RARE AE SES
equipper une caravelle espagnolle que ji’ai trou. Æ fe vée eschouée deuant le dit fort, & charger les (Si vivres & munitions qui estoient en iceluy, & 1 après l’avoir fait razer & démolir, le tout porter sig à la rivière de Chibou ie fis avec toute diligence pot travailler 50 de mes hommes et 20 desdits An- d’a glois à la construction d’vn retrenchement ou tan fort sur ladite rivière, pour empescher les enne- mis mis d’y entrer, dans lequel «y laissé 49 hommes | T compris les PP, Vimont et Vieulpont Iesuites (1) gra et 8 pièces de canon, 18 cents de poudre, six fort cents de mesches, 40 mousquets, 18 picques, arti- pou tices, balles à canon & mousquets, viures etautres louf choses nécessaires, avec tout ce qui auaib esté luy trouué dans la dite habitation & fort des Anglois, d’et & ayant faict dresser les armes du roy & de ce
monseigneur le cardinal, faict faire vne maison, chappelle, & magasin, pris serment de fidélité du sieur Goulde (2) natif de Beauuais, laissé pur moy pour commander audit fort & habitation pour le service du roy, et pareillement du reste des hommes demeurés auec ledit sieur Goulde, ie suis party dudit lieu le 5 de novembre, & ay que amené des dits Anglois femmes & enfants d&esquels en ay mis quarante & deux à terre près Falmuë (Falmouth) port d’Angleterreavec leurs hardes, & amené dix-huit ou vingt à Dieppe avec le dit milort attendant le commandement de mondit seigneur le cardinal ; ce que ie certi-
ee
(1) Ces religieux, accompagnés du P. Noyrot,avaient fait naufrage sur l’île de Sable, le 24 août 1629, (2) Claude dans le texte de Champlain,
trouer les ay, & porter gence s Annt ou
enne- )mmes tes (1) re, Six s, artiautres b esté nglois, & de naison, lité du sé pur itation 1 reste toulde,
& ay s dese près c leurs Dieppe lement » certi-
avaient
fie estre vray. Fait à Paris le 12 décembre 1629. (Signé) Charles Daniel.??
Malapart ajoute : ‘‘ Tel a esté le rapport qu’a signé au Conseil notre général ; mais quoy que pour ce deuoir, il n’ayt esté besoin de marquer d’autres circonstances, il sera bon, même important, d’en mettre icy quelques-vnes qu’il a obmises :—
‘ La première, que nostre capitaine estant en grande perplexité de sçavoir que l’ennemy se fortifiait puissamment, et que ce pendant il ne pouuait l’aller visiter pour n’auoir point de chaloupes prestes, Dieu luy envoya des sauvages qui luy en presterent trois, & mesmes quelques vns d’eux le voulurent accompagner.
‘ La seconde, que le mesme capitaine remonstra efficacement à ses soldats, tous les maux qui pourroient naistre de cette usurpation des Escossois, que tous d’vn commun accord dresserent vne requeste pour le supplier de les mener à l’ennemy, protestans tous par escrit, qu’au cas que quelqu’vn d’eux mourut au combat ils vouloiént que la requeste qu’ils lui presentoient, luy seruit de response aux demandes de tous ceux de leurs parents qui pretendroient estre par luy dédommagez de leur mort, attendu qu’ils auroient voulu mourir, & tenu leur vie bien employée à restablir par leur sang, et maintenir à quelque cent mille Français la liberté de gaigner leur vie. J’ay dit cent mille, mais c’est pour le moins, car il va tous les ans en ce païs quelques deux cents grands navires à la pesche tant de molluë & de saulmon, que de petites baleines du lard desquelles onfait
132 LE GOLFF SATNT-LAUI ENT
de l’huylle. Or dans chaque nauire combien de matelots y a-t-il qui ont leur famille à entretenir? Combien faut-il de charpentiers de nauires ? combien de-calfutreurs ? combien de taillandiers ? combien de forgerons pour les clous et pour les ancres ? Combien de gens employez pour les chables et les cordages, pour les voiles, & une infinité d’autres aggréements nécessaires ; ie ne dis mot des pistoles qu’on tire tous les ans d’Espagne pour la molluë, ie ne parle point de tout plain de marchands, qui la vendent maintenant à bon marché, qui eussent esté contraints de l’acheter bien cher des Anglois, et ainsi vuider insensiblement l’argent du Royaume, et nous la reuendre encore plus cher, mais laissant tout cela à part, si on eust laissé l’Escossois continuer comme il avait commencé, & comme il se promettait de faire, contraignant nos pauvres pescheurs français à luy payer le dixième (disant que c’estait une grace particuliere qu’il leur faisait, en ce que par sa commission il luy estoit permis de leuer quinze pour cent) & (qui pis est) de confisquer les vaisseaux qui n'auraient congé du roi d'Angleterre. Quelle servitude eust-ce esté à la France catholique de garder les abstinences, & les jeusnes de l’Egiise, à la discretion de celuy qui est d’vne profession toute contraire? Quelle somme n’eust-il point tiré tant de ses congez que du poisson qu’il eust raui par delà à nos François ? Car la commission de ce beau seigneur portoit pouvoir comme dit est de prendre quinze pour cent des cestrangers & cisq des vaisseaulx d'Angleterre,
PEN EN ERN PEN ERP à ee ONE ARE TAROT AVES: EVE ZA7.
ien de “{ Ln 3e circonstance est, que le capitaine & tenir? tous ses hommes, excepté trois, s’estoient confes- ? com- sez & communiez auant que d’aller attaquer l’endiers ? néluY.
ur les ‘ La 4e, qu’il y auait dix ou douze puissants & ur les À furieux dogues selon le jugement de beaucoup de & une personnes aussi à craindre que des hommes sans ; ie ne peur et bien armez; & néantmoins (comme s’ils 8 d’Es- eussent eu le sentiment & respect pour les armes de tout du roy & le capitaine Daniel, pareil à celuy atenant qu’eurent autre-fois les lyons pour vn autre de Ve ; Daniel) ils ne nous ont faict aucune peine; & ider 1n- (chose merveilleuse) pas vn de tous les coups qui nous la furent tirez par les Anglois ne porta sur un seul nt tout de nos François, quoy que ce fut en plein iour, et mtinuer que l’ennemi nous veist venir il y avait fort long se pro- ‘mps, & qu’il en fut plus grand nombre que res pes-
nous, qu’il nous eust veu auparavant prendre deux de leurs chaloupes & six de leurs pescheurs, quoy qu'ils fussent à couvert de leur fort et de
(disant # leur fai-
ÿ estoit leurs armures, au contraire nous a descouuert & pis est) cu butte à tous tant qu’ils estoient, bref quoy que t congé les trois pieces de canon, qu’ils auaient ostées à
eust-ce vn Français, fussent capables de nous rompre par »s absti- À le rejaillissement des cailloux dessus lesquels iscretion nous marchions. Tant il est vray que ce que Dieu pntraire? garde est bien gardé. La saincte Eucharistie que è ses CON” nos soldats français auaient reçuë, leur estait vn 1à à nos ferme bouclier, vu charme puissant & assuré, & seigneur vu charactère à l’espreuve aussi bien contre les re quinze armes des hommes, que contre les dents des hisseaulx bestes,
F6 La 5e, que les soldats ont esté si obéissants à
leur capitaine qui leur auait deffenäu de s’amuser au butin, qu’il n’y en a pas vn seul de tous ceux qui ont esté prist qui ayt perdu {a valeur d’un sold de ce qu’il auait en son particulier. En quoy il est à douter lequel des deux est plus admirable ou le pouvoir qu’a sur les soldats le capitaine, ou l’obeissance & respect des soldats envers leur chef.
‘ Ta 6e, qu’il y auait vingt-cinq lieues du fort que commençoient nos François à celui des Anglois, de ià il appert de la diligence de ceux qui cherchoient les vaisseaux de leur capitaine & les novuelles de Québec, veu qu’ils n’estoient que dans un petit batteau de nef, & cependant $’esloignoient si fort. Il appert aussi de cette distance, quel estoit le zele & le courage de ceux qui furent combatre les Anglois. C’est beaucou : de se defendre quand on se tr ue attaqué par des ennemis plus forts, c’est p ‘e les attaquer quand on les rencontre ; maïs de les aller chercher si loing & auec si peu d’avantage, c’est un faict sans aucun exemple, ou pour le moins extremement rare, lors particulièrement qu’on n’y est point enuoyé, ni gagé pour cet effect.
‘{ La 7e, que le fort que nous auons commencé, & doit estre parfaict au retour de monsieur Daniel, est à l’entrée du port, le plus asseuré, ie plus capable & commode qu’on puisse souhaiter. Premierement il est au commencement des terres de la Nouvelle France, & partant est très-propre à receuoir les navires de France s’il fallait relascher auant que de monter le fleuue $, Laurens. Secondement, il est entre l’Acadie & le Canada
’amue tous valeur er. En us adle ca:oldats
lu fort ss Anux qui e & les nt que t seste disle ceux LUCOU ué par taquer r cher- ’est un ins exon n’y
mencé, ur Da:uré, je Lhaiter.
sterres propre t relasaurens.
Canada
où est l’habitation de Québec, & partant trèspropre pour la communication de l’un & l’autre pais, & mesme pour y faire assembler les nauires s’il estoit besoin de les voir. Tiercement, il est en vn lieu ou il y a quantité de beaux et gros arhres, & des eaux douces en abondance. Outre cela il eut dans ie port plus de trois milles nauires, « cependant ne laisse point d’estre fort tranquille & assuré ; car l’embouchure estant si estroitte, qu’il n’y peut entrer plus d’vn navire à la fois, l’eau y est tranquille comme en un estang qui est à l’abry d’vne haute forest ; d’ailleurs, le fort est tellement placé qu’il n’y a nauire qui ne puisse estre crevé du canon qui donne dessus ce destroit au cas qu’il voulut entrer sans le congé du dit fort, & ainsi peut seruir d’azile assuré aux François s'ils estoient attaquez. Il s’y rencontre encor beaucoup d’autres commoditez, mais ie sevois trop long à les deduire : comme aussi si ie voulais marquer par le meme le soin amoureux qu’a eu de nous nostre bon Dieu, comme il nous delivra du poison de nos captifs escossois, comme il nous obligea tous à nous confesser enuoyant une tempeste qui choquoit à chaque vague notre vaisseau, & à chaque coup le brisait et creuait contre vn rocher ; & puis nous ayant contraincets de nous abandonner à sa mercy, il porta vn Pere Jesuitte à mettre dans cette mer enragée vn reliquaire garni d’vn morceau de la saincte Croix, ce qui nous donna le calme.
‘Ie ne puis non plus m’arrester à descrire comment s’est faict, qu’vn petit Sauuage ayant receu en la teste de grands £oups de hache fut
guari quand vn Pere Jesuitte l’eut beni & faict quelque vœu pour luy. Aussi peu comme vn vieux sorcier aagé d’environ 90 ans, qui estoit comme le grand Prestre de ces misérables Sauvages, se convertit, & de son propre mouvement se mit à brusler tous les outils dont il se servait au culte du diable; ie pourrois estre ennuyeux si ie disois tout ce que ie sçay, neantauoins ie ne peux que ji; ne regouste encor vne fois le traict de douceur que la divine bonté nous fit sentir en allant.
‘ La trauerse de Dieppe en ce nouveau puis tirant en si grande longueur, que quelque einq mois se sont passez à la faire (ce qui se faict d’ordinaire en un mois) nostre général estoit contrainct de faire tenir les viures fort courts ; & comme si Dieu nous eust voulu faire la mesme faueur qu’il fit autre-fois an peuple d’Israël lors qu’ii le tenait dans le desert, & l’empeschait d’auancer deuers la terre promise, voyant qu’on ne distribuait quasi plus de pain à manger, fit venir une grosse trouppe d’excellents poissons, qui suiuit iou: et nuit le nauire & ce en si grande affluence qu’on les prenait comme en vn reseruoir à mesure qu’il fallai, disner ou souper, Je dis à chaque iour ou repas, eéar comme la manne se cueillait tous les iourf, & ne se gardait point, de mesr cette manne rnovuelle se cueillait tous les iours & ne se gardait point, & estoit ce poisson nommé la bonite (1) ou grande aureille, à cause
(1) La bonite ou bunito. Sarda Mediterranea. Un peu plus gros que la morue. Du genre des thons,
d’un lors 4 carpe senti souti du G comm ment saire. conte que n disoid allons
cortes vaisse fut pr rens | point la Roc de ce tellem SÇay P estoit peu er
faict e vn stoit Saunent rvait yeux 6e ne raict ir en
puis cinq d’orcon- 8 ; & esme 1 lors t d’a- )n ne enir , qui ande ruoir dis à ne se nt, de is les isson ause
n peu
d’un grand aisleron, qui s’esleue vers sa teste lors qu’il nage ; il est plus gros que nos grosses carpes. Or comme si cette benite trouppe eust senti qu’il n’estoit plus de besoin que sa mort soutint notre vie, aussi tost que nous fusmes prez du Grand Bane, ou l’on pesche la molluë, eile commença à nous quitter, nous laissant un sentiment de la bonté de nostre Seigneur aussi doux que ce délicieux secours nous auait esté ngcessaire. Ce souvenir m’est si agreable que ie serois content de faire un recueil de tous les discours que nos gens tenoient sur ces poissons, comme ils disoient alions au viuier que Dieu nous a donné, allons prendre le disner que Dieu nous a préparé, allons receuoir ce qu’il nous enuoye. Toutefois il y à encore plus de plaisir, plus de douceur & de consolation à considérer vn peu la prudence de Dieu sur la conduite de notre voyage.
‘ Le dessein de la Compagnie & de nostre général estoit d’aller à Québec & ce pendant, si Dieu par la contrariété des vents ne l’eust empesché ; comme il estoit demeuré seul sans l’escortes des nauires du roy, & mesme de tous ses vaisseaux, il estoit presque impossible qu’il ne fut prins des Anglois, qui auoient dans S. Laurens huict fort navires, & quand il ne ies eust point rencontrez ayant attendu si long temps à la Rochelle, il n’eust sceu secourir les François de ce quartier ; & qui pis est, l’Ecossois se fut tellement fortifié le reste de l’année, que je ne sçay pas si on l’eust pu auoir par après, veu qu’il estoit desià en tel estat, que le canon ne l’eust peu endommager du costé de l’eau tant il s’estoit
bien covuert de gazon ; & pour ce qui est du costé de terre ses retranchements s’étoient tellement haussez en huict ou dix iours qu’on avait tardé de les venir reuoir, que nostre capitaine les ayant esté reconnaistre luy-mesme auant que d’en faire les approches iugea que les eschelles qu’il avait fait faire suiuant le rapport de ses gens, estoient desormais trop courtes de 3 ou 4 pieds et partant fut contrainct d’en faire despecher quantité d’autres d’environ dix à douze pieds. Je vous laisse à penser ce qu’il eust fait tout le long de c2t hyuer iusqu’à ce qu’on eust eu la commodité de l’aller visiter, & en quel poinct de force il se fust mis, puis qu’en si peu de temps il auait tant auancé. Il n’eust pas esté possible de le tirer de la citadelle : car il auoit des vivres pour plus de deux ans, & en prenoit encore tous les jours à nos pescheurs, tesmoin celuy qui fut trouué prisonnier jusqu’à ce que son maistre eust rendu le canon qu’il auait, & payé pour deux mois de viures avec la dixme de tout ce qu’il pescherait. Il auait deux excellents moulins à bras, une forge, du fer en quantité, des carrières de charbon de terre contre luy, du cuir, de quoy faire de la biere, bref toute sorte de commoditez, d’outils, d’instruments & d’ouuriers. D'ailleurs s’estant transporté en ce païs par vn zele tres-ardent de sa fausse religion, l’ayant receu en don du roy d'Angleterre qui la nomme Nova Scotia (1) dans son breuet, l’ayantdis-je auec-
(1) Jacques I, roi d’Ecosse et d'Angleterre, avait désigné l’Acadie sous le nom de Nouvelle- Ecosse, huit ou neuf années avant 1629,
ques semb sion, çois, ( & hot donn.
païs à comm tient :
pas ai qui lu pouua qui l’ faire 1 gaster tres-ze tendu pas es quante assez d ments ( eust vo donné.
manqué poar le Dieu r:1 posant nostre « S’adr compag Malapai Compag celuy qi
costé ment sardé e les
que elles e ses ou 4
desdouze t fait | eust quel si peu 18 esté auoit renoit smoin e que ait, & me de lents é, des
cuir, e comriers.
ar vn ayant omme B auecC-
it désiuit ou
ques pouuoir d’y mettre telles loix que bon luy sembleroit, & comme il se voit par sa comimission, d’exiger de si grands imposts sur les François, en un mot se promettant de si grands profits & honneurs de cette entreprise, qu’il auait abandonné la baronnie d’Ochiltrie nour posséder ce païs à guise d’un petit roy de la nouvelle Ecosse, comme ses ancestres l’auaient esté de celle que tient maintenant l’Anglois, sans doute, il n’eust pas aisément quitté toutes ces belles prétentions, qui luy auaient cousté desià si cher, & ainsi il ne pouuait que donner beaucoup de peine à ceux qui l’euessent voulu par après deposseder, & faire bien du mal à nos pauvres pescheurs, et gaster tout ce païs d’vne heresie à laquelle il est tres-zelé, & bien versé, parle bien latin, & est entendu en quantité de sciences, & ce mal n’eust pas esté pour peu de temps, car enuiron cinquante ans dont il est aagé, luy ont peu fournir assez de ruses pour se deffaire des commandements du roy d'Angleterre au ras qu’il luy en
eust voulu faire pour quitter ce qu'il luy auait | donné. A tout le moins « eur n’eust pas manqué à demander bouu: leniers pour les frais qu’il eust deu auo: \insi Dieu rous est bien souvent plus favoi s’0
posant à nos desseins, qu’en les conduisant seloi nostre desir.??
S’adressant aux directeurs et associés compagnie de la Nouvelle-France, le sieur de Malapart continue: ‘‘... Quand vostre pie Compagnie n’apporteroit iamais autre bien celuy qu’à produit l’action heroïque de monsieur
Re me.
Daniel, il ne fera iamais que la France n’aye suject de benir tous ceux qui l’ont erigée... Pour moy il faut que je vous ouvre franchement mon cœur, ie perdis il y a enuiron dix-huict mois vn œil, & quasi vne de mes mains sur le suiet qui vous lie ensemble & conjoint d’un sainet desir ; ie considere neantmoins ces espreuues pour faveurs... ie m’estime dès maintenant assez bien recompensé de la part que Dieu m’a donnée en la gloire de ve dernier exploit..….??
Le même adresse au capitaine Daniel un dizain gracieusement tourné : —
Monsieur ie crains bien fort que vostre modestie N'aye pas pris plaisir à lire ce discours,
Mais si cette vertu tient en vous amortie
Toute la vanité, l’idole de nos iours,
Au moins laissez le cours libre à la vérité, Laissez aller le los à qui l’a mérité.
Que si vous ne voulez cet acte de justice,
Et aymez mieux me veoir exercer la milice,
Dittes-moi au plustost : ‘ Soldat : l’espée au poing ! ”
Et vous verrez bien tost que ie n’escriray point. Votre plus obéissant
soldat & serviteur, ANDRE MALAPART (1).
Mais le lord Ochiltrie à ia parole à son tour. Voici sa réponse :—
“La barbare et perfide conduite des Français envers le lord Ochiltrie dans l’île du Cap-Breton,
nine
(1) En 1635, Malapart était aux Trois-Rivières ; en 1639 il y commandait et non pas en 1649 comme portent certaines listes,
prouv “Vers Danie] vingta sauvag Breton qui les nourri dans 1a missiot chalou; ferma « boisson contre et six € Ochiltr étant é] Ochiltr avec le Capitai:
} fit déch:
pes pot Jomme du fort rieur qt demand.
étaient
eux étai deux roi Çais, qu’?
amis ; il bienvent tendait ]
, SU- Pour mon $ vn ÿ qui esir ; r fabien :e el
lizain
bing ! ”
\ tour.
ançais reton,
es ; en bortent
prouvée en la cour d’amirauté de Dieppe.”’— “Vers le 10 septembre ou environ, un capitaine Daniel, habitant de Dieppe, accompagné de trois vingtaines de soldats et d’un certain nombre de sauvages en six chaloupes, vint à la côte de Cap- Breton et surprit deux chaloupes et six pêcheurs qui les montaient, qui étaient à pêcher pour la nourriture du dit lord Ochiltrie et de sa colonie, dans laquelle il à été envoyé en vertu de la commission du roi d'Angleterre. Ayant surpris les chaloupes, il s’empara des pêcheurs et les enferma dans une île de l’ouest, sans viande, saus boisson, sans feu, sans maison, sans aucun abri contre la pluie et le froid. Puis, avec ses soldats et six chaloupes, il entra dans le port, le dit lord Ochiltrie et la majeure partie de ses hommes étant éloignés par leurs occupations. Le dit lord Ochiltrie, les voyant arriver à son fort et pensant avec le peu de monde qui s’y trouvait que le dit capitaiue Daniel et ses gens étaient des sauvages, fit décharger quelques mousquets sur les chaloupes pour leur faire déclarer qui ils étaient. Comme ils ne s’approchaient pas immédiatement du fort et que lord Ochilirie trouvait à leur extérieur qu’ils n'étaient pas des sauvages, il leur demanda qui ils étaient. Ils répondirent qu’ils étaient Français, ils dirent que les Français et eux étaient amis, à cause de la paix entre les deux rois ; ils répliquèrent qu'ils étaient Français, qu’ils connaissaient la paix &t étaient leurs amis ; il dit alors qu’en res termes ils étaient bienvenus. Aussitôt qu’ils entrèrent (l’on n’attendait pas de procédés nuisibles après les paro-
les qui s’étaient échangées) il s’emparèrent d’eux tous, ïes désarmèrent, les rassemblèrent avec toutes leurs marchandises, chassèrent les pauvres gens du fort et les exposèrent sans abri ni couvert, et sans vêtement à la merci de la pluie et du vent froid qui étaient excessifs à cette époque, de sorte que ces malheureux (parmi lesquels des vieillards, des femmes, des mères avec leurs enfants et de jeunes enfants à leur sein) ces malheureux, dis-je, furent forcés de renverser la carcasse d’une vieille chaloupe et re s’y blottir en rampant pour sauver leurs vies de la rigueur du froid et de la piuie qui était extrême à cette place. Ensuite, le dit capitaine Daniel et son monde entrèrent dans le flibot que le dit lord Ochiltrie avait là, s’emparèrent de toutes les marchandises et immédiatement ils vidercutavec gloutonnerie trois barriques de vin, deux barriques de cidre fort et toute la bière que l’on avait conservée, n’en réservant p2s assez pour faire vivre le dit lord Orkiïicrie et ses gens pendant leur voyage en France, de sorte qu’ils furent forcés de boire fe l’eau puante au grand détriment de lord Osailtrie qui en tomba malade ef de beaucoup äe ses gens, sujets de Sa Majesté, qui per: dizent la vie. Ils enlevèrent du vaisseau du dit ‘ord Ochiltrie les couleurs de Sa Majesté, les foulèrent aux pieds et hissèrent les couleurs du roi de France avec un tel dédaïin que chose semblable n’a jamais été vue ni lue dans le cours d’une paix existant entre deux rois. Après peu de jours, ils expédièrent la majeure partie des gens du dit lord Ochiltrie dans des chaloupes, envi-
aleur par
ron t le na trent aux à n’aya du p:
d’aya ou se barba tiens ‘ avec leurs :
Schibc la nuil abri, I:
causa Ochilt:
LS St D L Son arr vint à:
d’Angl en tem] de six « rent for blemen beaucot que, pai Ochiltri tures de garantir
lord Och justices
eux avec pauri ni pluie époquels leurs ;, malà CaTrir en ur du cette at son t lord tes les
n avait r faire endant nt forriment e beaui perdu dit es foudu roi emblad’une peu de Ps gens , envi
ron trente lieues par mer, à Schibo où mouillait le navire du dit capitaine Daniel, et pendant ces trente lieues, ils firent travailler les pauvres gens aux avirous comme s'ils eussentété des esclaves, n'ayant pour vivre pendant tout ce temps que du pain et de l’eau et beaucoup d’entre eux d’ayant pas de vêtement pour couvrir leur nudité ou se préserver du froid. De quelle plus grande barbarie le Turc pourrait-il user contre des chrétiens ? Peu de jours après, le dit lorä Ochiltrie, avec deux ou trois gentilshommes anglais et leurs femmes furent emmenés en chaloupe au dit Schibo, et, la tempête les ayant forcés d’attérir la nuit, ils couchèrent sur la terre froide sans abri, la pluie tombant à torrents sur eux, ce qui causa une m2iadie extraordinaire au dit l57
Ochiltrie qui contracta un flux de saug dont il
ï'est pas probable qu’ii soit bientôt délivré. Dès
ea
| son arrivé à Schibo et dès que le capitaine Daniel
vint à son vaisseau, il y hissa les couleurs du roi
| d'Angleterre comme sur une prise, acte inusité
en temps de paix. À Schibo, pendant l’espace de six ou sept semaines, tous les malheureux furent forcés comme des esclaves à travailler péniblement, étant au pain et à l’eau seulement, et beaucoup étant nus et sans vêtements, de sorte que, par pitié pour ces pauvres gens, le dit lord Ochiltrie fut contraint de leur donner les couvertures de son lit pour cov7rir jeur nudité et les garantir en partie de la rigueur du froid, et de
Aleur partager les draps de son lits, Quand le dit
lord Ochiltrie et ses gens eurent enduré ces ir justices et ces misères pendant l’espace de deux
mois, ils ‘irent tous embarqués dans le vaisseau du dit capitaine Daniel, cinquante hommes, femmes et enfants étaient enfermés dans la cale du vaisseau dans un réduit si étroit qu’ils étaient forcés de coucher les uns sur les autres comme s’ils eussent été des poissons, couchant dans leurs propres immondices et nourris au pain et à l’eau, de sorte que par la faim et par l’odeur pestiférée de leurs propres ordures beaucoup d’entre eux voir furent jetés à la mer ; la famine faisant perdre le lait de leurs mères, les pauvres petits enfants perdirent la vie et furent jetés à la mer. En ce temps, le dit lord Ochiltrie, affecté d’un flux de sang, fut alors qu’il réclamait contre le traitement infligé à ses gens, menacé d’avoir la gorge coupée et de recevoir un coup de pistolet ; le domestique qui le soignait dans sa maladie fut empêché de venir Jui donner un verre d’eau ; ses coffres, avec ses vêtements et ses papiers, qui seuls n’avaient pas encore été fouillés et saisis, furent Lis et ouverts et ses quittances de grandes sommes d'argent qu’il avait payées, les reconnaissances de sommes prêtées, ses titres de
créances sur les terres de ses amis furent pris par |
le dit capitaine Daniel et jetés à la mer. Et pour couronner le reste des insolences du dit capitaine Daniel, devan: le sergent-major de Dieppe, monsieur Schobnell (1),ilaappeléle roi d'A gleterre un usurpateur. Dans cete action, le dit lord Ochiltrie à prouvé que, partie pour les marchan-
* (1) On croit qu’il s’agit de Channel, d’une famille bourgeoise de Dieppe,
dises dant préci préju Le di son « Diep] prisot
« été :
l’am b:
ses off fendu Sa M:
rien d« plus à de Sa ] tion de leur vé en y joi pu enc ments seur ; 3 employ en Amé avec de Cap-Bré née pou gleterre bare et d’amira France, tédé au Aussi, le
seau feme du aient
mme leurs l'eau, iférée e eux t perts ena mer.
; d’un itre le roir la stolet ; die fut AU ; ses »
rs, qui saisis, e granles retres de bris par À Et pour pitaine e, MmOnpleterre dit lord!
archan-
e famille
dises qui lui ont été prises, pour ses pertes pendant son voyage, et pour la valeur des quittances précités qui ont été jetées à la mer, il éprouve un préjudice d’environ vingt mille livres sterling. Le dit lord Ochiltrie a prouvé cette relation dans son entier devant la cour de l’amirauté de Dieppe ; a obtenu sentence sur ce et étant gardé prisonnier enfermé à Dieppe pendant un mois, il « été appelé devant ses juges par l’entremise de l'ambassadeur de Sa Majesté. On lui a objecté ses offenses contre le roi de France; il s’est défendu en invoquant la mission à lui donnée par Sa Majesté, qu’il n’a jamais transgressée pour rien de contraire ; et comme on n’avait rien de plus à dire contre lui il a été remis à l’ambassade de Sa Majesté. Il a présenté au Conseil sa relation des torts et pertes qu’il a éprouvés, avec leur vérification à la cour d’amirauté de Dieppe, en y joignant la sentence des juges. Mais il n’a pu encore avoir réparation de ses griefs, paiements de ses pertes, ou punition de son agresseur ; au contraire, le dit capitaine Daniel est employé par une nouvelle commission pour aller en Amérique sur un vaisseau du roi de France avec deux autres, pour assurer la possession du Cap-Breton, et l’île de Cap-Breton lui a été donnée pour les injures qu’il a faites au roi d’Angleterre et à ses sujets. Et, ce qui est plus barbare et plus injuste encore, la sentence de la cour d’amirauté qu’il à présentée au Conseil de France, on refuse de la lui rendre, par un procédé aussi odieux qu’on puisse le consigner.
jAussi, lord Ochiltrie est forcé d’avoir recours à
Sa Majesté, et son humble désir est :—Qu'’il plaise à Sa Majesté prendre ses griefs et pertes en sa princière et royale considération et qu’il lui plaise y pourvoir par tel remède qui, dans son jugement souverain, se trouvera le plus convenable, Et pour la vérité de sa relation, il est prêt à en répondre sur sa vie ; et en même temps il s’en remet pour le prouver à la relation du capitaine Constance Ferrer, (1) du lieutenant Thomas (2) Stewart, de Henry Pew, gentilhomme, et de tels autres qu’on trouvera et qui étaient témoins des dits faits :—et qu’il plaise à Sa Gracieuse Majesté de les faire appeler pour vérifier ce récit, en témoignage de la vérité duquel le dit lord Ochiltrie à signé ces présentes. (Signé) J. L. Ochiltrie.”?
Avant que de reparler de cette affaire, il est bon de savoir ce qui se passait à Québec :
Dans l’Histoire des Canadiens-Français (IT, 37), j'ai tâché de faire la liste des Français demeurés à Québec durant l’occupation de Kertk. La voici: Des vingt personnes du sexe masculin dont la présence est constatée, dans l’intervalle de 1608 à 1628, cinq repassèrent en France.
Mais devaient revenir ; ce sont: Samuel de Champlain, Olivier le Tardif, Thierry Desdames, Jean-Paul Godefroy et Robert Giffard.
Hébert et Jonquest étaient décédés. Les treize qui restaient au Canada étaient: Nico-
(1) Il existe une pétition de lui demandantuneindemnité pour les pertes subies en cette occasion, (2) Fils de lord Ochiltrie,
las }
ne HE Couil Hébe gueri Marg:
Anne, Piveri leur n
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las Marsolet, interprète non encore marié, Etienne Brulé, interprète et célibataire, Guillaume Couillard, artisan et cultivateur, Guillemette Hébert, sa femme et leurs enfants ; Louise, Marguerite, Louise (1); Abraham Martin, pilote, Marguerite Langlois, sa femme et leurs enfants : Anne, lustache, Marguerite, Hélène ; Nicolas Pivert (2), Marguerite Lesage, sa femme avec leur nièce et un jeune homme ; Pierre Desportes,
1 Françoise Langlois, sa femme et leur fille Hélè-
ne ; Jacques Hertel, interprète resté chez les sauvages, non encore marié ; Jean Nicolet, interprète resté chez les Algonquins de l’Ottawa, non encore marié ; Adrien Duchesne, chirurgien. et sa femme de nom inconnu ; Jean Godefroy, interprète resté chez les sauvages, non encore marié ; Thomas Godefroy, interprète et célibataire ; Guillaume Hubou, cultivateur marié à Marie Rollet, veuve de Louis Hébert, et un enfant : Guillaume Hébert; François Marguerie, interprète resté chez les sauvages et non encore marié. En tout, trente-et-une personnes. Ceux qui restaient dans le pays formaient déjà depuis quelques années la partie stable de la population. Il est donc faux de dire que le Canada fût ibandonné de ses habitants. D’autres Français, qui ne devaient pas faire soucleici, continuèrent à y résider sous les Eertk. Ce sont : Gros-Jean, de Dieppe, interprète des Algonquins, ami des
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(1) Eliss beth fut baptisée le 9 février 1631. (2) Ramené à Québec par les Anglais, après avoir été pris au cap Tourmente,
Anglais ; Le Baillif, natif d'Amiens, arrivé en 1522 en qualité de sous-commis et chassé par de Caen ‘pour être grandement vicieux ; ?” il se donna aux Kertk, qui en firent leur commis et lui confièrent les clefs du magasin des Français, qu’il avait eu la précaution de se faire remettre afin de se venger de de Caen. On l’accuse d’avoir enlevé à Corneille, sous-commis, cent livres en or et en argent, outre certains effets ; c’est lui, dit-on, qui s’empara des vases sacrés de l’église de Québec ; les Anglais finirent par s’indigner de sa conduite scandaleuse. Le Baillif maltraita tant qu’il le put les familles qui n’avaient point voulu repasser en France, Pierre Reye ou Raye, charron, natif de Paris, qualifié par Champlain de ‘‘ renégat, perfide, traître et méchant ??, passa également au service des Kertk. Un nommé Jacques Couillard, sieur de l’Epinay, capturé par Thomas Kertk, comme il arrivait de France, fut conduit à Québec. Des hommes, l’un appelé LeCoeq, charpentier, et l’autre Froidemouche,
envoyés de la Malbaie à Québec par Emerie de &
Caen, se firent prendre par les An,lais de Québec, qui les gardèrent pour les faire travailler. Sur un navire de Roquemont, le sieur Le Faucheur, bourgeois e Paris, qui se rendait à Qué: bec avec sa famille, fut pris, et probablement renvoyé en Europe. Celui-ci peut être regardé comme le premier colon que tenta de nous en:
voyer la compagnie des Cent Associés.
Dans l’automne de 1630, on reçut à Paris des nouvelles de Québec par devx Français qui avaient passé par Londres. L’un était charpen:
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passa rassés de ce que la capture de Québec eût eu lieu ommé après la signature dela paix. Lorsqu'il eût passé ré par quelque temps à Londres, il en repartit pour la ce, fut Æ France, avec la permission de M. de Châteauneuf, appelé l’ambassadeur de Louis XIII, ayant obtenu parole ouche, que le fort et l’habitation de Québec seraient resrie de $ titués par l’Angleterre. C’est le cas de dire ici, > Qué- comme dans les procès-verbaux de nos chambres ailler. B d’assemblées : ‘ Et des débats s’ensuivirent ??, car e Fau-Æ tout ce qui était Aéjà arrangé se trouva dérangé. x Qué-B M. de Châteauneuf fut rappelé incontinent et nt ren-B remplacé par M. de Fontenay-Mareuil. Dans egardt® l’hiver de 1629-30, le docteur André Daniel], frère bus er-B aîné du capitaine Charles Daniel, alla négocier à
Londres, avec l’aide du nouvel ambassadeur, ris des® pour obtenir le reddition du Canada et régler his quil l'affaire du seigneur écossais, sans savoir que harper@ Charles I tenait en réserve une carte de son jeu
qui transformerait à un moment donné toute la
situation. Un diplomate habile peut encore gagner beaucoup, même lorsqu'il est battu.
Richelieu, créé premier ministre en 162$, n’eût pas plutôt écrasé le parti protestant à la Rochelle, au’il tourna les armes de la France vers l’extérieur, en affermissaut le duc de Nevers dans les importantes positions de Mantoue et de Montferrat (1630) ; puis, absorbé par la politique intérieure du rovrume, il triomphait de nouveau de ses enne”uis pe) sonnels à ia ‘‘ journée des dupcs ??, le 11 novembre 1630, forçant Gaston d'Orléans et Marie de Médicis à quitter la France. Etaitce bien le moment de lui rappeler le Canada ? Ce qui est certain, c’est qu’il n’y pensa plus jamais autant au’autrefois, depuis l’heure où il embrassa l’Europe dans ses projets.
Des vaisseaux devaient partir de Diepove, le 20 février 1630, pour le golfe Saint-Laurent. Le 7 avril, ordre était donné de mettre six navires sous voiles dans six semaines, et de les diriger vers le Canada, savoir : l’un commandé par le chevalier de Montigny, amiral de cette flotte, et les autres par le chevalier de Saint-Clair (ou Montclair), le sieur de Nest de Fécamp, le sieur “e Lombards, le capitaine Daniel et le capitaine Arnaud. Je ne sais ce qui résulta de ces prépa-
ratifs, mais en cette année il n’est fait mention À
que de deux navires français qui parvinrent en Acadie. Les Basques et les autres bâtiments pêcheurs qui, de temps immémorial, fréquentaient les eaux du golfe sans trop s’occuper des luttes entre les couronnes, continuaient leurs opérations en dépit des Anglais.
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D'une part, la compagnie des Cent Associés avait à cœur de se refaire de ses pertes d’argent Champlain appuyait dans ce sens, afin de reprendre le travail de la colonisation, qui était le grand but de sa vie ; Richelieu était engagé d’honneur à ne point laisser jete” au panier le traité de Suze, si explicite à l’endroit des prises faites après le 24 avril 1629, D'un autre côté, lesentiment hostile aux colonies, dont le ministre de Henri IV, Sully, avait été l’expression en son temps existait toujours ; on discutait en France, en l’année 1630, pour savoir s’il fallait garder le Canada, tout comme en notre siècle le peuple anglais se pose la question de savoir s’il vaut mieux soutenir ses établissements lointains que de les abandonner. De Caen demandait que les Anglais lui rendissent les pelleteries qu’ils avaient enlevées à la faveur des troubles et de la prise de Québec, Se croyant bien certain du prompt retour de cette place à la France, et, voulant en finir avec les réclamations de ce marchand, Richelieu permit à de Caen d’exploiter le golfe aussi bien que le fleuve durant une année, ce que les Anglais empêchèrent, comme on le verra. Les Kertk fai-
| saient un commerce profitable ; ils se montraient
disposés à tenir bon dans leurs postes, même à résister aux ordres de se retirer, s’il leur en Charles I reprochait à la France l’attaque du capitaine Daniel
contre lord Stuart, et voyant Richelieu fort
occupé en Europe, il feignait de ne pas vouloir céder un pouce de terrain ni un ballot de marchandises. Ainsi s’écoula l’année 1630,
Aitendant toujours la lettre écrite qui devait leur rendre le Saint-Laurent, les Cent Associés se décidèrent néanmoins à faire acte d’occupation. Le 25 mars 1631, le capitaine Hubert Anselme partit de Dieppe en destination de Tadoussac, et relâcha à Miscou pour éviter les Anglais, car il venait d'apprendre de quelle manière il serait reçu par eux dans le fleuve. Il ne paraît pas avoir dépassé Miscou, côte de Gaspé. Au mois d’avril, le capitaine Laurent Ferchaud mit à la voile, de Bordeaux, et eingla vers l’Acadie, où il retourna trois fois dans le cours de cette année, ravitaillant chaque fois le poste français du cp Sable, y transportant des colons et des religieux. Ce fut le seul succès des Cent Associés en 1631.
Le capitaine Danielavait pris la mer le 26 avril pour se rendre à Sainte-Anne du cap Breton.
Arrivé près de Terre-Neuve, il eut connaissance d’un pirate turc et voulut lui donner la chasse; mais celui-ci, ne se voyant pas de force à résister, vira de bord et alla se jeter sur un bâtiment
basque, où il perdit son drapeau, sans toutefois
se faire prendre lui-même. Daniel s'arrêta à Sainte-Anne et envoya Michel Gallois à la traite de Miscou sur son propre navire, Gallois rencontra dans ces parages un frère du capitaine Dumay, qui montait une barque de trente-cinq
tonneaux seulement, équipée au Havre-de:- Grâce. Tous deux s’entendirent pour intimider
les Basques qui exploitaient les pêcheries sans l’autorisation des Cent-Associés, et ils mirent d’abord la main sur le capitaine Joannis Arnar-
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