CHAPITRE XXI[I
Attitude de l'Asgemblée dans la nuit du S5 aadt. ^ Tout à coup le préoi* dent se lève et 4^um lecture d'un inquisitoire centre ^em refré^^vr tants. — Protestation de MM. Flocon et Théodore Bac. — M, Corne et M. Eugène Gavaignac. — Offre généreuse de M. d'Aragon. — Départ pour Londres.
Quand j'achevai ee discours , il était près d# oaz« heures du soir* L'iinmense salle, faifolfmentëelaip^, pressentait alors un aspeet sinistre. Immobiles, silencieux, #r) proie à une Tiolenee contenue , les prosorîpteuft ressemblaient à des fantômes. Dans les tribunes, une curiosité morne se peignait sur les vissages pftlis par la fatigue. Pour égaler cette scène à d'autres scènes dont le souvenir, après un demi-siècle, palpite encore, il ne manquait que le voisinage de la guillotine et l'alliance avec le bourreau.
A son tour, Gaussidière prit la parole. Il combattit l'accusation dans un discours nourri de faits, plein de preuves saisissantes, et dont, à diverses reprises, il interrompit l'enchaînement par d'heureuses et fortes saillies, l^ silence continua, menaçant, implacable.
260 t'AGES D^ HISTOIRE
Tout à coup le président se lève , et il donne lecture du réquisitoire qui demandait à l'Assemblée, contre Caussidière et contre moi, une autorisation de poursuites que celte même Assemblée , en ce qui me concernait, avait déjà repoussée par un vote solennel. En vain Laurent (de FArdèche) protesta contre le coup d'État qu'on enveloppait lâchement dans un acte judiciaire ; en vain Théodore Bac fît entendre , pour me défendre ou me venger , la voix d'une amitié éloquente et intrépide ; en vain Flocon disputa Caussidière, son ancien compagnon d'armes, aux fureurs d'un parti qui ne se consolait pas d'avoir été vaincu sans être écrasé... Les votes étaient comptés d'avance, et une majorité , devenue tyrannique, ne discute pas, elle vote.
Toutefois la décision à prendre contre moi était grave; car, on ne pouvait y arriver qu'en traversant un scandale, et l'Assemblée allait être condamnée à se déjuger. C'est ce que je tins à bien constater, des arrêts du genre de celui qu'on se disposait à rendre ayant toujours été sut jets à révision ! La déposition de M. Watrin , c'est-à-dire un faux témoignage manifeste, une imposture éclatante et avérée, voilà de quel honteux prétexte M. Corne, procureur général de la République , se servit pour remettre sur le tapis une question complètement résolue. Il fallait le voir, avec sa fîgure hâve , sa voix sèche et brève, son sourire haineux, son œil avide !... Ah ! elle est donc immortelle cette race des Laubardemont !
Le général Eugène Cavaignac vint, de son côté, demander qu'on pressât la conclusion. Je ne l'entendis pas, je ne l'écoutai pas. Tandis qu'il parlait contre moi, je pensais à Godefroi Cavaignac ; à Godefroi qui, dans cette
même ville de Londres où m'a envoyé la nuit du 25 août, m'avait dû un exil moins rigoureux ; à Godefroi , le plus regrette, le plus cher de mes amis, et qui, mourant dans mes bras, me disait : « Tu es mon deuxième frère ! »
A une majorité que formait la coalition dont j'ai parlé, nous fûmes livrés aux royalistes, encore émus de ce grand cri de vive la République ! qui, au 4 mai, leur avait été arraché.
Mon frère et mes amis me conjuraient de m'éloigner : par un sentiment qu'on devine, je résistai d'abord, et peut-être aurais-je résisté jusqu'au bout, si le légitime orgueil de l'innocent qu'on opprime ne trouvait plus de satisfaction à déjouer l'injustice qu'à la subir. Oui, voilà ce qui me décida. Je sentis tout mon être se révolter à l'idée que j'allais tomber en la possession de mes enne* mis ; qu'ils pourraient insolemment disposer de mon sort. Il fallait leur enlever cette joie ; il fallait, pour les combattre encore, se réserver l'espace et la liberté! Un représentant du Peuple, homme loyal entre tous, M. d'Aragon, m'aborda, et, me tendant la main : « Je ne partage pas votre opinion, me dit-il, mais je vous estime et je vous aime. Si je vous parais digne de votre confiance, venez ! » Je le suivis aussitôt. J'ai appris, depuis, qu'il était mort, et cette nouvelle a été la première douleur ajoutée au deuil de mon exil. Il faisait jour quand je sortis de l'Assemblée. Arrivé chez M. d'Aragon, je me jetai tout habillé sur un lit et je m'endormis profondément. Deux heures après, réveillé par mon hôte, qu'étaient venus rejoindre deux de mes amis, Eugène Duclerc et Félix Pyat, je montai en voiture, et, accompagné de Félix Pyat, j'allai prendre à Saint-Denis le chemin de fer du Nord. Ce fut la
âeule préôàutiôû à laquelle je pas me résoudre : il me répugnait trop de descendre à un déguisement ; et, à Gaiid, j'aimai itiièuk aller en prison, pdurm'être notnûié, que de me È&tviv d'un paéèé^port dathi qu'on ivtit glissé dans ma poëhè au moment de nxin départ.