CHAPITRE xxrtr
lift âéèlaratioft eft quittant fnr\$. — 06 substitue an jitty nnè batffé ébtir de jU8tk)6, un tribunal eioeptionnel ^i doit siéger â Bourj^es. -^ Bàp* proehement entre la conduite de M, Odilon Barrot et de ses complices, et celle des républicains socialistes. — Les modérés. — Pourquoi je ne me suis pas rendu au procès de Bourges* -«^ Ce que lel Tlolenèei dé la réaètioà présagent à U Frtnee.
En quittafti Pârift, j'avaift iaisaé ailtr« }es mains de j»» amis une lettre par laquelle je promettais de me pr^eti* ter ausaitdt que serait venu le jour solennel des débats. Et en effet , mon impatience^ sur ce point» ress4Niiblait à la fièvre. J'allais donc pouvoir , devant le jury natien^l* oenfondre mes persécuteurs , las châtier» les eorasef 4^ poids de leur infamie ! J'allais les faire juger deveot la justice humaine, en attendant les souverains arrêts de l'autre justice» j'allais pouvoir crier :
A M. Marie : « Voyons, monsieur , levez la main « et a affirmez, par serment, si vous l'osez, que cW moi qui a ai établi les ateliers nationaux ! »
A M. Marrast : « Vous , regardez-moi en face , et récc péte?, si la voix ne vous manque pas, que vous m'avez a vu, le 15 mai, à l'Hôtel-de-Ville ! »
A M. Eugène Cavaignac : « Et vous , sur voire foi de c( soldat, ayez le courage de nous dire qu'en me faisant c< poursuivre vous m'avez cru coupable ! »
Ah ! c'eût été là, pour moi, un bonheur suprême , et qui m'était dû , ce semble , en dédommagement de tant d'amertumes. Mais non , il fallait qu'un exemple à jamais mémorable vînt montrer que, dans les voies de Finiquité, s'arrêter est impossible, et qu'on n'est jamais persécuteur à demi. On était allé de la calomnie à la proscription : il fallait que la proscription fût mise sous le couvert de la justice^ On décida que les accusés du 15 mai seraient livrés à une juridiction créée seulement au mois de novembre ! C'était fouler aux pieds ce principe inviolable de la non-rétroactivité que respectèrent toujours les pouvoirs les plus tyranniques , c'était tomber d'injustice en injustice, de scandale en scandale.
Et de quelle nature était le tribunal qu'avec tant d'assurance on substituait au jury? Il appartenait à la catégorie de ceux qu'en 1818 , dans un ouvrage intitulé : de la Justice cRmiNELLE en Frange, M. Bérenger dëûnissait en ces termes :
(Pages 84 et 85). « Sous quelque couleur qu'on les représente, quelque nom qu'on leur donne, sous quelque prétexte qu'on les institue, on doit les regarder comme ms tribunaux de sang ; ils déshonorent le prince qui s'en sert , ils souilleraient la révolution entreprise pour la plus juste des causes....
« La seule doctrine d'un tribunal d'exception est d'accomplir l'objet pour lequel il a été institué.
« N'attendez de lui ni pUié^ ni humanité, ni sentiment de justice. Ne vous reposez pas même avec confiance sur le caractère quant pu montrer jusque-là les individus qui le composent.
« Tout homme ASSEZ LÂCHE pour accepter une mission qui le met dans le cas de punir des actions qui ne sont réputées crimes que parce qu'elles déplaisent à un despote ou à une faction, fait le sacrifice de son honneur,
ET dès lors Hi est ACQUIS A l'iNJUSTICE. »
Après cela, qui voudra jamais croire que Thomme qui avait si bien flétri l'institution des hautes cours est le même, oui, le même, par qui la haute cour de Bourges a été présidée?....
Ainsi, nous demandions des juges, et nous ne trouvions devant nous que des ennemis.
Nous invoquions les règles éternelles de la justice, et Ton s'armait contre nous d'une institution née des emportements de la force.
Nous brûlions d'aller devant le jury dénoncer une accusation, œuvre de mensonge, prodige d'iniquité, et, contre le péril de cette démonstration, l'on se réfugiait derrière un tribunal composé tout exprès pour nous frapper, derrière une juridiction établie après coup, sous l'empire de l'état de siège, au sein d'une ville en feu, par des prescripteurs.
C'est à Paris, théâtre du 15 mai, et où d'innombrables témoins pouvaient servir la vérité, que l'accusateur nous devait rendez-vous, et c'est à Bourges qu'on transportait le débat, pour que la vérité y succombât sans assistance, presque sans écho.
La mesure était comblée.
Un jour, quand toute cette ivresse des passions se sera évanouie, on rapprochera de la conduite de M. Odilôn Barrot et de ses complices celle des républicains socialistes qui, au mois de février, employèrent leur dictature à abolir la peine de mort, à calmer la place publique, à protéger les vaincus, à transformer en atelier une prison pour dettes, à rendre inviolable le domicile de chaque citoyen et indépendante la voix de chaque journal : étranges anarchistes, qui prirent pour devise V ordre dans la liberté! singuliers apôtres de la spoliation, qui donnèrent Paris à garder... à deux cent mille affamés sous les armes !
La parole alors sera ôtée à la calomnie, et les faits parleront. On se rappellera combien les hommes de Février furent magnanimes, et que pas une arrestation n'attrista leur puissance ; on se rappellera qu'ils n'eurent besoin, eux, ni d'accusateurs publics, ni de juridictions exceptionnelles, ni de geôliers, ni de sbires ; qu'ils n'eurent pas à défendre Tordre à coups d'épée; qu'aucune famille ne prit le deuil à la lecture de leurs décrets ; que par eux, enfin, républicains rouges^ démocrates au nom sang^lant, le Peuple fut convié un jour à se rendre au Ghamp^dc- Mars pour y célébrer la fête philosophique de l'oubli des haines et y brûler Téchafaud \
* Voici ce que je disais aux délégués des travailleurs , du haut de la tribune du Luxembourg, le 40 mars 1848 : « Les hommes impossibles sont « devenus tout à coup les hommes nécessaires. On les dénonçait comme « les apôtres systématiques de la terreur; or, le jour où la Révolution les (( t poussés aux affaires, qu'ont-ils fait? Ils ont aboli la peine de mort , et « leuiT plus chère espérance est de pouvoir vous conduire un jour sur la « place publique, et là, dans Téclat d'une fête nationale, de vous inviter « à détniire jusqu*aux derniers vestiges de l'échafaud. »
Il faut ajouter, à l'éternel honneur dn Peuple, que ces paroles furent ac-
Depuis, qu'avons-notis vu? Aujourd'hui en ocre, que voyons nous? c< Nous sommes les modérés! » ont osé dire ceux qui allaient remuaiit d'utiemain violente les cendres de la guerre civile.
Ainsi, les promoteurs des conseils de guerre ? modérés;
Les instigateurs de la déportation en masse? modérés ;
Les approbateurs en délire des condamnations sans ju*gement? modérés ;
Les inventeurs du bagne politique? modérés , modérés, modérés !
Ah I ce mot si noble et si beau, ils en auront fait le scandale de l'histoire.
En attendant, nous avions à instruire publiquement, au grand jour, une procédure qui vaudra bien, peut-être, celle qui se cache et qui ment dans l'homicide obscurité des greffes.
Pour ce qui me concerne, je me serais cru complice des foreurs mêmes dont j'ai été victime, si j'étais allé nl'asseoir dans le prétoire de Bourges, et j'aurais désobéi à ma conscience si je n'avais pas dénoncé les manœuvres de ittes ennemis aux honnêtes gens... honnêtes gens, car Tittjustice des âmes viles me touche peu : elle a perdu le pouvoir de m'indigner, et j'en suisarrîvé„surcepoint,à toute la sérénité du mépris.
Plus tard, je publierai l'histoire complète de la Révolution de février et des événements qui l'ont suivie : je n'ai voulu ici que dévoiler le système d'impostures pratiqué à mon égard. On m'empêchait de porter ma cause devant des juges nommés par le Peuple : je Fai portée devant le Peuple lui-même.
cueillies par des APPiAUDisseaiK^TS udme^ses (Voy. le MonUeur dw 1 1 mars 1848.)!
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Qu'il soit bien entendu, au reste, que je ne descends pas à me disculper : j'accuse.
C'en est assez. Et maiMenant, que ceux qui ont cru tuer et flétrir la cause du Peuple dans la personne de ses serviteurs, que ceux-là sachent bien jusqu'où va leur puérile démence. Nous pouvons vous crier, faux modérés de notre époque, ce que Necker criait aux prétendus philanthropes de son temps : Vous avez imité l'art de ces animaux terribles qui, sur les bords des fleuves de l'Asie, prennent la voix des enfants pour dévorer les hommes.
Mais à cela le bénéfice est moindre que le péril. Car enfin, nous tous, démocrates socialistes qui avons décrété ou glorifié l'abolition de la peine de mort, mis le bourreau au ban de la civilisation , calmé la victoire avant la fin du combat, confié l'avenir à la clémence, s'il nous arrivait quelque jour d'avoir à demander de nouveau respect pour ces doctrines sacrées, qu'aurions-nous à répondre à qui nous dirait : Vous avez la mémoire bien courte, messieurs! Voyons, qu'on nous montre ce que la magnanimité de la Révolution lui a valu. Les ennemis de la République auraient-ils retrouvé tant de force et déployé tant d'audace, si , comme Hercule enfant, la République avait étoufië les serpents qu'elle eut l'imprudence de laisser dans son berceau? Souvenez-vous des conseils de guerre institués, de vos concitoyens déportés sans jugement, des bagnes et des pontons remplis, de quatre représentants du Peuple traînés à Rourges dans des voitures cellulaires , destinées aux voleurs et aux assassins! La clémence a donné à la Révolution de février deux mois de vie ; comptez combien la nouvelle terreur blanche en vint donner à la contre-révolution. Et souvenez-vous!
Oh ! veuille le ciel , et c'est notre vœu le plus cher, que
ce redoutable argument jamais ne remporte! Mais, rien que pour l'avoir fait possible et spécieux , le nom des hommes qui aujourd'hui gouvernent restera maudit dans l'histoire.
Us ont, en effet, rendu la générosité suspecte de folie ; de leurs violences couronnées de succès ils ont composé un sophisme plein de sang à l'usage des terroristes futurs; ils auraient donné au Peuple, si cela était possible^ le remords de sa modération. Voilà leur crime.