BENJAMIN SULTE
un 4 OTTAWA, | 17 septembre 1890.
Plus d’une fois on m’a demandé quelle est la meilleure histoire du Canada. J'ai répondu :
Garneau couvre le plus de terrain et il a très bien compris les évènements; il doit vous suffire, à moins que vous ne désiriez faire une étude particulière de certaine période ou de certain fait, alors il est bon de voir plusieurs auteurs, en choisissant <eux qui se sont arrêtés de préférence sur le sujet de votre affection. Il y a des istoires du Canada pour tous les temps et pour tous les goûts.
L'époque de la découverte du Saint-Laurent nous fournit d’abord la narration de Cartier, assez courte, et les cinq ou six volumes qui ont été publiés en France, dans notre siècle, sur la vie et les actions du grand navigateur. Le Jacques Cartier du docteur N.E. Dionne, de Québec, résume fort bien tous ces travaux, Les Découvreurs Français, de Paul Gaffarel sont aussi d’un excellerés secours. Le Routier du pilote Jean Alphonse peut contribuer à nous instruire là-dessus. Charleyoix, Garneau, Ferlaud, Failion, parlent de cette période, qui va de 1534 à 1600. Voilà plus qu’il n’en faut pour connaître Jacques Cartier etson temps.
Avee les œuvres de Champlain (1608-1629)
vous entrez dans le détail des choses du Canada, à l’origine de la colonie, et vous admirez les projets immenses du fondateur de Québer, tout en apprenant à connaître le pays.
Le Frère Gabriel Sagard, dans son Voyage au pays des Hurons et dans son Histoire du Canada, se rend à 1636 ; il est bourré de renseignements, et comme Champlain, mérite confiance dans tout ce qu'il dit. \
Marc Lescarbot et Champlain ont laissé sur l’Acadie de 1604 à 1613 nombre de bons ouvrages qu’on doit consulter avant tout. Une iettre au Père Biard, année 1611, qui se trouve dans les Relations des Jésuites, parle de l’Acadie et ne doit pas être oubliée. Dièreville, plus tard, puis Charievoix, ensuite Moreau, Rameau et Casgrain de nos jours, ont ressuscité en quelque sorte les annales de la terre acadienne. Marmette a trouvé en France les greffes des notaires de l’Acadie ; qu’on les imprime !
Les trois gros volumes des Relations des Jésuites publiés par le gouvernement canadien, en 1858, sont composés de lettres des missionnaires écrites d’année en année, depuis 1625 à 1672. Ils sont indispensables.
Une brochure intitulée : Les Vrais Motifs, nous expose comment et pourquoi fut fondée la colonie de Montréal, 1640-1642. La Société Historique de Montréal l’a réimprimée avec annotations copieuses et savantes ; voyez toutes les publicavions de cette Société.
L'Histoire du Montréal, de M. Dollier de Casson,
ya de 1640 à 1670 est une suite de rapports
annuels des principales choses survenues à Montréal durant les années en qur‘tion. Sur Montréal consultez le bel Album publié par M. Beaugrand : Le Vieux Montréal.
L'abbé Bressani à été missionnaire chez les Hurons. Ses lettres couvrent la période de 1642 à 1650. Elles sont de toute valeur.
Le Père François Du Creux, qui lisait en France, les Relations des Jésuites, a écrit une Historia Canadensis imprimée en 1664, et qui va jusqu’à 1656. Outre que l’auteur se sert uniquement de la langue latine il y a ceci que rien dans son livre ne nous donne du nouveau si on a lu les ouvrages mentionnés ci-dessus.
La Mère Marie de l’Incarnation, de 1639 à 1671, écrivait à ses amies de France, des lettres dont on à formé deux volumes, excessivement instructifs pour quiconque, religieux ou laïque, cherche à se rendre compte des choses de cette époque éloignée.
Le Journal des Jésuites, 1645-1668, est riche de détails sur la vie des Canadiens ; ce n’est pas un livre à lire comme un roman, c’est plutôt un magasin de curiosités historiques, un musée
à parcourir des yeux et dans lequel on trouve sans cesse du nouveau.
Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, a publié, à Paris, en 1664, un volume intitulé : Histoire naturelle et véritable de la Nouvelle-France dite Canada. Le mot ‘‘ naturelle ?? est juste puisque tout l’ouvrage ne traite que des ressources du pays, alors à peu près inconnues en France ; le terme ‘‘ véritable ”” est là pour combattre les
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il écrits que l’on avait répandus dans les hautes | |
fil classes avec le dessein de montrer le Canada a d comme une contrée inhabitable. Si l’on veut L pal savoir queile était la situation des premiers habi- d A tants des bords du granä fleuve, de 1640 à 1663, 1 il | il faut consulter cet ouvrage. Une édition k À récente en a été faite à Montréal ; je ne l’ai pas | ” 1 vue. 1 ml à | | M. l’abbé de Belmont a écrit une petite His: ” q fl toire du Canada (mal imprimée) qui embrasse les | 1 (| années 1640-1700 et ne parle que de Montréal ; Li elle est utile pour compléter les détails des 7 FA grands récits et encore faut-il la contrôler avec 4 h | des précautions, car elle est souvent inexacte. à A4 L'Histoire de la colonie française, de M. l’abbé ve Li. Faillon s’arrête à 1674 C’est plutôt l’histoire .. 14 4 de Montréal, mais quelle richesse de renseigne- d’ pi ments l’auteur possède ! Pour moi, cet homme À al n | J est le type du savant : il sait tout et le dit sans | ef L | i rechigner. Ses préférences pour Montréal sont ë \ 4 | à pardonnables : qui n’a pas un coin de terre à vel on révérer par-dessus tous les autres ? Nous lui te: "\ | |! devons aussi: Mlle Mance, Marguerite Bourgeois le n et autres ouvrages qui éclairent d’un jour agréa- ; pi | ble le premier siècle de Montréal. | m:
î | j M. l’abbé Desmazures a publié un Coibert qui | ph h (| restera dans nos bibliothèques. Le Canada et pe 44 Colbert, durant les années 1664-82, c’est tout un. lu Ë | À Beile étude sur le grand ministre, auquel nous av à F devrions élever une statue. Je me permets de se FEES donner cet avis au gouvernement de Québec, his D Il y a eu le massacre de Lachine en 1689. En | q nn 1889 M, Désiré Girouard, reprenant tout ce qui ; eo
avait été dit à ce sujet, et y «joutant de nombreux documents, a publié une brochure qui est dignc de prendre la place de plus d’un gros livre. Ne l’oubliez pas à l’occasion.
Je voudrais écrire un iong article sur les Mémoires de Nicolas Perrot, mais en ce moment il me suffira de vous dire que, pour connaître ce qui s’est passé au-delà des grands lacs, de 1660 à 1700, ce livre est une mine inépuisable.
M. l’abbé Maurault, dans son Histoire des Abenakis, s'étend de 1609 à 1760; il est surtout heureux lersqu’il parle des années 1715-60.
Les Ursulines de Québec ont publié quatre volumes, remplis de matières historiqnes. Si jamais elles font une réédition, je leur conseille d’y ajouter, non pas un sommaire, mais un index alphabétique qui rendra leur ouvrage consultable, et par là même plus utile.
Les Jugements du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, commençant avec l’année 1663 et se terminant en 1709 ont été publiés récemment par le gouvernement de Québec. C’est une suite de pièces administratives dont la connaissance nous manquait. Je regarde ces volumes comme une photographie de l’existence de nos pères. Ne pas les étudier c’est vouloir se dérober à la lumière. Les faits sont là, ils disent ce que nous avons été sous un autre régime que celui d’à présent. Ces pages enseignent à l’étudiant de notre histoire mille et mille petites affaires qui indiquent le mouvement des esprits d'autrefois comme la marche d’une simple paille nous montre la direction du vent,
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