‹ Pages d'histoire du Canada [microforme]Chapitre 36 sur 53 · HE RS · texte numérisé non relu

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comme je le suppose d’après les archives publiques de la ville.

La levée des mains ayant fait voir que M. Vésina était en minorité, il résigna séance tenante en faveur de M. Coffin.

L’unique bureau de votation devait être dans l'édifice qui a servi pendant longtemps de maison de correction, rue Notre-Dame. La votation durait tant qu’il ne s’écoulait pas plus d’une heure entre deux enregistrements de voix. A la fin de la première journée, le cahier indiquait 116 votes, répartis comme suit: Hart 59, Coffin 41, et Bell 16. Ces deux derniers résignèrent aussitôt.

M. Hart n’avait pas prévu un succès aussi immédiat, c’est pourquoi il se montra fort embarrassé lorsque l’officier-rapporteur lui mitsous les yeux les pièces à signer sur l’heure même, pour valider son élection. ‘‘ Je ne puis pas, dit-il, faire acte servile le jour du sabbat, attendez au moins que le soleil soit couché.??

Mais comme on le pressait de s’exécuter, il vainquit Sa répugnance et lut le document, En voyant les mots : dans l’année de Notre-Seigneur, mil huit cent sept, il faillit de nouveau refuser d’agir ; finalement, il crut éviter l’obstacle en signant ‘‘ Ezéchiel Hart, 1807.’

Loin d’être terminée, la lutte ne faisait que commencer. Le Mercury publia, peu de jours près, des aticles en faveur de M. Hart et de sa famille. ‘‘Les messieurs Hart, disaient-ils, sont natifs des Trois-Rivières, dont ils sont un des ornements’ etilajoutait: ‘ L’on peut considérer

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le résultat de l’élection comme une preuve de l’absence de préjugés religieux, quoiqu’on en ait dit.??

Le dossier de l’officier-rapporteur arriva en Chambre en même temps que M. Hart, le dernier jour de la session, ce qui l’empêcha de siéger cette année.

Le parti battu voulait ressaisir la victoire. La ville entra dans une phase d’excitation extraordinaire. Les meilleurs amis, dit Lambert, se divisèrent entre eux, et bientôt cette place ne fut qu’un théâtre de chicanes et de guerres intestines des plus vives. Il en résulta pour la famille Hart bien des tracasseries et des animosités qui, aujourd’hui, ne sont pas toutes apaisées, bien que l’on ait perdu le souvenir de leur origine. S'il faut en croire Lambert, auquel j’emprunte plusieurs détails curieux, la société trifluvienne avait été remarquablement unie jusque-là, mais une fois la discorde déchaînée, il arriva ce qui se produit toujours flans les petites villes—l’ardeur des uns et des autres ne connut plus de bornes, et les personnes les plus liées entre elles devinrent des antagonistes furieux.

La Gentry se composait principalement des membres des deux clergés, des officiers des troupes, du juge, des intéressés dans les forges Saint- Maurice, des officiers de milice et de justice, des avocats, des medécins, du grand-voyer et de la famille Hart. Letableau que présentait une telle réunion mérite de prendre place dans ces notes toutes locales ; il fera voir le véritable état des choses en arrière du rideau de la scène politique décrite par M. Tassé,

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M. l’abbé de Calonne, frère du ministre de Louis XVI, arriva cette année 1807 aux Trois- Rivières. Le curé de la paroisse était M. le grand-vicaire Noiseux. M. Short, ministre protestant, installé depuis 1801, se mêlait beaucoup d'élection, attendu qu’il était ami intime de la famille Hart. Voilà pour le clergé, mais notons que les deux prêtres catholiques ne figurent pas dans . conflit.

Parmi les personnes qui composaient le cercle de la classe aisée se faisait remarquer le vieux monsieur d’Ailleboust, (1) type accompli du gentilhomme français du siècle dernier, modèle de goût et d’élégance, galant auprès des dames, d’un esprit agréable et délié, grand joueur de cartes, enfin tout-à-fait indispensable auy gréments des conversaziones et des petits 801 3, Celui-là avait l'esprit de rester en bons termes avec tout le monde et de décocher la pointe de la plaisanterie à qui de droit.

Jes influences locales dont je n’ai pas parlé étaient les avocats Amable Berthelot, J. M. de Tonnancourt, Ross Cuthbert et Joseph Comeau ; les notaires Joseph Badeaux, Etienne Renvoyzé et Charles Pratte ; les médecins Kimber et Rieu-

(1) Lambert se trompe en disant que l’un des ancêétres de M. d’Aiïilleboust avait été gouverneur des Trois-Rivières. Aucun d’Ailleboust n’a exercé de telles fonctions dans cette ville. C’est Ducreux qui, en 1664, a publié cette erreur, que Charlevoix et nos historiens ont répétée. Jusqu'à 1664 et après, la liste des gouverneurs des Trois-Rivières que j’ai dressée est sans lacune, et le nom d’Ailleboust n’y figure pas.

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Les visiteurs nombreux et souvent très-distingués qui passaier t aux Trois-Rivières, en se ren-

. dant aux célèbres forges Saint-Maurice donraient

à cette souiété un remarquable cachet d'élégance et lui communiquaient une animation peu ordinaire en Canada. Aussi les locataires des forges, qui tenaient table cuverte toute l’année, étaientils le pivot naturel de ce mouvement dont la classe mercantile, sauf les Hart, était exclue entièrement. Cela nous explique les principaux points de la lutte qui s’engagea à la suite de l’élection d’Ezéchiel.

La chapelle protestante située dens l’ancien monastère des Récollets, n’était séparée de la salle où se tenmsnt les audience: de la Justice que par une cloison de planches. Dans uneäutre pièce on trouvait les bureaux du protonotsire, et plus loin, c’est-à-dire dans le grand corps de logis, la prison. Audessus de ce dernier bâtiment il y avait les bureaux du shérif et une table de billard tenue par une bourse de souscription, Lambert s’exprime à peu près en ces termes : La chapelle à absolument besoin d’une horloge pour arrêter la coutume qui s’est établie de régler les montres durant l’office du dimanche, car aussitôt que les cloches de l’église catholique sonnent midi, au moment où le ministre récite les litanies, l’on tire les montres, en répondant Délivrez-nous, Seigneur ou Seigneur, secourez-nous, Si bien que chacun s’occupe à la fois de marquer l’heure et de prier pour le salut de son âme, La

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