L'OBDBE DE MALTE EN CANADA
Un autre proposition de M. Eoy va nous occuper maintenant : savoir si les fondations d'une maison de Malte ont été jetées sur le sol de Québec. De suite, je dis : non.
Quelles qu'aient été les espérances des chevaliers de Malte relativement au Canada jusqu'à la fin de l'année 1635, elles ont dû s'évanouir en grande partie disons vers le printemps de 1636, lorsque leur parvint la lettre du grand-maître. M. de Montmagny n'était pas encore arrivé à Québec, peut-être était-il embarqué pour le Canada, mais c'est douteux. Le 11 juin, mettant le pied sur le rocher de Québec, il devait avoir abandonné ses projets, ou bien il n'entrevoyait leur réalisation que dans un avenir problématique. Peu après mourut Eazilly.
Que se passe t-il de 1636 à 1647 ? Nous l'avons vu. M. de Montmagny se débattant au milieu d'une situation des plus critiques, sans ressources, sans forces, sans protection, se maintient à peine avec une colonie de cent âmes, qui augmente jusqu'à cinq ou six cents, alors qu'elle eût dû atteindre huit ou dix mille.
Parvenu à 1646, une lueur favorable se montre. Est-ce alors que le chef de la colonie tente de fonder un établissement sous le contrôle de Malte? C'est difficile à croire, tant les circonstances du temps s'y opposent.
Ici se place un document sur lequel l'imagination est libre de broder quelque chose. Voyonsle :
Au greffe du notaire Tronquet se trouve, sous la date eu 18 octobre 1646, uu marché conclu
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entre les habitants de Québec représentés par Jean Bourdon, et certains ouvriers pour " revêtir de murailles un bastion qui est au bas de l'allée du Mont-Carmel, dépendant du fort Saint- Louis de Québec, dont un des flancs est opposé à la porte du fort, de quatre toises de long sur douze pieds de hauteur."
Un bastion déjà existant qu'il s'agissait de revêtir de pierre ; quatre toises de long, vis-àvis la rue Mont-Carmel. Ce n'est ni un prieuré, ni une maison de chevaliers indépendants. On pouvait tout au plus y loger quelques soldats. Douze pieds de haut c'est peu monumental et assurément ce ne pouvait être le bel édifice dont on parla en 1762 ; d'ailleurs en 1759 Knox dit que la maison de Malte était encore inachevée ; et d'autre part, nous savons que le bombardement venait de détruire le bastion de 1646-7.
M. James Thompson, qui dirigeait des travaux d'agrandissement au château Saint-Louis, en 1784, note dans son journal, à la date du 17 sep tembre, le fait suivant :
'' The miners at the Château in levelling the yard dug up a large stone from which I hâve described the annexed figure. I could wish it was discovered soon enough to lay conspicuously in the wall of the new building in order to convey to posterity the antiquity of the Château Saint- Louis. However I got the masons to lay the stone in the cheek of the gâte of the new building."
Qui veut examiner la pierre en question peut la voir dans le mur dont parle Thompson. M.
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Ernest Gagnon l'a fait dorer ; un bon point pour lui!
M. l'abbé Bois, consulté sur cette trouvaille, à écrit :
" Les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, établis à Québec : Brasdefer, Montmagny, Sillery, etc., avaient construit un bureau dans la cour du château Saint-Louis : il avait coûté 40,000 livres de la monnaie française. Une grande pierre incrustée dans le mur de façade portait les armes de l'Ordre. Quand l'édifice fut détruit par le feu, en juillet 1759, pendant le siège, cette pierre fut enfoncée sous les ruines jusqu'en 1784. En cette année, les autorités militaires en firent l'invention et la placèrent dans le mur de la cour du château."
Je ne vois pas que Brasdefer ait séjournée en Canada, après 1636 ; Sillery n'y est jamais venu. Le coût de la construction ressemble à ce que disait V American Gazetteer. Comment sait-on qu'une grande pierre avait été incrustée dans la façade du bâtiment ? Où est la preuve que ce bastion était un bureau ?
Si encore, après 1647, on pouvait soupçonner raisonnablement que les chevaliers de Malte fréquentaient le pays ; si nous ne savions pas exactement ce qui s'est passé depuis cette date jusqu'à 1759, je vous dirais : '' peut-être... que saisjeî.-.nous verrons",., mais vous glisserez toujours sur ce terrain.
C'est donc entre 1636 et 1647, que la seule chance existe de placer parmi nous les chevaliers de Malte. C'est alors qu'ils auraient dépensé
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quarante mille francs pour se bâtir un édifice spécial ? Cette dépense, comparée à celles qui se faisaient en Canada, donne un chiffre énorme
et il n'en serait rien resté dans l'histoire du
temps, où se rencontrent des milliers de petits faits soigneusement consignés !
Je calcule que, en 1640, on achetait avec un franc de vingt sous, l'article qui coûte, aujourd'hui, soixante contins. Donc, 40,000 francs, représentent une maison actuelle de trente mille piastres. La bastion de M. de Montmagny ne devait pas coûter cinq cents piastres de notre monnaie.
Que M. de Montmagny ait fait graver une croix de Malte sur l'une des pierres du bastion de 1646- 47, je n'y vois pas d'irrégularité. Il n'eut pas . osé le faire sur les pierres du château Saint-Louis. Ce bastion, c'était une œuvre de son administration qu'il laissait au Canada. La croix de Malte était l'honneur qu'il prisait le plus— et il l'a placée en cet endroit, de préférence à ses propres armes. Voilà mon sentiment.
La conduite de M. de Montmagny à l'égard de M. de Maisonneuve est le seul fait constaté qui nous montre ce gouverneur comme agissant de rigueur contre une autorité quelconque. Or (ju'était M. de Maisonneuve'? Un parfait étranger, arrivant en Canada avec ses gens et afiichant une indépendance peu agréable pour le gouverneur ; de plus, réfugié à Québec sous la protection de ce même gouverneur, M. de Maisonneuve se fait rendre les honneurs dûs au commandant — et l'on veut que M. de Montmagny, un militaire,