commission de contre-enquête sur les événements de mai et de juin, à l'effet de les informer que, présent à l'Hôtelde-YiUe le 15 mai, je poavaia affirmer, même par serment, que vous n'étiez pas dans la salle dont parle le citoye» Watrin dans sa déposition. En présence du rapport de la commission, j'ai été. si indigné que, comme l'ordonne r£vangile, sans regarder derrière moi, j'ai pris de suite le parti de faire connaître la vérité,
c( Salut et fraternité.
et Thomery, « Rue de la Paroisse^ 44. »
Celte lettre, messieurs, n'est pas sans importance, cai" c'est la lettre d'un homme qui se dénonce pour rendre
hommage à ]a vérité. Ce témoignage a été adressé à M. Odilon Barrot (M. Barrot fait un signe d'assentiment); il a paru dans le rapport de ]a commission d'enquête. Voici une autre lettre :
c( CrroTEN Louis Blanc,
c( Quoique ma position d'inculpé dans les aflaires de juin, par suite d'une fausse délation, me commande la plus grande réserve, la plus grande circonspection, ma conscience ne peut résister plus longtemps à cacher la vérité* Je dois cette vérité à mon pays, je la dois pour confondre ceux qui, par un parjure, veulent atteindre Thomme dans ce qu'il a de plus sacré, son honneur, et qui veulent se jouer impunément de la liberté individuelle. Je suis donc prêt à donner le plus profond démenti à vo- , tre vil calomniateur, résolu à subir toutes lès conséquences que mon témoignage peut faire assumer sur ma tête, relativement à ma position actuelle.
« Salut et fraternité.
c( Pellotier de Lorges, détenu polifique.
« Du fort de Romainville , 23 août 1848. »
Voici une autre lettre adressée au président de TAssemblée nationale :
c( Monsieur le président de l'Assemblée nationale^
« Présent à THôtel-de-Ville le 15 mai dernier, après y être entré un des premiers et avant Fartillerie de la garde nationale, après lecture faite du rapport de la commission
d'enquête, ma conscience m'oblige, et ce, sous la foi du serment, à rectifier les charges que différents témoins ont données contre le mtoyen Louis Blanc, représentant du Peuple.
<c J*ai procédé, avec la compagnie d'artillerie, à la visite faite dans rHôtel-de-Ville. Je suis entré dans le secrétariat général : Barbes et Bonne fils- y étaient, et j'affirme ne pas y avoir vu le citoyen Louis Blanc.
« Quant à la lettre dont parle Fenquéte, trouvée par M. Gavet, professeur au lycée Gharlemagne, personne de ceux qui passèrent la nuit à l'Hôtel-de-Ville n'en eut connaissance. Chacun copiait la liste des membres du gouvernement nouveau organisé par Barbes ; on se passait de mains en mains les écrits trouvés, et chacun les accompagnait de réflexions difliciles. Cette lettre, qui aurait donné plus de prise que tout autre aux commentaires, a été passée sous silence. Je ne m'étonne nullement qu'on puisse moralement dire avoir vu Louis Blanc à THôtel-de- Ville, car dans la nuit du 15 mai des témoins disaient bien y avoir vu Cabet, Raspail et Sobrier.
« J'ajoute que le nom de Louis Blanc n'a pas même été prononcé.
« En cas de besoin , je me soumettrai à toutes les questions qui pourront m'être faites comme ayant signé..., etc.
« Jules Dàvm, « Rue du FourSaint-Uotun'é, 15.
tt 26 août 1848. »
Voici une pièce beaucoup plus importante encore et beaucoup plus décisive; c'est une protestation faite con-
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tre la dépoûtion de M. Wâtrin , par le Gommandunt* l6 oapitaine et un lieutenant de la 6* légioû.
Je vais vous en donner lecture :
Les officiers de la gafde nationale^ V* compagnie eu T bataillon ^ 6* légion^ au citoyen ptésHent dt FÀesémbléé nationale.
« Citoyen,
ce Le lieutenant-colonel Watrin, de la 6Mégion, ayant fait devant la coknnlission d* enquête une déposition de laquelle il semblerait résulter que, le 15 mai dernier, il serait entré le premier à rHdtel-*de^Yille, à la tète du S"" bataillon* nous croyons devoir , dans l'intérêt de la justice et de la vérité, vous adresser l'exposé des faits tels qu'ils se sont passés dans ces déplorables journées^
« Nous déclarons sur Thomieur que, le i5 niai derni^t c'est notre brave commandant Lescouvé qui» de aoû pro* pre iilouvement, et saàs ordres aupérieura, a> lôpreitaier* forcé les grilles de rHôtel-de-Ville et y est entré, Buivi de notre compagnie.
ce Nous affirmons de plus que le lieutenant*oolon«l Wâtrin, qui était aussi en tête du bataillon» n â pas suivi l'élan do notre commandant^ et qu'il est resté sur la place pour la déblayer ; s'il a pu pénétrer jusque dans l'Hôtel, ce n'est que longtemps après nous. »
( Suivent les signatures de M. Forestier, colonel, et de jiiusiéurs officiers de la 6* légioii. )
c<M. Budelot, tailleur en pierres, rue d'Ângétiléme, faubourg du Temple, n" 50 , lieutenant de la 3* compagnie, S"" bataillon , 6' légion^ est eâtré âveo M. Prétest dans l'Hétel-de-Yille^ et ne s'est séparé de lui qu'en en-
vahissant le» salles où étaient les insurgés. Il a vu les sentinelles. C'est lui qui, arrêté par elles ^ est allé chercher du renfort pour envahir les salles. Les sentinelles avaient leurs armes Chargées, et c est lui qui a fait mettre la baguette dans le canon pour s'en assurer. Il n'a vu M. Watrin qu'après Tarrestation des insurgés , qui a eu lieu de cifiq à cinq heures ei itiAiè, 11 occupait rHdtel^d^TlUe avec sa compagnie depuis quatre heures et demie, et, de^ puis ce moment, il ne pense pas (Qu'aucun des insurgés ait pu s'é<èapper.
« BÙDELOT.
« Paris, le H âdôt 184e. v
Voici maintenant une déposition de celui qui a arrêté Barbes :
« M. Prévost, toiseur, rue d'Angoulême, 56, faubourg du Temple, sergent de la 5* compagnie, 2* bataillon, 6* lé* gion , faisait partie du 2* bataillon , commandant Lescouvé. Sa compagnie est entrée la première à l'Hôtél-de- Ville, sur les quatre heures et demie environ. » ( Je vous prie, messieurs, de retenir ce chiffre.) a II est entré le troisième dans la salle où étaient les insurgés ^ un peu avant cinq heures. Ily avait des sentinelles à la porte de la salle où étaient fiarbàs et les principaux insurgés. Louis Blanc ne se trouvait pas parmi eux. Les sentinelles n*ont laissé entrer que lorsque la garde nationale est ar* rivée en masse. Une fois entré, c'est lui (Prévost) qui a saisi et arrêté Barbes, de cinq heures à cinq heures et demie. La présence des sentinelles exclut l'idée que M. Watriu ait pu pénétrer dans cette salle. M. Prévost n'a vu Us Watrin qu'aprèâ l'arrestation de Barbes ; il ne
pense pas qu'aucun des insurgés ait pu échapper de THôlel-de- Ville à partir du moment où sa compagnie a pénétré dans rHôtel-de-YilIe.
c< Prévost.
<K Â Paris, le 21 août 1848. »
Messieurs, ici j'aborde une preuve que je puis dire mathématique.
Vous voyez que de cet ensemble de dépositions , il résulte que la garde nationale est entrée à rHôtel-de-Yille à quatre heures et demie environ, et que c'est de cinq à cinq heures et demie que Barbes a été arrêté. Eh bien, où étais-je en ce moment? Il est constaté par les dépositions de M. Arnaud et de M. Lemaigre que j'étais chez M. Arnaud à quatre heures et demie.
Les neveux de M. Masson déclarent que j'ai quitté la maison de M. Masson à cinq heures un quart. M. Lacauchie me rencontre rue Hautefeuilte vers six heures, et M. Redon, environ à la même heure, me rencontre au Quai-aux-Fleurs, de manière que, quand je descendais du faubourg Saint-Germain vers le Quai-aux-Fleurs, il y avait déjà une demi-heure que l'Hôtel-de-Ville était au pouvoir de la garde nationale! Je ne crois pas que jamais alibi ait été plus complètement prouvé.
J'oubliais un fait, messieurs, qui n'a pas une très-grande importance ; mais enfin il sera dit que, de toutes les dépositions dirigées contre moi , pas une seule n'aura pu résister à l'examen des faits.
Un substitut du procureur de la République avait prétendu m' avoir vu au Quai-aux-Fleurs, escorté de trois hommes armés. Quand on me parla , chez le juge d'instruction, de cette déposition, je répondis que ce substitut
s'était ù'ompé, que je n'étais pas escorté par trois hommes armés, que seulement j'avais été rencontré par deux hommes , que le troisième était mon frère , et que , des deux hommes qui m'avaient abordé sur le Quai-aux- Fleurs, un seul était armé. Ainsi, ce n'était pas une escorte , c'était une rencontre.
Voilà ce que j'ai déposé; depuis, mon récit a été pleinement confirmé par la déposition d'un de ces hommes , M. Redon, qui explique les faits exactement comme je les explique moi-même.
Il dit que, revenant de THôtel-de-Ville, où il était allé pour rejoindre son bataillon, il me rencontra sur le Quaiaux-Fleurs; que là il me demanda si je savais des nouvelles, et que, sur ma réponse négative, il continua son chemin ; puis il ajoute, — ce qui vient confirmer tout ce que j'avais dit, — qu'il me vit remonter vers lePalais-de- Justice, comme me dirigeant du côté de la Préfecture de police, et que là je repris la voiture qui nous conduisit chez nous, mon frère et moi.
J'oubliais, messieurs, de vous parler d'une lettre qui a été trouvée à rHôtel-de-Ville , lettre sans adresse et sans signature.
J'en liens l'original entre mes mains, c'est M. Guinard qui a bien voulu me la remettre. Il est assez singulier que cette lettre, qui renferme les fautes d'orthographe les plus grossières, se trouve précisément écrite d'une écriture qui annonce une main extrêmement exercée. Au surplus, je ne m'arrêterai pas longtemps à une déposition de ce genre. Il y a eu dans notre histoire de mauvais jours où on parlait de faire pendre un homme avec trois lignes de son écriture. Je ne sais si cela maintenant ne suffit plus; mais aujourd'hui ce n'est pas trois lignes de mon écH-
ture que Ton m^oppose^ ce sont trois lignes de réeriture d'un inconnu !
Ici, messieurs, se termine à peu près l' examen desfaitft qui me sont imputés, car après cela, traiment, jô né trouve plus rien, à moins qu'on ne parle de la déposition deM.Trélat.
M. Trelat a parlé de propositions que j' aurais faites à M. Emile Thomas.
Lorsqu'il a été pour moi question de pareille chose, je suis tombé dans la plus grande stupeur, car je n'ai jamais TU M. Emile Thomas de ma vîe. Lorsqu'on a interrogé M. Emile Thomas, sa réponse a été : c< La déposition de M. Trélat est un mensonge ; jamais de ma vie je n'ai vu M. Louis Blanc. »
Quant à cette ancienne amitié que M. Trélat a rappelée entre nous, vous conviendrez qu'une amitié pareille, racontéedans une circonstance pareille, n'est qu'un artiflcé de la haine.
La déposition de M. Trélat se compose de deuxchoUeé^ d'un fait qui, vous le Vdyêss, est faux, et d'une indnuation. Je viens de prouver, par le témoignage dé M. Émilè Thomas, la fausseté du fait.
Quant à l'insinuation, le meilleur moyen de répondre à M. Trélat devant une assemblée d'hôâûét^s geni^, oe sera de relire tout simplement sà déposition.
La voici :
« Je ne sais rien partiôulièrement d'une visite dé M. Louis Blanc aux ateliers de Clichy, quelques jours avant la prise d'armes du 23 juin. J'ai gémi sur Torgânisatioiî Am ateliers nationaux à i/iôn entrée au ûiiiiistèré.^ — M. Trélat devait bien savoir qu'il n'y avait rien dé
BË LA REVOLUTION Dfi FÉVRlËH. 251
commun entre les ateliers nationaux et moi. — « C'était une calamité publique; je m'occupais de lés dissoudre quand j'ai quitté le pouvoir. Je ne pouvais procéder que lentement. Quelques résultats étaient devenus possibles quand a éclaté l'insurrection du 23 juin. Dans mes rap** ports avec les ouvriers, j'ai partout reconnu le langage de Louis Blane^ sa manière de s'exprimer, ses gesteâ, son accentuation si remarquable, toutes ses inspirations enfin. »
Ainsi, messieurs» je suis coupable de rinsurreotiôn du 23 juin, parce que, dans une foule imniense, on a re« connu mes gestes !... Je ne sache pas que le génie da l'inquisition ait jamais trouvé pareil pro<^édé.
Voilà ma réponse !
On^â parlé des ateliers de Cliohy et d'une visite que j'avais faite à ces ateliers^
Ici encore, messieurs, j'ai, à mon grand regret, à dé^ noncer l'extrême partialité du rapporté
S*abord il contient des énonciations comj^létemônt fausses, et fausses d'une déplorable façon, puisqu'ici l'er^ reur est une charge.
Quand je suis allé devant la coinmission d'enquête, j'uî dit que j'avais fait une visite aux ateliers de Clichy, non pas le 21 juin, veille de l'irisuvrection, mais le 18 juin, ce qui est bien différent, et vous ooticevôz combien il im* portait ici de ne pas rapprocher metisongèrètneht les dates*
C'est le 18 juin que je suis allé visiter les ateliers dé Clichy. Le rapport ne s'explique pas sur là ilature et l'ob* jet de cette visite ; seulement il affirme que cette visite, faite la veille , dit-il faussemeilt , avait uâ rapport direct avec rinsurrection.