‹ Pages d'histoire du Canada [microforme]Chapitre 15 sur 53 · EE PER RE ET PT · texte numérisé non relu

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assassinaient sans pitié. La situation était insoutenable. Pour vivre tranquille il fallait chasser ces brigands. Il vaut mieux, dit le vulgaire, tuer le diable que de 8e faire tuer par lui.

A cela, on me répond que les Iroquois ne furent pas chassés par le combat de 1609. Cette observation vaut les autres, c’est-à-dire qu’elle procède d’une confusion de faits et de dates. Les coups d’arquebuse tirés par Champlain (1609-1®) produisirent l’effet désiré. (1) Les Iroquois s’abstinrent de reparaître sur le Saint-Laurent durant nombre d’années. On en profita pour faire des découvertes et pour étendre le nom français à trois cents lieues de Québec. C’est vers 1640 que la guerre recommença.

Où étaient les Hollandais et les Anglais en 1609 ? Pas au lac Champlain, pas même sur les rivages de l’Atlantique. Lorsqu'ils abordèrent dans le Massachusetts et l'Etat de New-York, ils ne tentèrent pas d’opérer des découvertes, ils voulurent seulement faire du commerce et pour cela se créer des amis chez les Sauvages qui les avoisinaient; ils donnèrent des fusils, de la poudre et du plomb aux Iroquois, ce que Champlain n’avait jamais fait pour les Sauvages ses alliés, qu’on le remarque bien.

Avec l’aide des Hollandais et des Anglais, les

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Français vers les grands lacs et attaquer les Hurons, peuple du Haut-Canada ami des Français.

M. Murray dit que si les Iroquois firent la guerre à la colonie française ce fut à cause du coup de fusil de 1609. D’abord il n’existe pas de mention d’un tel souvenir dans l’esprit des Iroquois après 1609 ; nous savons très bien pourquoi la guerre devint sérieuse à partir de 1636-40. Il ne faut pas confondre des événements si distinets et si distants les uns des autres.

J’allais oublier de vous dire que, en 1615, les Hollandais de l’Hudson s’unirent aux Iroquois contre des peuples qui étaient en brouille avec ceux-ci ; trois de ces Européens furent faits prisonniers, après avoir tiré leur petit coup de fusil sur ‘‘de pauvres Sauvages innocents?’ comme dirait M. Murray. Le sujet est à méditer. Pourquoi ces Hollandais qui ne devaient craindre ni les Hurons, ni les alliés de ceux-ci, à cause de leur position géographique et leur éloignement, pourquoi entretenaient-ils la haine entre ces nations ? Ce n’était plus comme Champlain, menacé sur le Saint-Laurent et jusqu’à la porte de sa maison de Québec, car personne n’allait empêcher sur l’Hudson la traite des Hollandais.

Ceux qui ont écrit que Champlain eût dû se concilier l’affection des Iroquois ‘‘ comme le faisaiert les Hollandais ”’, perdent de vue que ces derniers se sont joints en effet aux Troquois, mais poux faire la guerre aux autres Sauvages !

Champlain ayant remporté une victoire en tuant deux ou trois chefs Agniers, s’est montré assez magnanime pour D pas les faire rôtir et

les manger. C’est un bon point dont M. Murray ne tient pas compte. Les trois Hollandais capturés par les Chouanons ou les Andastes, tel qu’expliqué plus haut, ne furent pas mangés non plus, car ces Sauvages, les prenant pour des Français, dont ils avaient entendu parler favorablement par les Hurons, les rendirent à la liberté. La reconnaissance des Hollandais se manifesta par la vente des armes à feu aux Iroquois, ce qui amena la destruction de tous les peuples de ja Pennsylvanie.

En bref, d’après M. Murray, Champlain dés-

ristianisme lorsqu'il tire sur les Sau- !

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vages qui le menacent lui et ses alliés ; les Hollandaiïs fout œuvre de courage en tirant sur les

ennemis des Iroquois ; les Anglais qui vendent |

des fusils aux Iroquois ne sont que d’honnêtes commerçants.

Mais il y a plus : le coup d’arquebuse de 1609 ‘a fait perdre un continent à la France ?’ affirme M. Murray. Là! il n’y a point d’histoire du Canada maintenant ; ce ne sont plus ces Français négligents qui, après avoir découvert et possédé les sept-huitièmes du continent en question, l’ont laissé prendre par les troupes anglaises, non!

c’est la faute à Champlain, à son coup de fusil etk

à son manque d’esprit chrétien. Tout ce qui s’est passé entre le lac Champlain, ia Louisiane et les Montagnes Rocheuses, de 1610 à 1760, ne compte pas—il ne faut voir que les quatre balles dont Champlain avait chargé son bâton à feu.

Et c’est pourquoi l’acte de 1609 ‘n’est pas seule ment un crime, mais une faute politique, ??

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Du moment que toute l’histoire du Canada ne consiste plus que dans l’aventure du lac Champlain, je crois en effet que c'était là un political blunder de première importance, et son auteur à eu grandement tort de méconnaître la ‘‘ puissance incomparable?” d’une nation qui n’était pas organisée, qui depuis vingt ou trente ans se faisait

battre partout, et Gont, ‘‘ la renommée s’étendait

au loin, comme ses conquêtes.” Tout cela arrive, pour M. Murray, un demi-siècle avant le temps, atin de montrer qu’il n’y à pas d’histoire du Canada et que le blunder de 1609 dit tout, renferme tout, règle tout. C’est amusant.

Il y aurait un volume à écrire en reprenant les idées exprimées par les écrivains sur certains

à faits de l’histoire ‘u Canada, et toujours on ver-

rait que l’erreur provient d’un manque de connaissance des choses de l’époque dont il est question. Des phrases qui passent d’un livre à un autre et deviennent comme inattaquables parce qu’on les retrouve partout, renferment de

à grosses bévues, mais n’allez pas en rire, Car vous

passeriez pour un ignorant, alors que ‘‘tout le monde sait à quoi s’en tenir sur le sujet.??

Champlain a dû songer aux con<“quences de sa visite au lac qu’il voulait découvrir, puisqu”’il révélait le centre d’un continent, mais qu’il se Lsoit laissé cribler par les flèches des Iroquois qu’il rencontra en ce lieu, uniquement pour ne pas détruire une vaste colonie française qui n’était pas encore fondée, c’est plus que le cerveau d’un homme de 1609 ne pouvait concevoir.

On ne fait pas de découverte de pays sans qu’il

en coûte à quelqu'un, et ce n’est pas l’habitude des hommes qui s’enfoncent dans les régions inconnues de trembler devant un ennemi. Champlain savait de plus que les Iroquois étaient les auteurs de mille mauvais coups dont les Algonquins se plaignaient ; or, les Sauvages de Québec ne pouvaient continuer à être molestés sans que les Français en souffrissent. A tous les titres notre cxplorateur avait ie droit de prendre les armes, et dans sa position il agissait avec sagesse en faisant parler la poudre.

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Le premier établissement stable des Français sur le Saint-Laurent fut celui de Québec, commencé le 3 juillet 1608. Depuis soixante et quinze ans le fleuve était connu des navigateurs, mais aucun d’eux n’y avait formé de poste qui eût eu plus de six mois de durée. C’est avec Champlain seulement que s'ouvre l’histoire des premiers Européens fixés au Canada.

Des vingt-huit hommes qui restèrent à Québec, l’automne de 1608. il en m'urut vingt durant l’hiver. Les noms de quatre des survivants nous ont été conservés : Samuel de Champlain, Nicolas Marsolet, Etienne Bruié, et le pilote Laroute.

Champlain mourut à Québec vingt-sept ans plus tard, sans laisser de famille. Laroute ne reparaît plus dans nos annales après 1610. Brulé ne se maria point ; il fut mangé par les Hurons vers 1634, Marsolet a vécu jusqu’à 1677, et sa descendance est encore parmi nous.

Brulé et Marsoiet furent des interprètes marquants. L’un fréquenta de préférence le pays des grands lacs ; l’autre connut surtout les peuples du Saguenay et prit Tadoussac pour base de ses opérations.

Brulé, né en 1587, était de Champigny, près de Paris. Marsolet venait de Rouen, en Normandie;

il était né vers 1587. Dans certains actes on lui donne le surnom de sieur de Saint-Agnan (parfois il signe de ce seul nom) et on le qualifie d’honorable homme, grand terme de considération à cette époque.

Au retour de la seconde expédition contre les Iroquois (juin 1610), Champlain se trouvant sur une grande île du lac Saint-Pierre (nommée île Saint-Ignace en 1637) y rencontra des Algonquins et des Hurons. Ceux-ci lui confièrent un jeune homme de leur nation, nommé Savignon, qu’il s’engageait à conduire en France. En retour, les Sauvages acceptèrent un garçon qui avait déjà hiverné deux fois à Québec, et qui se destinait à apprendre la langue huronne, touten prenant connaissance des rivières, des lacs, du pays, des peupies et des mines de ces contrées nouvelles. Je crois que c’était Etienne Brulé, d’après les relations de Champlain qui signalent plus tard les services rendus dans cette direction par ce même interprète, à une date correspondant à celle de 1610.

Savignon revint de France avec Champlain l'été de 1611. Ils rencontrèrent à Montréal les Hurons qui descendaient en traite, ramenant le jeune Français parti avec eux l’année précédente, lsquel avait fort bien appris leur langue. On eut alors connaissante pour l4 première fois des rapports qui existaient entre les peuples de la Floride et des grands lacs, et les Sanvages affirmèrent que la rivière des Algonquins (l’Ottawa) conduisait à la mer du nord. C’étaient d’immenses espaces qui se révèlaient à l’esprit dn fonda-

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teur de Québec. Au moment de leur départ les Hurons furent suivis par un jeune Français que leur confia le capitaine Bouyer ou Boyer. l’un des traiteurs ; les Algonquins se chargèrent d’un autre, recommandé par Charplain; celui-ci se nommait Nicolas du Vignau. Le pays des Hurons était, disaient-ils, situé à cent cinquante lisues de Montréal et celui des Algonquins à quatrevingts lieues, ce qui répondait, quant à ce ‘ernier, à l’île des A!lumettes.

À partir de 1608, où Champlain rencontra sur le fleuve des marchands français venus en traite, on suit, d’année en année, les luttes d’intérêts matériels qui eurent lieu entre eux et le groupe dont Champlain peut être regardé comme le chef, quoiqu'il ne fut qu’un délégué ou principal fonctionnaire des compagnies qui l’employèrent successivement jusqu’à sa mort. En plus d’une circonstance ces compagnies même gênèrent ses mouvements, et cela.se conçoit, car les bailleurs de fonds et les gens de trafic se tenaient dans le courant des affaires de commerce, tandis que Champlain ne songeait à ces ressources qn’en autant qu’elles pouvaient aider à établir des colons à Québec. Les marchands étaient marchands et Champlain était fondateur de colonie.

Pour s’entendre avec les Sauvages, il fallait des interprètes. Ceux-ci se divisèrent naturellement en deux classes : l’une qui s’inspirait des seules nécessités de la traite, l’autre résolue &e se fixer ici et d’y vivre un jour à titre d’habitant. Ces derniers étaient fidèles à Champlain et le secondaient le plus possible. Il y eut, sans cesse,

entre ces deux clsses, un jeu d’influences qui retärda plus de vingt ans les progrès de la colonie.

Au nombre des hommes arrivés de France en 161%, se trouvait Jacaues Hertel, sieur de la Frenière, né au bourg de Fécamp, pays de Caux, en WNormanäie, l’un des bons interprètes du temps de Champlain.

L’anné 1612, Nicolas du Vignau, ‘ le plus impudent menteur qni se soit vu de longtemps,” était repassé en France, où il raconta qu’il avait visité la mer du Nord. Il n’avait cependant pas été plus loin que l’île des Allumettes, mais comme presque tous les mensonges, son récit renfermait un certain fond de vérité—il avait entendu parler de la mer en question par les Sauvages qui y étaient allés. Vignau promit de guider, moyennant récompense, ceux qui voudraient voir ces régions lointaines ; il s’y engagea par contrat, mais Champlain, qui avait conçu des soupçons touchant sa véracité, lui dit que s’il le trompait ‘il se mettait la corde au cou.” Le voyage qu’il firent ensemble à l’île des Allumettes, l’été de 1613, révéla l’imposture de Vignau, qui eut bien de la peine à empêcher les chefs de le faire rôtir et les autres Sauvages de le manger. Un interprète äu nom de Thomas les accompagnait en cette circonstance.

La compagnie formée durant l'hiver 1613-4 R

partageait ses actions entre les armateurs et marchands de Saint-Malo et Rouen—la Bretagne

et la Normandie. Bientôt les Malouins se retirè- È rent, Aussi voit-on que, à partir de cette 6po- &

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que, les employés, les commis, les ouvriers, les interprètes vinrent de la NormancCie. Les nawvires tiraient leur personnel de Rouen, Honfieur, Fécamp, Cherbourg, le Havre, Dieppe et Caen.

Ces lieux furent des pépinières d’où sortirent les interprètes les plus utiles.

Le 9 juillet 1615, Champlain s’embarqua, au saut Saint-Louis, avec deux interprètes, Etienne Brulé et le nommé Thomas, pour visiter le pays des Hurons. Thomas fut de retour à Québec, ainsi que Champlain, l’année suivante, mais Brulé demeura par : les Sauvages, parcourut les abords des lacs Hur:ns, Ontario, Erié ; pénétra dans la Pennsylvanie, descendit la Susquehanna jusqu’à la mer, revint par le pays des Iroquois, à l’est du lac Ontario, tomba aux mains de ces Sauvages qui lui arrachèrent les ongles et lui promenèrent des tisons enflammés sur le corps, puis le libérèrent dans l’espoir de s’en faire un allié. Enfin, il repassa par le Haut-Canada, s'embarqua à la baie Georgienne et revit Québec en 1618. Le pauvre Brulé devait être rebrûlé pour la ‘ernière fois, vers 1634, chez les Hurons.

Le prince de Condé, vice-roi de la Nouvelle- France, ne mettait pas d’obstacle à l’achat des actions de la compagnie par les huguenots.

Ceux-ci envoyèrent des agents et des interprètes dont les idées religieuses ne s’accordaient point avec celles des gens choisis par Champlain, outre que, engagés pour la seule traite des fourrures, ils contrecarraient les mesures prises en vue dr l’établissement des colons. Les difficultés Au passé et du présent grandssaient en confeyu£2ucr,

C’est en 1517 que Louis Hébert, apothicaire, de Paris, le premier cultivateur canadien, se fixa à Québec avec sa famille.

Eustache Boullé, né en 1600, fils de Nicolas Boullé, secrétaire à ia chambre du roi, vint rejoindre M. de Champlain, son beau-frère, eu Canada, l’année 1618. Il à eu le rang et les fonetions d’interprète et de lieutenant de Champlain.

La même année arriva Jean Nicolet, né vers 1598, à Cherbourg, en Normandie. Quelques mois plus tard, Champlain l’envoya chez les Algonquins de l’île des Allumettes pour apprendre la langue de ce peuvle.

En 1621, nous rencontrons à Québec le nom d’Olivier le Tardif, parmi ceux qui soutenaient la cause des habitants contre les traiteurs et autres commerçants. Cet interprète, né en 1601, à Honfleur, en Normandie, était alors commis de la traite.

Les opérations de commerce dans le haut Caasada reprirent vigueur en 1621, par suite de la formation d’une compagnie dont les sieurs Guillaume et Emeric de Caen étaient les principaux directeurs. Jusqu'à 1628, on maintint. dans le voisinage des grand lacs une douzaine d'hommes, presque tous interprètes, mais il ne paraît point qu’an seul d’entre eux ait cherché plus tard à s'établir, comme les interprètes de Champlain, sur les terres du bas Canada. C’étaient des coureurs de bois. Agissant sous la direction des vommerçants, «118 S’abouchaient avec les Sauvages dans l’intérêt de ia traite, et ne songeaient ni de près ni de loin à la cause de la murale où à

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l’avenir de la colonie française. Lorsque les missionnaires retournèrent (1625) au lac Nipissing et à la baie Georgienne, ils rencontrèrent cette triste école, dont le frère Sagard disait que si, par bonheur, on se rappelait les vertus ei la conduite exemplaire de Champlain, on avait malheureusement sous les yeux de quoi faire perdre à jamais le prestige chrétien dans la personne des employés des de Caen.

Pour restreindre les actes du fondateur de Québec aux seules choses du bas Saint-Laurent, l’avant-garde des Français qui visaient à s’assurer le commerce de l’ouest se servait d’hommes de bas étage, tout à fait étrangers à la tradition des interprètes formés par Champlain. Sur ce vaste champ de traite {ui commence à Tadoussac et finit au lac Huron, deux courants d’idées se poursuivaient—l’un, tout au service du négoce, l’autre obéissant à l’influence de Champlain, désireux de fonder une colonie stable. Si l’on doute de cette assertion, que l’on dise où sont passés, après 1628, les hommes des de Caen. Ils se sont évanouis comme de véritables aventuriers qu’ils étaient. Qu'ils aient repris le chemin de la France, ou qu’ils se soient laissé absorber par les Sauvages, il est certain qu’ils n’ont point créé de familles canadiennes. Les interprètes de Champlain, au contraire, se sont presque tous mariés après la mort de ce chef respecté et ont doublé la petite population blanche alors attachée au Canada.

Vers 1626 paraissent être venus dans le pays trois interprètes bien remarquables : Jean Gode-

froy, né en 1608, à Lintot, pays de Caux, en Normandie ; son frère Thomas, et l’un de leurs parents, Jean-Paul Godefroy, natif de Paris. Mentionnons aussi, à la même époque, François Marguerie, né en 1614, à Rouen.

De 1608 à 1633, la physicaomie distinetive des gens amenés plus directement par Champlain, fut celle de l’interprète et ‘ voyageur ?’ ou du voyageur-interprète, pour être mieux compris. Ces hommes possédaient une instruction plus qu’ordinaire ; la plupart parlaient le latin, l’anglais et le hollandais. Venant tous de la Normandie (excepté Bralé et J.-P. Godefroy), ils arrivèrent ici vers l’âge de vingt ans, quelques-uns à quinze ans. Ce n'étaient point de vulgaires aventuriers : Champlain les avait choisis; ils restèrent sous sa main, et, plus tard, fondèrent des familles canadiennes. Ce n’est point là le caractère de simples coureurs de bois. On les voit conduire au loin les missionnaires dont ils avaient préparé la visite en instruisant les capitaines sauvages et baptisant les enfants.

L’interprète du Canada, au temps de Champlain, était-il une création nouvelle? Non. Il appartenait donc à une classe d’hommes connus ? Oui, et c’est à cause de cela que Champlain s’assura ses services. L’écoie des interprètes s'était formée au Brésil dès avant l’arrivée (1500) des Portugais dans ces contrées. Les vaisseaux des armateurs de Dieppe et de Rouen allaient aux côtes de l’Amérique du Sud chercher le bois de teinture appelé brazil ou brésil, les animaux étranges, les fruits savoureux que les princes et

les grands de l’Europe achetaïent à prix d’or. D'une course à l’autre, quelques Normands, intrépides comme ils le sont tous, restaient parmi les Sauvages, se formaient aux habitudes, à la langue de ces peuples, et entretenaient les relations de ceux-ci avec les commerçants qui parlaient le français. Ils s’emparaient si bien de l’esprit des tribus qui les adoptaient que les Fortugais et les Espagnols ne prirent jamais pied sur ces rivages sans avoir à livrer des combats acharnés. A la longue, la transformation des coureurs de bois devint complète et les pilotes normands retrouvaient avec surprise chez certains chefs sauvages, des parents cu des concitoyens réputés morts ou perdus dans les forêts depuis longtemps. Le même fait s’est reproduit de nos jours en Algérie. Le général Bugeaud, demandant à un Arabe de quelle tribu il était, reçut cette réponse : — ‘ Du faubourg Saint-Antoine, à Paris, mon général ?’ ! |

Ne subissant aucun contrôle efficace, les Normands du Brésil finirent par disparaître dansies races qui les avaient adoptés. Ils y maintinrent, pendant plus d’un siècle, l’amour de la France, et rendirent de signalés services au commerce de leur nationaux. Si des établissements stables eussent été fondés alors dans ces pays, si un Champlain eût surgi pour en prendre la direction, qui peut dire ce qui en serait résulté! Les compagnies de traite ne portaient pas si haut leurs vues.

Au Canada, le même esprit d'aventure pouvait être utilisé, Le fondateur de Québec le comprit

et voulut le tourner vers un but plus louable. Il fit un choix sévère de ses interprètes, les plaça sous ordre, les retint à portée de son commandement et se réserva toutes les initiatives. Voilà comment ces hommes accomplirent tant de choses étonnantes et n’allèrent pas se perdre dans le milieu où on les employait. L’interprète du Canada présente un caractère à part dans l’histoire des colonies américaines ; il est plus apte que l’ Anglais à capter la confiance des Sauvages, il reste plus civilisé que le Français, son frère, attiré vers d’autres parties du Nouveau-Monüe.

Ce premier groupe a parcouru le haut et le bas

Canada. Il s’est baigné dans les grands lacs ; il a bu aux sources de toutes nos rivières ; les vieilles chansons de France qu’il a fait entendre au sein des solitudes de ce vaste continent résonnent depuis près de trois siècles dans les forêts et les prairies. La gaîté française qu’il a fait connaître aux Sauvages est encore le signe de ralliement que nous retrouvons partout dans les cabanes où les nôtres sont toujours salués avec joie. Ces souvenirs des anciens voyageurs ont souvent exercé l’imagination des poètes et des prosateurs canadiens.

Les chants populaires que nous aimons parce qu’ils nous font penser aux jours de nos ancêtres, et que nous admirons pour leur grâce naïve, touchante, inimitable, sont nés sur les lèvres de ces enfants perdus de la civilisation. Au sein des forêts ou des déserts, sur les fleuves ou au bord des lacs mystérieux de l’ouest, dans la guerre comme dans la paix, à travers mille dangers en-

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tremêlés de rares moments de calme, ils composaient, sans luxe de rhétorique et sans trop se soumettre aux exigences de la rime, des complaintes, des récits joyeux, des mélopées dont l’ensemble accuséun aimable fond de poésie et un penchant à la mélancolie que l’on s'étonne de rencontrer chez ces rudes voyageurs, Leur musique est d’un caractère particulier ; on ne retrouve point ailleurs qu’au Canada une cadence comme celle qu’ils ont su donner à ces couplets dont plusieurs sont de vieilles chansons françaises épurées dans la forme et le fond, modifiées très souvent, et rythmée au mouvement de l’avi- Ton.

Il est assez curieux de retrouver dans les plus vieux mémoires qui concernent le Brésil, la description du type du voyageur et de l’interprète des premiers temps du Canada. ‘ N’en déplaise à d’austères censeurs ou à de systématiques adversaires, dit M. Paul Gaffarel, nous avons tous, nous autres Français, de séduisantes qualités. Notre vivacité, notre intelligence, notre absence

1 de morgue et de prétentions nous ont toujours valu lies sympathies des peuples avec lesquels

nous entrons en relations, et surtout des tribus

i primitives qui se laissent volontiers prendre aux

apparences. Aussi, les Brésiliens accueillaientils avec empressement nos compatriotes, d'autant plus que les Portugais, nos rivaux sur la côte du

h Brésil, ne cherchaient au contraire qu’à imposer

et nullement à faire accepter leur domination.?? Ceci ressemble beaucoup à l’histoire du Canada.

D Mettez le mot ‘Anglais ? au lieu de ‘‘ Portugais’?

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