CHAPITRE V
Bajfc des royalistes constitutionnels. — Oénérosité du gouvernement provisoire. — Le drapeau trieolore et le drapeau rûuge* -^ Aly^litiga de la pçine de inoft. ^ Étrange {^^UwQinatipn de M. de liWîirlinfi. -^ Mauyaise foi des vieux partis. — Les mots République rouge employés comme injure.
Est-il besoin d'expliquer la rage des royalistes constitutionnels qui sont aujourd'hui au pouvoir?
Et d'abord , rejetés dans l'ombre par la mouvement même que leur turbulence imprévoyante avait provoqué, ils se trouvaient avoir joué , au mois de février, une eo-^ médie à la fois honteuse et ridicule.
D'un autre côté, quelle n'avait pas dû être leur humiliation devoir la France érigée en République, euï qui avaient passé toute leur vie à traiter la République de chimère et les républicains de rêveurs, eux qui s'étaient epus des génies profonds et proclamés les hommes pratiques par excellence, pour avoir prêté serment aux royautés in-» violables et aux dynasties immortellesi ! Qu'allait devenir votre réputation de sagesse, qu'allait-on penser de la portée de vos vues, grands politiques, docteurs fameux, qui aviez souri d'un air capable à nos utopies, quand nous vous disions : Voici venir le gouvernement républicain et nous louchons au suffntge uilivçrsel ?
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A ees eauseg de dépit se joignait, ch6ss lea royalisteti constitutionnels, tels que MM. Thiers, Odilen BarFOt, Duver« giep de Hauranne, Fétonnement du démenti donné par U modération républicaine à leurs prédictions, tant de fois répétées. Combien, en effet, n'avaient*ils pas mis d'obsti« nation à évoquer, pour le compte de la monarchie, les om-> bres livides de 05 ? A les entendre, notre philosophie était pleine de sang. Il n'y avait pas de milieu entre adorer un mattre au maillot et porter Marat au Paplhéon. Renvçr^ série trône, juste ciel! Mais le trône absent, c'était 1$ guillotine. Oui, voilà ce qu'ils affirmaient, au nom des enseignements du passé. Qu'on juge de leur surprise et de ce qu'elle avait d'humiliant quand ils virent que le gou«> vernement provisoire débutait par T abolition de la peine de mort; qu'il laissait les chemins libres devant Louis* Philippe et ses ministres ; qu'il se gardait de la persécution comme d'une lâcheté ; que, protecteur impassible de la liberté d'écrire, il couvrait les calomnies dirigées contre lui de la générosité de ses dédains; qu'il planait pour ainsi dire au-dessus de la haine !
Encore si cette politique n'avait pu être attribuée, dans le conseil, qu'aux républicains de date récente ! Mais non.
Quand, pour la première fois — cette justice lui est due — M. de Lamartine émit, au conseil, l'idée d'abolir la peine de mort, quelques objections s'élevèrent, non sur le principe , mais sur l'opportunité de la déclaration , et la question fut momentanément écartée. Elle Ait reprise... Pourquoi m' imposerai s-je ici des réticences dont tout le bénéfice irait aux ennemis de notre grande cause? J'ai été assez injustement, assez cruellement attaqué, pour avoir le droit de fairç hommage tout haut à la République de ce qu'elle a inspiré d'honorable à un de ses fidèles soldats.
Je dirai donc sans détour que c'est par moi que fut remise sur le tapis, dans la journée du samedi 26 février, la question de l'abolition de la peine de mort. Je venais de lire un article où, par une calomnie devenue banale, on faisait aboutir la République au gouvernement du bour* reau. Indigné, je dis qu'il était temps d'en finir à jamais avec ces odieuses attaques; qu'il y fallait répondre d'une manière qui ne s'effaçât plus de la mémoire des hommes, et je rappelai la proposition de M. de Lamartine. La scène qui suivit est restée vivante dans ma pensée. M. de Lamartine accourut vers moi, me prit les mains avec effusion, et s'écria d'une voix émue : a Ah! vous faites là une c( noble chose! » Au fond, le sentiment que j'exprimais était celui de chacun ; et ce fut d'un commun élan, ce fut avec une joie passionnée, que nous votâmes le décret sur l'abolition de la peine de mort, décret qu'on peut lire dans le Moniteur du 27 février 1848, et dont la rédaction appartient à M. de Lamartine pour la seconde moitié , à moi pour la première.
Non, non : il n'est pas vrai, comme quelques-uns osent aujourd'hui l'écrire, il n'est pas vrai que le gouvernement provisoire se soit partagé entre la République de la clémence et celle du terrorisme. Si des dissidences ont eu lieu dans le sein du gouvernement provisoire, elles ont porté sur des questions d'une tout autre nature, sur celle de savoir, par exemple , quelles seraient la durée, l'étendue, la portée sociale de notre pouvoir.
Devions-nous agrandir, jusqu'à construire de nos propres mains l'édifice de la République, nos attributions et notre responsabilité?
Fallait-il, seloji le vœu émis par le Peuple avec tant de
Spontanéité et de profondeur, créer un ministère du travail et du progrès?
Ne convenait-il pas de substituer sans retard à la commandite du crédit individuel celle du crédit de FÉtat?
N'y avait-il pas urgence à transformer en banque d'État la Banque de France? etc., etc..
Tels sont les importants problèmes qui nous trouvèrent divisés.
Mais, quant au caractère d'humanité, de générosité calme et forte à donner au pouvoir issu des barricades, il y eut toujours dans le conseil unanimité de sentiments.
D semble que cette modération aurait dû toucher nos ennemis. Loin de là, elle envenima les blessures de leur âme aigrie. Ils s'irritèrent de ce que, pouvant les écraser d'un signe, nous ne leur faisions pas même l'honneur de les haïr. Plus nous protégions leurs personnes, plus il devenait manifeste qu'en nous représentant comme des hommes de violence, ils nous avaient calomniés d'une manière indigne, et ils jurèrent , dans le secret de leurs ressentiments, d'obscurcir la lumière qui, venant éclairer tout à coup leur longue imposture, les couvrait de confusion. Il ne faut pas trop s'étonner de cet excès de noirceur : ce serait mal connaître le cœur humain et ses abîmes.
Leur colère, toutefois, demeura quelque temps voilée. Ils voulaient s'assurer d'abord s'il n'y avait point péril à être injuste. Mais le Peuple, à force de générosité, ne leur eut pas plutôt donné cette certitude, qu'on les vit se répandre en attaques dont l'impudence égalait la fausseté. MM. Ledru-Rollin et Lamartine y ont répondu, en ce qui les concerne, le premier du haut de la tribune, le second par la voie de la presse. Pour ce qui me touche, j'attendais le jour solennel d'un débat devant mes pairs. Mais il est
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trop dfiir iDaifitanaiit qu^on étoufferait ma parole t on ne brisera pas ma plume!
A toute grande révolution il faut un drapeau. Pourquoi le Peuple combattant de Février demanda^^t^l le drapeau rouge? Était-ce un vœu de guen-e im|J|ai^^ un appel à des passions farouchêa tflSm^ quoi ! ce méraeX peuple » il mettait à amnistier ses ennemis de la veille I une magnanimité sans égale; il renversait, de ses mains ' noires de poudre, les barricades derrière lesquelles il venait de combattre ; il écrivait ^ur la soie des étendards et sur la pierre des édifices le mot libérateur fraternité; il enterrait ses morts, sans mêler au bruit des cloches funéraires un seul cri de ressentiment ; couvert des lambeaux que son sang tachait, et la pâleur de la faim sur le visage, il courait faire sentinelle à la porte de ses calomniateurs, impatient de protéger leur opulence et de garder leur sommeil ! a Considérant , dit le décret sur raboliton de a la peine de mort, que, dans les mémorables journées ce où nous sommes, le gouvernement provisoire a conitaté « avec orgueil que pas un cri de vengeance ou de mort « n'est sorti de la bouche du Peuple ', etc. »
Ce n'était donc pas à une inspiration sauvage qu'il obéissait, ce peuple généreux, quand il demandtiit le dra-» peau rouge. Quel était son sentiment? Le voici i
On s'en souvient i lorsqu^en 1789 le drapeau tricolore fut adopté, la royauté vivait encore, et ce n'était pas elle que paraissait menacer le point noir qui déjà montait à rhorixon. Il est vrai que d'assez graves dissentiments s'étaient élevés entre la bourgeoisie et la cour, mais Louis XVI était venu de Versailles Ihire sa paix avec Paris, et c'était
* Vov, te VoniUurin 27 Kvrier 1848,
justein^nt pour donner un emblème à cette rëconeiliation solennellement opérée à THâtel-de^Ville, qu'aux couleuns rouge et bleue, qui étaient celles du tiers état parisien, on avait jpint le blanc , qui représentait la royauté. Telle fut Torigine du drapeau tricolore \ Le drapeau tricolore exprimait donc l'idée d'un compromis ; il portait la trace des préjugés monarchiques; il rappelait que, dans la nation, il y avait autre chose que la nation.
Après la Révolution de février, }1 n'y avait plus de roi : pourquoi aurait«^n conservé la couleur de la royauté? On ne reeoiinaissait plus qu'une seule souveraineté, celle du Peuple; pourquoi se serait^on attaché & l'emblème d'une souveraineté multiple? Sur les débris de toutes les castes anciennes allait s'élever Timposante famille française : pourquoi uq drapeau qui , par la diversité des couleurs , semblait faire revivre la difTérenoe des classes? om DiVABidA
LI DRAïq^AU ROUOE GOMME l'ÉTEKOARI) DE L'UNrTÉ. C'était
d'ailleurs le drapea^ des Gaulois; c'était Tétendard histo« rique sous lequel nos pères avaient lutté contre Rome et. jusqu'à Jeanne d'Arc, contre les Anglais.
Que quelques esprits emportés y aient cherché le sou* venir et l'image d'une époque prageuse , c'est possible ; que d'autres y aient vu l'étendard des martyrs, c^est çer* tain I mais l'interprétation qui passionna le Peuple fut celle que je viens de dire. Aussi ne renoontrait^on dans les rues, dans les promenades, sur les places publiques, sur les ponts, au théâtre, partout, que des citoyens por« tant une rosette rouge à leur boutonnière ; et cela, je le répète, dans le temps même où ils applaudissaient à chaque parole de pardon, dans le temps môme où ils saluaient
* Voy. les Mémoires de d*Alonvilie.
de leurs acclamations le gouvernement provisoire » parce qu'il avait crié anathème à Téchafaud !
Nul n'ignore de quelle importance sont pour la foule les signes extérieurs ; la question devint si pressante, que le gouvernement provisoire dut en délibérer. Renon« cer au drapeau tricolore, qui avait si glorieusement parcouru le monde,, n'était-ce pas voiler en quelque sorte tout un éclatant passé? Devions-nous faire dire aux ennemis de la République que sa couleur était celle du sang? À qui avait été fatale, après tout, cette fameuse et funèbre journée du Cbamp-de-Mars, dont le drapeau rouge racontait rhistoire? C'étaient là de graves considérations , et M. de Lamartine les fit valoir avec beaucoup de force. D'un autre côté, des bruits sinistres avaient couru. La question était de celles qui peuvent faire explosion; des mécontents se tenaient prêts à y mettre le feu. Dans l'état de fermentation extraordinaire où étaient les esprits, au milieu de cette place de Grève* si puissamment émue alors, qu'un coup de fusil vint à partir, et tout s'embrasait. Que devenait, en ce cas, la République? Que n'avaiton pas à craindre de ses ennemis, secrètement avides de désordres? Elle n'aurait plus eu seulement la couleur du sang à son drapeau, elle aurait eu du sang à ses mains. Voilà ce que je dis. Au moins fallait-il , le drapeau tricolore étant conservé, ne pas repousser toute innovation dans les insignes. C'est à ce parti que le gouvernement provisoire s'arrêta , et la déclaration suivante fut insérée au Moniteur :
« Le gouvernement provisoire déclare que le drapeau c< national est le drapeau tricolore, dont les couleurs sece ront rétablies dans l'ordre qu'avait adopté la République « française; sur ce drapeau sont inscrits ces mots : Repu-
« BLiQDE FRANÇAISE, Liberté, Egalitéy Fraterniléy trois mots « qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines dé* c( mocratiques, dont ce drapeau est le symbole, en même c( temps que ses couleurs en continuent les traditions.
« Comme signe de ralliement et comme souvenir de c< reconnaissance pour le dernier acte de la Révolution po- « pulaire, les membres du gouvernement provisoire et les «autres autorités porteront la rosette rouge, laquelle sera « placée aussi à la hampe du drapeau ^ »
En conséquence, chacun de nous se montra au Peuple avec la rosette rouge à la boutonnière; les couleurs rouges flottèrent au-dessus de la bannière tricolore de 89. Et il est permis d'affirmer que la guerre civile fut ainsi prévenue, la guerre civile, à travers laquelle la Révolution aurait certainement perdu son chemin.
Cette adoption officielle de la couleur rouge par le gouvernement provisoire, voilà ce que M. de Lamartine oublie dans son livre, et il y a lieu de s'en étonner, puisqu'il a lui-même apposé sa signature au bas du décret par lequel cette adoption fut annoncée au Peuple et qu'on put lire dans le Moniteur du 27 février !
Mais, il faut bien le dire, M. de Lamartine a écrit le journal de ses souvenirs sous l'empire de cette imagination créatrice qui, de très-bonne foi, peuple l'histoire de fantômes; et j'avoue que je n'ai pu m' empêcher de sourire en lisant dans son livre * :
c< Au moment où Lamartine allait continuer et ouvrait a ses bras pour y appeler les groupes les plus rapprochés a de lui, il s'arrêta tout à coup, la parole suspendue sur
* Voy. le Moniteur du 27 février.
* BitiiHre de la Révolution de féwier par Lamartine, t. I, p. 40f .
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« les lèvfes, le geste pétrifié, le regard fixe et comme « attaché sur un objet invisible au reste de là multitude.
« C'est qu'en effet il voyait confusément, depuis queK « ques minutes, à travers cette espèce de nuage qtlé Tito-* k prôvisation jette sur les yeux de roraiêur, s'avancer c< vers lui une figure fantastique dont il ne pouvait se ti rendre compte à lui-môme et qu'il prenait pour un jen « d'optique ou pour un vertige d'imagination*
«C'était un buste de jeune homme vêtu de bleu, €( dominant un peu la foule et s'approchant de lui tt sans marcher, comme ces fantômes qui glissent sur le « sol, sans aucun balancement de pas. — Plus la figure « s'avançait ainsi, plus le regard de Lamartine s'étonnait, « et plus sa parole semblait hésiter sur ses lèvres. A la fin « il reconnut dans ce buste le visage de Louis BlanC. Ce « visage était coloré, mais les yeux ouverts étalent immo- (( biles comme dans un évanouissement passager. C'était, ^< en effet, Louis Blanc, que l'épuisement et la chaletif te avaient fait apparemment évanouir dans l'étage infé** Ci rieur, et qu'un groupe de ses amis apportait silencieu- « sèment et lentement à travers la masse du Peuple at* « tcrttif. Au môme moment, le blessé qui avait embrassé « et sauvé Lamartine, tomba épuisé et entraîna en lom- « bant la chaise. Lamartine fut soutenu par quelques « hommes du Peuple. Louis Blanc reprit seë sens à l'air « des fenêtres. Ce tumulte interrompit le discours, mais et tien dHruuH pas l'effet, xx
Que M. de Lamartine ait cru voir cette étrange scène, cela n'est pas doutent puisqu'il la raconte, et il est dans la vie des moments de fièvre puissante qui rendent ces sortes d'hallucinations fort possibles* Mais que j'aie été en rffrih héros d'une pareille fantasmagorie, c'est un
m L4 ftÊvôLoitôK Ciïî rÉtfiiÊfl. 47
honneur que la Térité m'oblige à décliner. Ce jour-là, j'étais accompagné par plusieurs personnes qui ne m'ont pas quitté, et, entre autres, par le docteur Fèvre. A la lecture du passage que je viens de citer , elles ont été fort étontiééi» et m'ont écrit pour me faire part de leuf surprise, étt mettant à ma disposition leur témoignage. Le fait est qu'il ne m^'est jamais arrivé de m'évanouir depuis que je suis au monde. Quand j'ai eu à parler aux masses, même dans les circonstances les plus terribles, même quand il y avait â leur résister , je n*ai jamais éprouvé d'autres émotions que l'enthousiasme de la fôî démocratique, et quand le Peuple m'a emporté dans ses bras, ce n'a jamais été que pour me marquer sa sympathie.
On peut juger par ce qui précède de ce que signifiait ce symbole de la couleur rouge. Mais la mauvaise foi des vieux partis est inépuisable. Le mot Républicain rouge prit place dans le vocabulaire de leurs inimitiés comme un texte admirable à développer. Us en épargnèrent l'injure à certains membres du gouvernement provisoire, afin de l'adresser aux autres avec plus de succès. Je fus au nombre de ceux que choisit l'injustice de leurs outrages, et je me vis ainsi désigné aux haines, aux terreurs de l'ignorance, moi qui n'avais cessé, depuis douze ans, de protester dans tous mes écrits contre l'emploi de la force brutale et son empire ; moi qui venais de signer avec une sorte d'enthousiasme religieux un décret qui rendait hommage à l'inviolabilité de la vie humaine; moi par qui, peu de temps avant la Révolution de février, ces lignes avaient été tracées :
«Seul, le bien est absolu, seul il est nécessaire* Le « mal dans le monde I c'est un immense accident. Et voilà « pourquoi son rôle est d'être incessamment vaincu. Or,
c( tandis que les victoires du bien sont définitives , les dé- « faites du mal sont irrévocables : l'imprimerie restera, et « l'on ne rétablira pas la torture, on ne rallumera pas les c( bûchers de l'inquisition. Que dis-je? Il devient manifeste, « par la marche des choses et la tendance commune aux « graves esprits, que le progrès ne s'accomplira plus déc( sormais à des conditions violentes. Déjà, dans les rela- « lions de peuple à peuple, l'industrie est venue montrer « que, pour la propagation des idées, on peut se passer « de la guerre; et, dans les relations civiles, la raison « prouve de mieux en mieux que l'ordre peut se passer « du bourreau. Les religions ont cessé de faire des mar- « tyrs : il faudra bien que la politique cesse de faire des « victimes *. »
^ Histoire de la Révolulian française, 1. 1, p. 575.