‹ Pages d'histoire du Canada [microforme]Chapitre 6 sur 53 · ME · texte numérisé non relu

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puis lors, le public, rassuré par l’opinion des savants archéologues de France et du Canada, n’a pas cessé de croire que c'était bien certainement la Petite Hermine qui venait d’être extraite des vases du ruisseau Saint-Michel. Après cette découverte, qui prit les proportions d’un événement, on fit deux parts de la Petite Hermine ; l’une resta à Québec, et fut brûlée dans l’incendie du parlement ; l’autre fut envoyée à Saint- Malo. Là, on en a fait une espèce de trophée ou monument en forme de pyramide, Au sommet

se trouvent une poulie et des clous ; au dessous, 3} des débris de genoux ou courbes. Le corps de à

la pyramide consiste en morceaux de bordage et de ferrements. Sur la pièce principale on lit l'inscription suivante :— A la mémoire de Jacques Cartier et des braves marins, ses compagnons— Et plus bas :—Débris du navire la Petite ermine, de Saint-Malo, que Jacques Cartier fut contraint d’abandonner au Canada en avril 1536 ; la car casse de ce navire, qui n’était que de 60 tonneaux, a été retrouvée, après 300 ans d’avandon ; elle à été recouverte par un mètre 66 centimètres de vase.—Souvenirs présentés par la Société Historique de Québec à la ville de Saint-Malo en 1845.

M. Dionne ajoute : ‘Bien que nous ne vou:

drions pas nous inscrire en faux contre une opinion reçue et à laquelle une tradition, déjà vieille de près de cinquante années, a donné un cachetk d’une plus grande respectabilité, nous est avisk que le public a accepté un peu hâtivement les conclusions précitées. Le seul fait d’avoir trouvée

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pieds de vase, ne constitue point une preuve qu’elle appartient à a Petite Hermine. Quant aux vieux clous, carvelles, etc., la découverte qu’on en à faite, à trois cents ans d’intervalle, semblerait indiquer que les Sauvages de Stadin ne voulurent point accepter le cadeau que Cartier leur en avait fait avant son départ pour la France, ce qui est peu probable car nous lisons dans la relation du voyage : ‘‘ Et pour ce qu’ils furent avertis que ceux de Stadin allaient et venaient entour nous, et que leur avions abandonné le fond du navire que laissions pour avoir les vieux clous”, Quand on connaît l’avidité des Sauvages de cette époque pour ces ferrailles, qu’ils estimaient plus précieuses que l’or et l’argent, on se demande comment il avait pu se faire que les habitants de Stadin eussent négligé d’extraire du navire que Cartier leur avait abandonné, tout ce qui pouvait leur servir, vieux clous, carvelles, etc. D’après le texte même de la relation, on serait porté à croire qu’ils se mirent à la besogne, même avant le départ des autres vaisseaux. Les Sauvages de Stadaconé voyant que ceux de Stadin restaient autour des navires de Cartier, furent deux jours sans s’approcher d’eux, contrairement à leur habitude. Ces allées et venues de Sauvages de Stadin ne pouvaient avoir d’autres motifs que de travailler à l’extraction des clous et fiches qui liaient les unes aux autres les pièces de la charpente. Comment peut-on supposer, après un tel travail, que la Petite Hermine ait pu conserver assez de solidité pour résister pendant trois siècles, non seu-

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lement à la décomposition, mais surtout à la dislocation de sa charpente ? Si encore on eût trouvé la Petite Hermine à l’endroit même où les Sauvages la dépouillèrent, c’est à dire à l’entrée du ruisseau Lairet ! Mais non, c’est à cinq cents pas plus loin, à l’embouchure d’un autre ruisseau, beaucoup plus rétréei que l’autre, et où la marée montante ne pouvait pas facilement la transporter, et les Sauvages encore moins. Il va de soi que si les flots montants de la rivière Saint-Charles devaient remuer ce fond de navire, ce ne pouvait être qu’en l’enfonçant en amont de la rivière Lairet. En supposant qu’il aurait suivi la marée descendante, après avoir remonté le cours du Lairet, il allait se perdre dans le Saint-Laurent. Nous sommes lein du ruisseau Saint-Michel, comme on ‘it, et cependant l’on a affirmé que la Petite Hermine était allée s’enfouir dans l’embouchure de ce ruisseau, qui aujourd’hui ne pourrait pas donner passage à un navire de soixante tonneaux. ÆEtait-il plus large du temps de Cartier ? Nous l’ignorons, mais nous ne le croyons pas, vu que les berges de ces ruisseaux ne se modifient pas sensiblement. Champlain, dont les récits sont toujours circonstanciés, nous parle de l’endroit où Jacques Cartier se fortifia et mit ses vaisseaux en hivernage, de manière à ne laisser aucun équivoque sur les travaux accomplis à l’embouchure du ruisseau Lairet, non par des indigènes, mais par des chrétiens. Or, il est im-

possible de retracer le passage en ces lieux avant |

Champlain d’autres Européens que Jacques Cartier au temps de ses. découvertures et ses compa-

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la dis- gnons. Champlain a tout vu de ses yeux : fossés, trouvé débris de fortifications, vestiges de cheminée et Jauva- de logement, et bien qu’il semble établi que ce rée du fut l’endroit où Jacques Cartier hiverna, il n’aits pas perçut pas de carcasse de navire. Le Frère Saisseau, gard Théodat parle de l’endroit appelé commumarée nément le Fort de Jacques Cartier, mais aucunenspor- ment de la Petite Hermine ox de tout autre de soi vaisseau abandonné en cet endroit. Que conclure t-Char- de là? Il nous serait agréable de croire à la réne pou- surrection d’un des vaisseaux qui servirent à la rivière D découverte du Canada, mais en présence des ara marée BR guments qui s’y opposent, nous sommes un peu ours du tenté de regimber contre les idées reçues... Tous maureht. D les historiens,en commençant par le Frère Sagard, Michel, Æ récollet, sont d’accord à dire que le fort de Caré que la tier fut à l’embouchure du ruisseau Lairet, qui ’embou- Æ vient se jeter dans la rivière Saint-Charles, du pourrait } côté nord ??.

inte ton- Après cette dissertation instructive, examinons artier ? Æ ce que disait M. Amable Berthelot devant la Sopas, VU ciété de Discussion de Québec, le 15 juillet 1844: bodifient à ‘ L’annéé dernière l’on a découvert à l’em- »s récits bouchure du ruisseau Saint-Michel, qui se de l’eu- Æ jette dans la rivière Saint-Charles, les restes mit ses d’un vieux bâtiment presque tout couvert » laisser de terre. Un vaisseau ainsi enfoui, est un bmplis à BE fait sans exemple en Canada. De mémoire par des Æ d'homme, l’endroit où on l’a trouvé ainsi placé, 1 est im- n’était plus navigable pour un bâtiment de son x avant Æ port; ce qui doit lui faire supposer plusieurs es Car- Æ siècles d’existence. Quelques personnes prétencompa- D dent que c’est le vaisseau que Jacques Oar-

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riet a abandonné en 1536, après son malheureux hivernement en Canada : mais cette opinion n’est pas sans contradicteurs. Je vais donner les raisons qui me font croire que ce vaisseau est celui que ce célèbre navigateur a abandonné lors de son second voyage en ce pays. Ma manière de voir les choses m’entraînera nécessairement dans quelques digressions que je voudrais bien éviter: j'espère donc que vous voudrez me les pardonner,

En 1830, je publiai une brochure, intitulée Dissertation sur le canon de bronze que l’on voit dans la musée de M. Chasseur, à Québec. Voici à quelle occasion je composai cet ouvrage. La Gazette de Québec du 23 avril 1827, avait annoncé que M. Chasseur avait dans son musée un canon de bronze d’une forme extraordinaire, qui avait été trouvé à l’embouchure de rivière de Jacques- Cartier. Charlevoix aya “ que c'était dans le pays une tradition que ce navigateur avait perdu un de ses vaisseaux en cet endroit, on en conclut que ce canon avait appartenu à ce vaisseau; et une inscription gravée sur ce canon l’explique ainsi. Mais quelque temps après, M. Colin Campbell, qui avait fait présent de cette pièce à M. Wood, informa M. Chasseur, que ce n’était

pas à l’embouchure de la rivière Jacques-Cartier, }

qu’il avait trouvé cette pièce, mais sur un banc de Sable, vis-à-vis de la paroisse Champlain. Cette dissertation est divisée en deux parties. Dans la première j’entreprends de prouver que Jacques Cartier n’a pas fait naufrage sur ce qu’on appelle la roche de Jacques-Cartier ; et dans la

ureux seconde je conjecture que ce canon a appartenu à \ n’est | Vérazani.

8 rai- | Cette production fut favorablement reçue du celui public ; plusieurs journaux en parlèrent avantaors de geusement ; M. le grand juge Sewell en fit la lecre de ture dans la société littéraire et historique de tdans | Québec ; et la Gazette de Québec publiée par autoéviter: rité, du 4 mars 1830, dit que cette société me ardon- vota, le2 du même mois, des remerciements pour cette publication ; et cette dissertation se trouve ée Dis- insérée dans le second volume des transactions dansla À de cette société en 1831. quelle Depuis cette époque, j’ai vu quelques écrits, où ette de des esprits plus portés à la contradiction qu’à la que M. M recherche de la vérité, semblent me reprocher de ion de D n'avoir pas fait une preuve complète relativerait été M ment à ce canon. le n’ai qu’une chose à réponcques- dre ; c’est que je ne prétends nullement me pladans le cer Sur le champ des démonstrations, mais tout perdu humblement sur celui des conjectures. Que ceux onclut qui découvriront des faits capables d’établir que Pau ; et ce canon a appartenu à toute autre personne qu’à rplique Vérazani, nous offrent les résultats de leurs Colir recherches, je serai le premier à les approuver : pièce à car avant tout c’est la vérité qui est l’objet de n’était mes désirs. Depuis cette publication j’ai lu bien artier, à des voyages et bien des écrits sur l'Amérique, n banc mais je n’ai rien trouvé qui puisse me faire chanin. A ger d'opinion : tout au contraire j’ai recueilli parties. quelques faits qui rendent mes conjectures encore er que plus probables. Je me hâte donc de laisser cette e qu’on seconde partie de ma dissertation pour revenir à

dans la la première qui se ratvache à la question sur la-

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quels je désire attirer particulièrement votre attention, savoir : si les restes du vieux bâtiment découverts l’année dernière, par :M. Joseph Hamel, inspecteur de la cité de Québec, sont ceux du vaisseau que Jacques Cartier abandonna en 1536.

Dans cette première partie de mo dissertation, j'avais un obstacle à surmonter, s’était de prou- | ver que Jacques Cartier avait passé l’hiver 4e 1535 à 1536 à la rivière Saint-Charles, au nord de Québec, et non à la rivière de Jacques-Cartier, comme le prétend Charlevoix dans son histoire de la Nouvelle-France. Il ne me fut pas difficile, en suivant attentivement le texte du second voyage de Jacques Cartier, tel que nous le donns Lescarbot, de prouver, jusqu’à l’évidense, que ce navigateur malouin avait réellement passé l’hiver à ia rivière Saint-Charles, et non à celle aui porte aujourd’hui le nom de Jacques Cartier ; et je crois que depuis ma dissertation il n’est resté en ce pays aucun doute sur ce sujet. Il est bien vrai que je n’ai pas cherché l’endroit particuiier où Cartier a hiverné, mais mon sujet ne l'ex'geait pas alors.

Vers la fin de ‘été de l’année 1835, j'appris que quelques messieurs de cette ville avait exploré l’embouchurs de la rivière Saint-Charles afñi de déterminer positivement l’endroit où Cartier avait hiverné pendant son second voyage en Canada ; je lus l’inscription suivante sur une plaque de cuivre fixée sur une eroix de bols. Cette croix est plantée au sud-est de la vaste cour située au devant de l’hôpital de marine de Québec ;

‘ Erigée le 15 septembre 1835, en mémoire du débarquement du célèbre navigateur Jacques Uartier, natif de Saint-Malo, le jour de l’exaltation de la sainte Croix, le 14 septembre, A. D. MDXXX V.’’

Lorsque je vis cette inscription, je regrettai de n’avoir pas eu l’occasion de communiquer aux explorateurs du local occupé par les vaisseaux de Jacques Cartier pendant son hivernage à la rivière Saint-Charles, mes idées relatives à cet objet, avant qu’ils eussent fait planter leur croix. Corame c’est moi qui, au sujet du canon de bronze précité, ai tiré cette question de la poussière des bibliothèques, et que j'étais vivement impressionné par l’étude spéciale que j'avais faite du voyage de Cartier, il me semblait que ce n’était que quelque part au nord-ouest de l’embouchure de la rivière Saint-Cliarles, vers le nord de la presqu'île sur laquelle est bâti l’Hôpitai de Marine et de l’autre côté de cette rivière, que l’on devait fixer ce local. Je ne prétends pas diminuer en aucune manière quelconque le mérite de M. Hamel pour sa découverte des débris de la Petite Hermine, tout au contraire je crois qu’il a bien mérité de la science en général pour toutes les peines qu’il a pris:s afin de constater l’identité de l’objet de ses recherch£s archéologiques et particulièrement pour s'être mis en correspondance avec M. le maire de Saint-Malo, dont il a obtenu des ronseignements prétieux pour noës. Mais comme je réclame jusqu’à un certain point ur droit de paterrité ou de priorité d'invention sur cette question, je me flatte que

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