‹ Pages d'histoire du Canada [microforme]Chapitre 9 sur 53 · UNE · texte numérisé non relu

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Les Découvreurs Français, du XIVe au XVIe siècle, paz Panl Gaffarel, ouvrage publié à Paris chez Challamel & Cie., 5 rue Jacob, en 1889, me tombe sous la main et je le lis avec plaisir. L’au teur de ce voluine à beaucoup étudié les voyages des Français an ‘i<là des mers ; il à Jutté avec courage contre les écrivains des autres pays d'Europe qui cherchent à s’approprier la gloire de certaines grandes découvertes—tout comme nous avons combattu en Canada pour réfuter 168 livres de nos adversaires et remettre en lumièrs les hauts faits de nos ancêtres. La Guinée, le Brésil, le Canada font le sujet du nouvel ouvrage.

‘© Le mot découvreur ne figure pas encore dans le dictionnaire de l’Académie, Littré ne :e cite que par le serupule d’exactitude,”’ observe M. Gaffarel, et il ajoute: ‘ Nous n’hésitons pas à demander droit de cité pour ce mot si bien fait, si clair, et qui répond à une idée si précise.??

Les Canadiens se servent du même mot, et de quelques autres expressions à eux propres, tout en plaignant l’Académie, qui est toujours la dernière à s’instruire.

Selon ce que disaient les nègres de la côté de Guinée #: XVe siècle, les navigateurs français avaient eu des comptoirs dans leur pays dès 1380,

peut-être même avant cette date ; la tradition paraît prouvée par les mots de notre langue que ces pauvres gens avaient retenus, qu’ils se transmettaient de génération en génération, et qu’ils étaient heureux de prononcer lorsque nos marins retournèrent chez eux, vers l’époque où Colomb préparait la découverte de l’Amérique. Les longues guerres que la France avait eu à supporter au X Ve siècle, expliquent le regrettable abandon du commerce de la côte d'Afrique, commerce si productif, en ivoire, poivre et poudre d’or, qu’il avait créé, dans la Normandie, des fortunes princières.

A la reprise des grands voyages au sud de l'Atlantique, vers 1460, on retrouve les navires de Dieppe, et autres lieux du nord de la Frexce, occupés à de véritables découvertes, dans l’espoir d'acquérir de grands revenus.

Le pilote, le capitaine qui savaient où aller échanger leurs marchandises de fabrique européenne contre les précieuses ‘‘ denrées des îles,” comme on s’éxprimait alors, s’en voyaient récompensés non pas par la gloire, car ils tenaient leurs opérations secrètes, mais par des bénéfices tangibles, proportionnés aux risques de ces entreprises où leur vie était sans cesse en danger.

Jean Cousin, de Dieppe, fut poussé un jour, du large de la côte de Guinée, jusqu’au Brésil. C'était, dit-on, quatre ans avant le voyage de Colomb. Un capitaine nommé Pinson, qui servait sous Cousin, fut renvoyé de son service et s’abou cha avec Colomb. Le lecteur voit ce qui pouvait en résulter, Sans vouloir soutenir que tout ceci

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est la vérité pure et simple, M. Gaffarel démontre que la part des Normands dans la connaissance de ces navigations lointaines a été grande et qu’ils ont certainement contribué autant que les Portugais, sinon davantage, à précipiter le mouvement qui amena CoJom», en 1492, dans le golfe du Mexique.

Les écrivains ont souvent discuté sur ces pro-

* positions ; savoir si l’Afrique a été fréquentée

par les Français au XIVe siècle; savoir si les Français ont vu l’Amérique avant Colomb. M.

Gaffarel résume clairement tout ce qui s’est dit là-dessus — c’est pourquoi son ouvrage est utile.

Plus occupés de leur propre histoire que de celle des autres peuples civilisés, les Canadiens verront avec plaisir que les deux tiers du livre traitent de la découverte du Canada, et bien qu’il n’y ait là que peu de détails inédits pour nous, le fait d’avoir étudié ces renseignements et d’en publier le résultat dans la vieille France, attire notre gratitude. Premiers colons de la nouvelle France, nous avons l’orgueil des anciens possesseurs du sol, et quand un écrivain du pays de nos pères s'occupe de nous, je suis toujours fier d’enregistrer cet acte de rapprochement. Ouvrons nos bibliothèques à celui qui répand notre nom dans le monde.

La biographie de Jean Verrazano, par M. Gaffarel, est la plus complète qui existe. Ce personnage a longtemps échappé aux recherches des historiens et il reste encore des “oints obscurs dans son existence. En résumé, il paraîtrait que lors de son premier voyage aux côtes de l’Améri

que du Nord, en 1473, ses déeauvertes se bornèrent à capturés les déux vatmseaux que Fernand Cortez (qui venaïit de contmbrir Mexieo) envoyait en Fspagne chargé de richesses et d'objets de euriosité, L'or, les navires 6f ceux qui les montéient furent amenés captifs en France ; la cour s’émerveilla à la vue des trésors de tous genres que le pirate espagnol envoyait à son souverain, mais que le pirate français avait su faire passer au roi de Frai ce,

En 1524, Verrazano parcourut les côtes depuis la Virginie jusqu’à Terreneuve. C’est là son grand voyage, son titre au souvenir de la postérité. Deux ou trois ans plus tard, il reprit la mer, pilla lés Espagnols, fut capturé par ceux-ci ét mourut la corde au cou. Cette dernière assertion weut être combattue ; toutefois elle repose sr plus de fondément que la légende qui fait néafrager Verrarano dans le Saint-Laurent.

Po de qui spmebrre la géographie du Canada, nous éévons à cé navigateur Les noms qu’il à imposés aux dfyers endroits de la côte de lAtlanti que dépuis lé Maine fusqu/à Terreneuve —-et surtout le monx de Wourélls France Aonné à toute la contrée dont ces rivages forment la bordure.

Pour un Canadien, la pièce principale du vo lumé dé M, (affarel est un extrait de la mapp mondé dite dé Mimri If. Elle a été dressée à Atatés, en 1946, : 4 lemdexmain des voyages de Oartier, par un ÿrôtre, Pierre Desceliers, l’an des crémeurs de l'hydrographie française, :, e8t visible 472 Vatfénr y & traymiilé avec conseience tout en 5e trompént parfois, Les rivages de nv

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provinces maritimes sont chargés de noms. Les formes de l’Acadie et de la baie de Fundy sont mal déterminées. L’ensemble du groupe, y compris le Nouveau-Brunswick, porte le nom de “terre des Bretons”. Le ‘cap Breton”? y est ainsi nommé. Le cap ‘‘ Despoir ?’ est placé près de l’entrée sud de la baie des Chaleurs.

En remontant le fleuve, rive sud, on voit le mot ‘* Canada ?? inscrit dans les terres, au sud de l’île d'Orléans. A la rivière Chaudière est le mot ‘‘ Languille.”’ Le mot ‘Cap? figure à peu près où se trouve le cap à la Roche ou Cap à l’Arbre.

La rivière Chambly est indiquée. Vis-à-vis ce que je crois être l’île Ste. Hélène, on lit ‘ St. Malo ?” ; c’est Longueuil aujourd’hui.

L'île de Montréal n’est point indiquée, mais la Jonction de l’Ottawa avec le St. Laurent est nettement dessinée ; ces deux cours d’eau ne remon tent pas loin au-delà de Montréal sur la carte en question, [1 va sans dire que les grands lacs sont inconnus.

En descendant le fleuve, rive nord, la première inscription qui se présente est ‘‘ Le Sault,’ €/#stà-dire le courant Ste, Marie, entre l’île Ste, Hé lène et la terre ferme. Vers Lanoraïe est écrit ‘terre Jacob ”’, Les îles du lac ‘‘ d’Angoulème’’, à présent St. Pierre, sont au nombre de dix. Une rivière, qui doit être la Maskinongé, entre assez avant dans les terres et se décharge au lac en question,

Fnsuite vient ‘ Mont de proy’’ comme pour désigner les côteaux des Trois-Rivières vus de la

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Pointe du Lac. La désignation ‘‘R. de Fouez?’, tel que le donne l’orthographe du journal de Cartier, se lit à l’endroit où devrait être marquée la rivière St. Maurice, mais ce cours d’eau a été omis dans la carte. A mi-chemin entre Trois- Rivières et Québec, on voit ‘ Ochelaga ”’; c’est plutôt le lieu que Cartier nomme ‘‘Achelacy ?’.

Ensuite vient ‘‘Franceroy”’, aujourd’hui rivière Jacques-Cartier ; à son embouchure était le fort ou campement de Roberval. Tout auprès, mais plus dans les terres, est esquissé un château fort, évidemment bien plus pompeux que ne l’étaient les palissades de Roberval. Au rivage, il y à ‘Ste. X’’, voulant dire ‘‘ Sainte-Croix’’, nom donné alors à la rivière Jacques-Cartier.

‘ Stadac ”’ est mis pour l’abréviation de ‘ Stadaconné ?” aujourd’hui ville de Québec. Avant que de descendre jusqu’à ‘ Ye de Coudre’’, que

Cartier avait appelée ‘L'Isle ès Coudres?’, on rencontre ‘‘Ageb...arda ?’, que je ne puis lire autrement. La ‘R. du Saguenay ” est fortement tracée et se prolonge jusque derrière Lanoraie. C’est 1à que se trouve la figure en pied de Roberval, commandant une compagnie de soldats.

Je suppose que, faute de place autour de ‘‘Franceroy ?’ le dessinateur a choisi un endroit blanc de la carte pour mettre son petit tableau. Sous les pieds des solüats est écrit: ‘Le Sagnay ’” en grosses lettres. On croyait alors que le Saguenay était un royaume du nord, situé entre la rivière Saguenay et la rivière Ottawa.

En arrière de ce que nous appelons à présent Tadoussac se voit le mot ‘ Ochelaga ”’ en grandes

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lettres. Le cartographe aurait dû le placer à Montréal, comme le veut le texte de Cartier, lequel est très précis à cet égard.

On retrouve le mot ‘ Canada ?”” dans le voisinage de la rivière Betsiamite. C’est là, en effet que Cartier signalait le commencement du ‘‘pays de Canada,” lorsqu'il entra dans le grand fleuve en 1535.

En voilà assez pour faire comprendre la valeur de la carte en question. 1l serait très facile d’en lever une copie conservant les proportions qu’elle a sur l’original. De cette manière nous pourrions lire facilement les noms dont elle est chargée et qui ne manquent pas d’intérêt pour nous. Notre bibliothèque fédérale, qui possède déjà des cartes manuscrites, devrait se procurer celleci pour enrichir sa collection et faciliter l’entente de l’histoire de notre pays au X VI siècle.

Disons un mot au sujet de la mort de Roberval. J'aime mieux croire Thevet que la tradition.

Thevet est reconnu véridique lorsqu’il parle de ce qu’il 4 vu ; lorsqu’il parle sur ouïi-dire, il est sujet à caution. Comme il était très lié avec Roberval, et qu’il dit que ce dernier fut assassiné la nuit près du charnier des Innocents, à Paris, je ne m’arrête plus à la légende qui le fait mourir en Amérique.

Faisons des vœux pour que, de plus en plus se rencontre dans nos familles canadiennes le goût des livres qui nous instruisent de l’histoire du Canada! Ii existe ce goût, mais il me semble qu’il ne se développe pas assez rapidement. Les lectures frivoles dominent trop partout, Les

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jeunes gens n’ont pas honte de dire qu’ils ne lisent rien de l’histoire de leur pays, de leur race, de ce qui les touche de plus près enfin ! En apercevant les présentes Pages d’Histoire il y en a plus d’un qui passera au roman, pour éviter d’apprendre ce qu’il devrait savoir.

Telles sont les pensées qui s’emparent de nous en parcourant un ouvrage bien fait, comme celui de M. Gaffarel : on regrette de ne pas le lire tout haut devant des milliers de personnes.

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Avant le premier voyage de Cartier (1534), les trafiquants français fréquentaiens le golfe Saint-Laurent. La pêche et la traite des pelleteries y attiraient les armateurs. Lors de la visite de Champlain (1603), on troquait déjà dans le fleuve jusqu’au lac Saint-Pierre, et les nations situées plus à l’ouest en avaient connaissance.

Nous avons pris l’habitude de concentrer notre attention entre Montréal et Québec, durant la période de Champlain. Je me propose de reporter un instant la pensée du lecteur sur le bas du fleuve, principalement dans le golfe, au cours des années qui s’écoulent de 1600 à 1632.

Ni je ne soulève pas de problème intéressant, je pourrai du moins offrir un tableau des choses alors les plus ordinaires dans ces parages, et montrer que la lutte—car il y a toujours lutte en ce monde—avait lieu plutôt pour le commerce qu’en faveur de la colonisation. Le vaste et riche domaine maritime de la Nouvelle-France était tout, aux yeux des navigateurs et des hommes

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et le Canada proprement dit n’entraient point

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efforts de la France, ou piutôt des Fransais, $’arrêtaient à la porte de notre pays. Le

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champ ainsi exploité satisfaisait les ambitions du grand nombre. Au-delà se trouvait l’avenir, que peu de personnes étaient en état d’apprécier. Une Nouvelle-France non seulement maritime mais terrestre—colonisée en un mot—paraissait comme un rêve aux yeux du vulgaire ; aussi Champlain fut-il peu écouté, encore moins secouru.

L’amiral de Coligny, reprenant (1555) le travail de Roberval, avait voulu fonder nne colonie Stable. Il obtint l’assentiment d’Henri II ; mais on s’occupait alors de la Floride et du Brésil, d’où André Thevet revenait chargé de renseignements. Le Canada fut négligé encore une fois. Nicolas Durand de Villegagnon conduisit ses compatriotes vers l’Amérique du Sud sans pouvoir les y fixer. Cet échec qui parut inexplicable, dans un pays regardé comme supérieur au Canada, ne ponvait que faire reculer l’idée coloniale, et c’est ce qui ne manqua pas d’arriver.

Mézeray, parlant de Villegagnon, dit qu’il ‘ commença de faire voir aux Espagnols qu’ils ne seraient pas tout sculs les maîtres du nouveau monde.” L’impression de Mézeray date de la fin du gouver 1ement de Richelieu, 1640 ; il est douteux qu’elle ait existée à la cour de France vers 1560. Toutefois les Bretons, et avec eux la famille de Cartier, persistaient à se diriger du côté du Saint-Laurent, mais pour les fins du commerce uniquement. Les Anglais faisaient de même, sur une assez grande échelle, se tenant de préférence à Terre-Neuve, tandis que les Bas-

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Pontgravé, Chauvin, de Chatte, Champlain, tentèrent en 1603 de créer un mouvement en faveur du Canada. L’année suivante, Henri IV permit à toutes les classes de la noblesse de se livrer au négoce sans déroger, aussi commencèrent-elles à entrer dans les compagnies anciennes ou qui se formaient dans cette vue ; elles y coudoyaient les gens de robe et les marchandsbourgeois —ce qui était un spectacle nouveau.

Les Basques débitaient beaucoup de poisson sur les marchés de France. Ils tournèrent les regards des armateurs vers la région de l’Acadie. Le golfe Saint-Laurent était redouté des pilotes à cause de ses côtes dangereuses et des tempêtes qui y sévissent. De deux maux on choisit le moindre : l’Acadie fut préférée.

L'expérience personnelle des navigateurs tenait lieu de renseignements é:'its ou publiés. Les cartes, s’il y en avait, étaient {a propriété secrète de ceux qui les dressaient, à la suite de leurs propres voyages. Telle maison de commerce payait les services de pilotes et de capitaines qui possédaient des connaissances spéciales dans cet ordre de choses, et parvenait à réaliser de forts bénéfices en perdant moins de vaisseaux ou en trafiquant sur les côtes peu ou point connues de ses rivales. Tout était mystère pour les mariniers de l’Europe dans ce golfe immense, dans ces baies profondes, dans ces rivières étonnantes, dans ce fleuve rempli d’écueils et balayé par les

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géait pas non plus également entre les races civilisées qui cherchaïent à traiter avec eux. Chaque capitaine exerçait un prestige plus ou moins direct sur l’imagination des diverses tribus. C’est pourquoi la palme du succès revenait au plus habile marin et au plus adroit négociateur. La bravoure sous les armes et le génie militaire dans les combats devenaient ainsi des qualités de rigueur. Le pavillon de certains navires était plus respecté que celui des autres, à cause du chef d’équipage qu’il annonçait aux matelots étrangers comme aux indigènes.

Le trajet entre les deux continents se faisait rarement en ligne droite. Le P. Biard, parti Ce Dieppe en 1611, raconte qu’il toucha d’abord deux ou trois fois aux côtes d'Angleterre, puis descendit en longeant les terres de France jusque vers La Rochelle, où il fut tout surpris de voir le navire continuer sa route au sud jusqu'aux îles Açores, après quoi, virant de bord, il se dirigea vers le Cap-Breton. Ces zigzags se rencontrent dans plusieurs voyages de l’époque. Les marins m'ont dit, ajoute le P. Biard, que pour trois raisons ils descendent ainsi aux Açores : pour éviter la mer du Nord, pour s’aider des vents du sud, pour mieux calculer leur maïvhe sur le soleil; mais, dit-il de nouveau, je n’en veux rien croire. Ils descendirent jasqu’à 39 © 30? sans voir les Açores, et tournèrent, pour atteindre le grand banc de Terre-Neuve, qu’il estime large en quelques enüroits de vingt-cinq lieues. ‘ Sur le bord de ce grand bane, dit-il, les vagues sont d’ordinaire fort furieuses trois

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plus D Canseau.’’ . La Le petit tableau aui suit met en regard quelitaire À ques localités européennes et américaines qui se tés de D trouvent sur une même latitude tout en jouissant était de températures très différentes : se du D 50° Ville de Dieppe. Milieu de la pointe nord telots de Terre-Neuve. Passage entre l’île d’An-

__. ticosti et la rive nord du fleuve Saint-Laurent. faisait À Ville de Winnipeg.

ti te À 47° Ville de Nantes. Sortie de la Loire. Pas- 1 abord : sage entre Terre-Neuve et le Cap-Breton. 11 , Puis Ville de Québec. 14 jusque À 46° Ville de La Rochelie. Pointe est du Cap- | l e voir Breton. Ville de Scret. Michillimakinac. ni: Ju’aux À 46°, 45°, 44© Grand banc de Terre-Neuve. 4 | se di- La Nouvelle-Ecosse. Montréal. Kingston, : | DE : td 43° —S$aint-Jean-de-Luz, pays des Basques. | 4 |

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Pointe sud de la Nouvelle-Ecosse. Portspour mouth, entre Portland et Boston.

FOTeS * D 40° Ville de Lisbonne, Portugal. Iles Açores.

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sure Done, le P. Biard alla du 50® au 40° ,et rede monta au 46© pour arriver à Canseau, Cap-Breton. Ayant, si l’on veut, cent lieues à parcourir ar at- A 4 ME qu’il du nord au sud, il en avait fait quatre cents. t-cinq

wiqe (1) L’imprimé que j’ai sous les yeux dit bien Açores, dit-il, mais je pense qu’il faut mettre accores, contour d’un trois Æ banc sous-marin ou d’un écueil. On dit aussi écores,

Au printemps de 1604, le sieur de Monts, partant pour fonder un poste en Acadie, confia un navir2 au Capitaine Pontgravé, avec instruction de cha, ser de Canseau et des alentours du Cap- Breton les Français qu’il y rencontrerait faisant la pêche ou la traite. Pontgravé captura quelques Basques, mais on sait que cela ne suffit pas pvuur arranger les affaires de son maître, lesquelles se gâtaient fort en ce moment. L’année suivante, le fondateur de Port-Royal se recommandait aux pêcheurs de morue pour se procurer les moyens de retourner en France ; ils lui brûlèrent la politesse, et de plus portèrent plainte à Hen:i IV, qui leur donna gain de cause,

Poutrincourt, qui obtint le privilège de de Monts, ne manqua pas, dès 1606, de recommander au même Pontgravé la saisie des bâtiments qu’il trouverait au Cap-Breton, Les navires de de Monts qui fréquentaient encore le golfe Saint- Laurent, à la suite d’une entente avec Poutrincourt, furent pillés à cette époque par des corsaires hollandais.

Sully, ambassadeur d’Henri IV, baissait pavillon, à trois lieues des rives de France devant la menace d’un simple brigantin de Londres. La marine anglaise tenait la mer, les Hollandais venaïient en second lieu, les pirates d’Alger et de Tunis s’en mêlaient, les entrepreneurs de colonie, comme de Monts, avaient des vaisesaux armées ; et de tout cela résultaient des hostilités continuelles.

Dans l’été de 1608, Pontgravé, se rendant à Québec, voulut arrêter des commerçants basques

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qui trafiquaient sur son chemin ; mal lui en prit car ile résistèrent, capturèrent son bâtiment, et blessèrent Pontgravé lui-même d’un coup de feu. La situation n’en était que plus mauvaise; à peine commencées les colonies de Port-Royal et de Québec se voyaient entourées d’ennemis appartenant à quatre ou cinq nations aventureuses et braves.

Pontgravé est le marin qui a le plus souvent parcouru le golfe Saint-Laurent, de 1600 à 630. Sur des coquilles de quarante à cent tonneaux, il se lançait à travers l’océan et les dangers du grand fleuve. ‘avant le froid, les glaces, les vents, les compagnies hostiles, les corsaires, la famine, les révoltes de ses propres matelots, et faisant passer les Malouins partout, selon son cri de guerre connu (1). Si ce capitaine avait laissé des mémoires écrits, ne serait-ce qu’un journal de bord, nous saurions beaucoup de choses qui se sont effacées du souvenir des hommes. A défaut de tels renseignements, tâchons de reconstruire une partie de ce passé déjà lointain.

Poutrincourt raconte que, retournant en Acadie, en 1610, un navire de forban fit mine de

(1) “ Pon-Gravé était un de ces capitaiees demi- Bretons, demi-Normands, également propres au commerce, à la navigation, au combat, et qui, lorsqu’on les hélait snr l’océan, au lieu de hisser comme sauvegarde le pavillon de France, criaient Malouins ! et passaient sous la protection de leur conrage ”, (Emile Souvestre : Loin du pays.)

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l’attaquer,(1) et ne se retira qu'après avoir constaté les forces au bâtiment français.

Il existait des pirates dans ces parages antérieurement à Poutrincourt, Remarquons cependant que la mort &’Henri IV, snrvenue le 14 mai 1610, inspirait une audace nouvelle aux écumeurs de mer. Jusque-là le roi üe France était parvenu à contenir, dans une certaine mesure, les forbans des Etats barbaresques, ainsi que d’autres qui leur aidaient dans les entreprises de ce genre. Lui mort, et la terreur de son nom dissipée, les pêcheurs du Saint-Laurent offraient une proie facile aux coups des Tunisiens et des Algériens.

Par Te traité intervenu entre ie sultan et Henri IV, ‘les Vénitiens, les Anglais, les Espagnols, les Portugais, les Catalans, les Ragusoiïs, les Ge: nevois, les Anconitains et les Florentins, et généralement toutes nations ?’ pouvaient librement trafiquer dans l’empire ture ‘‘ sous l’aveu et sûreté de la bannière de France, laquelle, dit le traité, ils porteront comme leur sauvegarde... obéissant aux consuls français... et d’autant que les corsaires de Barbarie, allant par les ports et havres de France, y sont reçus et secourus, et aidés à leur besoin de poudre et piomb et autres choses nécessaires à leur navigation, trouvant des vaisseaux français à leur avantage, ils ne laissent de les piller et saccager, en faisant les personnes

(1) Lescarbot dit que c'était vers les Casquets, un peu à l’ouest de Dieppe. \Ve pas confondre cette localité avec Mnnquet, petite ville de la basse Bretagne, pays des Cornouailles, que Champlain mentionne à la page 349 de ses Œuvres.

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esclaves, contre notre vouloir et celui du défunt emp-reur Méhémet notre père... commandons que les Français pris contre la foi publique soient remis en liberté... Si les corsaires continuent leurs brigandages, à la première plainte qui nous en sera faite par l’empereur de France, les vicesrois et gouverneurs des pays de l’obéissance desquels seront les voleurs et corsaires seront tenus des dommages et pertes qu’auront faits les Français, et seront privés de leurs charges... Si les corsaires d’Algers et Tunis n’observent ce qui est porté par cette capitulation, que l’empereur de France leur fasse courir sus, les chastie... nous approuvons... Se trouvant par notre empire des esclaves français, étant connus pour tels des embassadeurs et consuls (1), ceux au pouvoir desquels ils.se trouveront faisant refus de les délivrer, qu’ils soient obligés da les amener ou envoyer à notre Porte, afin d’être jugés à qui ;) appärtiendra... Déclarons ceux qui contreviendront à ce notre vouloir, rebelles, etc.?? (2)

Cette situation changea notablement après l’assassinat du roi de France, car un enfant placé sur le trône, au milieu des factions italiennes et françaises qui se disputaient le pouvoir, n’avait rien de redoutable aux yeux des Turcs.

Le capitaine Foulques (ou Foucques. ou Fouque), de La Rochelle, commandait un navire à

(1) Un frère de Poutrincourt vivait en Turquie et s’étaic fait musulman.

(2) Archives curieuses de l’H:stoire de France, série 1,t. XV, pp. 411, 414, 419 et 421,

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destination de l’Acadie, dans la société du sieur de Monts, en 1604 ; il commandait aussi le Jonas, qui partit de La Rochelle, en 1606, avec la colonie de Poutrincourt. C’est lui sans doute qui nous a laissé le rapport suivant, daté de 1612 :

‘ Memoires portants plvsievrs advertis#emens presentez av Roy par le Capitaine Foucques, Capitaine ordinaire de sa Majesté en la marine du Ponant, apres estre deliuré de la captiuité des Turcs, pour le soulagement des François, et autres nations Chrestiennes, marchands et matelots qui trafiquent sur mer. .

‘€ Sire :—I1 me serait mal seant, suyvant mon petit jugement, si je n’avoi adverty Vostre Majesté des tyrannies et cruautez qui se commettent journellement sur vos pauyres subjects françois, Dieu m’ayant de sa grace retiré*de cette meésme peine afin de vous en donner advertissement, pour en prendre la vengeance, ayant la force et la puissance en la main, que Dieu vous a donnée pour ce faire contre tous payens et infi-

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trafiques et narigations ordinaires, sur l’assurance de la continuation de la paix accoutmmée entre Vostre Majesté et le Grand-Sultan, qui néanmoins ne laisse à présent, et tous autres de la nation chrestienne et voyager, d’estre pris et menez captifs dans la ville des Thunes (Tunis), par le Carossemen ou ses adhérans, qui est un homme ture de nation, aagé de cinquante-cinq ans ou environ, homme bazanné, fort Grand et puissant à l’advenant, qui estoit soldat pour le grand Sult n sous le baschat (pacha) que le dit

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l’assuutrmée nn, qui tres de pris et Tunis), est un te-cinq and et pour le e le dit

Sultan tient ordinairement au royanme de Thunes ; et ce dit Carossemen estant natif de la dite ville de Thunes, estant soldat genissaire, est si bien parvenu depuis quinze ans qu’il a assujetty tous les grands de Thunes sous son obéyssance, pour'ävoir acquis l’amitié de tous les genissaires et basuhats. Es il n’y a que douze ans qu’il n’avoit que deux esclaves dont l’un est François de Croisy, lequel il tient encore en son pouvoir, et à présent à sept cens esclaves à iuy seul, tant Italiens que François, Espagnols et Flamans ; et a deux gâlères bien armées, des meilleures qui se peut voir, avec six grands vaisseaux, dont le moindre est de trois cens tonneaux, et deux pataches, par le moyen de quoy il s’est rendu seigneur et supérieur dans tout le pays... Ses vaisseaux prennent sur tous, tant François que Flamans et autres, soit terreneviers ou pescheurs venant de la Terre-Neufve, ou navires marchans, sans exempter aucune nation. Il y a trois ans (1) qu’il n’y avait rien de cecy ; en toute la force de Thunes il n’y avait que deux galliotes ou trois au plus ; ils ne prenaient point sur les François comme ils le font à présent. S'ils prenaient quelque chôse, ils ne captivaient point les hommes, si ce n’est que, depuis les dits trois ans, un

R meschant forban anglois, nommé Gardes, et un

autre Flaman, ou forban ou voleur, qui est marié à Marseille, nommé de Haïüs, lequel s’est retiré à

| présent dans la ville d’Arges (Aïger), ne capti-

vant nuls François, mais prenant et pillant leurs

(1) C'est-à-dire avant la mort d'Henri IV,

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marchandises. Et est dans un navire à luy de faire six cens tonneaux et quarante pièces de canon, D avai avec trois cens hommes, et deux autres moyens batte navires prenant sur toutes nations ; et un appelé | On Biche, un appelé Sanson, un appelé Antoine et EU un nommé Glandfil, torts capitaines voleurs et Æ 6e co forbans, anglois de nation, lesquels ont esté bien Samu venus avec Carossemen ei ses associés turcs. Saint Lesquel Anglois ont instruit les Turcs à armer et semel mettre vaisseaux sur mer, prendre et captiver de b: sur toutes les nations chrétiennes... Et avec toute l’exet ceste force destruiront la chrestienté, si on n’y du te: met remède, et la France qui en patira le plus, De comme n’ayant eu jusques à présent aucune def- sillon: fence en la coste...Quant au roy de France, il et au (le Carossemen) dit qu’il est plus fort que luy, Æ tirait et qu’il ne sçauroit avoir mis deux gallères en allaier mer, et qu'avec les siennes il ira jusque dans les À l’exist ports de France... Le consul des François qui est À die, a

à Thunes est l’un des traistres ; il a de chacun Æ comme François qui est là captif dix escus pour consen- penins tir et dissimuler avec le Carossemen... Il est à le gol marié à Marseille, et s’appeile Hugues Changet.…. 2 Les À Il y a aussi un appelé Soubéran, qui est natif de setts, Nîmes, avec ses consors, qui sont un appelé An- Sir W thoine Lovic, Corse, marié à Marseille, et ses À nie éco deux beau-frères, les Martins de la dite ville, et Court, Antoine Belauger et Servien, commissaires de l'artillerie de ‘“rovence, et monsieur Nicolas,

maistre fondeur de Marseille ; ceux-ey ont mené + hs un nommé Guillaume, fondeur de son estat et More nepveu de ce maistre fordeur du dit Marseille, tre le je qui est fondeur du Carossemen à Thunes, pour fuence f

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y de faire des canons... A la fin de juillet dernier, ils anon, avaient achevé de fondre la quatriesme pièce de )yCNS batterie et coursiers de gallères...”? (1)

ppelé On le voit, la situation n’était guère rassuranne et |} te. Pour les colonies de la Nouvelle-France elle rs et | se compliqua de l’hostilité des armateurs anglais. é bien | Samuel Argall Gétruisit en 1613, (2) les postes de turcs. Saint-Sauveur et de Port-Royal, les seuls établisner et sements française de l’Acadie, C'était un acte ptiver | de brigandage, commis en pleine paix et sans toute l’excuse d’une provocation, Voilà bien les mœurs on n’y du temps.

plus, De nombreux vaisseaux de toutes les nations e def- sillonnaient le golfe, à la recherche de la morue ice, il D et autres produits de la pôche. Chacnn s’en e luy, tirait avec peine et misère, et les aggressions res en M allaient leur train. J'ai raconté, il y a deux ons ans les à l'existence de Biencourt et de ses gens en Acaui est die, après 1615. Deux compagnies françaises hacun % commencèrent (1619) à exploiter les côtes de la ‘onsen- % peninsule. On dit que, en 1621, il cireula duns Il est à le golfe huit cents navires de traite et de pêche. nget.… D Les Anglaïs s’établissaient er 1620 au Massehuatif de setts, Biencourt et Latour érigeaient des {urts. lé An- ir William Alexander tentait de créer une coloet ses nie écossaise sur les ruines de celle de Poutrinille, et À court.

res de Ficolas, t mené stat et rseille,

(1) Archives curieuses de l’Histoire de France, série 1,

t. XV, p. 368.

(2) Les princes français étaient en pleine révolte con-

tre le jeune Louis XIII et son ministre Concini. L’in-

, pour Mfuence française devenait nulle en Europe.

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Tout cela »: se faisait pas sans amener des

conflits, et, comme le désir de s'emparer des . meilleurs endroits de ce nouveau monde gran- av dissait à Londres et à Paris, ie recours à la force ss: brutale suivait le développement des ambitions M mises en jeu pour y parvenir. Biencourt, Latour FN et Champlain, qui visaient plus haut que le sim- ( Are ple commerce, ne recueillaient presque aucun # té avantage ; ils étaient même exposés à beaucoup Ric de contretemps et de träcas par suite de ces ani DRE mosités. On les voit s’en plaindre fréquemment. à da ï La lettre admirable de Biencourt (3) (1618) nous xs en fournit une preuve assez tangible, Paris, De

qui s’approvisionnait de poisson dans notre golfe, é ‘3 se voyait menacé d’en manquer par suite des E SU périls que couraient les navires français dans ces à es parages où les haïines nationales s’exerçaient ou- + barre vertement, tandis que la France était en proie dat

aux guerres civiles et religieuses. Ted La lutte du parlement et des princes contre M Marie de Médecis, le soulèvement des Huguenots rs de Guienne et du Languedoc (1615), l’arrestation di Û ë du prince de Condé, vice-roi de la Nouvelle chelies France (1616), l’envoi de trois armées royales contre le parti des princes, l’assassinat de Con- Ri | cini (1617), la révolte du Béarn, les débuts de af d M aîné guerre de trente ans en Europe (1618), la guerre) & nb

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(3) Mon ami Alfred Garneau dit qu’il attribuerait cette lettre à Marc Lescarbot, si elle ne portait une autre signature. En effet, c’est le style de Lescarbot. Je crois qu’il l’a écrite, et que Biencourt l’a signée, car il n’y a pas d’apparence que ce dernier fût un écrivain,

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entre Louis XIII et sa mère (1615), la réunion

de la Navarre à la France (1620), la prise d’ar-

mes des calvinistes du royaume (1621), la guerre de la Valteline (1623), la guerre contre Gênes, une autre insurrection des protestants françuis

| (162b\,—1l n’en fallait pas davantuge pour em- | pêche: Louis XIIT de s'occuper du Canada, si

toutefois il en avait eu le désir, Richelieu, entre au Conseil (1624), était mal vu

du roi, et d’ailleurs ce ministre s’occupait trop » des affaires du dedans pour songer à celles du

dehors.

Depuis 1605, Jacques I, fils de Marie Stuart, régnait paisiblement sur l’Angleterre d’où il

| avait chassé les jésuites après la célcbre ‘‘ cons-

piration des poudres.” Ses sujets profitaient de la tranquillité publique pour créer des colonies sur le littoral de l’Atlantique, et supplanter les

Français dans le golfe Saint-Laurent, où ils venaient pêcher en eau trouble—c’est le cas de le dire, puisque la France ne protégeait plus ses

nationaux dans ces parages. Au moment où Richelieu pesa décidément dans la destinée de son

| pays, et parla tout haut de surveiller les affaires

de l'Amérique, le roi d'Angleterre maria son fils aîné, Charles I, avec Henriette, fille d'Henri IV, et mourut aussitôt (1625), laissant e trône à ce fils désormais allié de la France, ercyait-on.

Le frère Gabriel Sagard, se rendant au Canada, dans l’été de 1623, nous fournit une peinture assez vive de ce qui se passait sur l’Océan à cette

époque. Citons quelques lignes de sa description :

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‘ On se plaint avec raison du grand nombre de voleurs et de larronneaux, qui en guise de chenilles couvrent aujourd’hui presque toute la surface de la terre, dont les uns semblent honnêtes gens et passent pour de gros messieurs, et ceuxlà sont les pires de tous, car ils dérobent beaucoup et font pendre ceux qui prennent le moins. Les autres, moins dungereux, sont ceux qui comme hiboux ne vont que de nuit, Sons assez mal couverts et aussi peu courtois... De ces pirates vous en voyez qui font les honnêtes marchands pour n’être point svupçonrés, et surprendre quand ils trouvent leur coup disposé... et ce fut un de ceux-là qui nous vint menacer à deux ou trois cents lieues en mer... mais il nous laissa aller, ayant bien opinion qu’allant en Canada on n'avait pas grand richesse... Nous rencontrâmes ur petit navire anglais... Il pouvait s’esquiver, mais comme nous étions assez bons voiliers, nous allâmes à lui-et lui demandâmes, selon la coutume de la mer usitée par ceux qui se croyent les plus forts : ‘ D’où est le navire 4 ?’—Il répondit: “Angleterre.” —On lui répliqua: ‘‘Arenez ! ” c’est à dire abaïssez vos voiles, sortez votre chaloupe et venez nous faire voir votre congé... En cela il se commet souvent de très grands abus, pour ce que tel teint d’être marchand, et avoir bonne commission, qui lui même est pirate et marchand tout ensemble, se servant des deux qualités selon les occasions et rencontres. De même nos mariniers eussent bien désiré la rencontre de quelque petit n° ire espagnol, où il se trouve ordinairement de riches marchandises,

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poür en faire eurée et contenter aucunement ieur convoitise, comme si prendre le bien d’autrui sur mer n’était pas larçin et volerie obligeant à la damnation éternelle, aussi bien que le prendre sur terre... Nos Anglais vinrent à nous, savoir : leur maître, un vieil gentilhomme... ils aæppréhendaïent le même traitement qu’ils sont accoutumés de faire aux Français, quand ils ort le dessus, e’est pourquoi leur chef offrit en partieulier à notre capitaine tout ce qu’ils avaient en marchandises en leur navire, pourvu que la vie sauve on les laissât aller en leur pays avec un peu de vivres, ce que notre capitaine refusa... Néanmoius il nous fit accepter un baril 4e petun et un autre de patates : ce sont certaines racines des Indes, en forme de gros naveaux, rouges et jaunes, mais d’un goût beaucoup plus excellent que toute autre racine que nous ayons par deça”’.

Si l’on veut savoir comment Se gouvernaient les affaires du golfe et du fleuve Saint-Laurent, de 1621 à 1625, lisons les mémoires de Champlain, dont voici quelques extraits :

En 1621, le roi et le duc de Montmorency adressèrent des lettres au fondateur de Québec pour lui recommander de faire bon accueil à la nouvelle compagnie dirigée par les sieurs de Caen,

sur quoi Champlain fit l’observation suivante :

“Fendant qu’une société, en un pays comme celui-ci, tiens la bourse, elle paye, donne et assiste qui bon lui semble, Ceux qui commandent

} pour Sa Majesté sont fort peu obéis, n’ayant per- |: sonne pour les assister que sous le bon plaisir de D la compagnie, qui n’a rien tant à ecntre cœur ?’,

Le 23 juillet 1623, Champlain écrivit de Québec: ‘Ce jour même arriva le pilote Doublet, lui sixième, dans une double chaloupe qui venait de l’île Saint-Jean et Miscou, où était le sieur de la Ralde en pêcherie, qui donnuit avis au sieur de Caen que des Basques s'étaient retirés à le dite île Saint-Jean pour se mettre en défense si on les allait attaquer, ne voulant subir aux com: missions de Sa Majesté, et qu’ils s'étaient saisis d’un moyeu vaisseau où était un nommé Guers (ou plutôt Guérard), qui l’année d’auparavant était venu à Tadoussac... Ces Basques avaient donñé de mauvaises impressions de nous aux Sauvages des côtes. Le premier du mois de juin, (1) arriva à Québec un canot de Tadoussac qui nous dit qu'aux environs du Bicq il y avait un vaisseau rochelois qui traitait avec les Sauvages, que dans ce vaisseau était un puissant homme qui y commandait, étant toujours masqué et armé... L’on empêche les autres vaisseaux de venir traiter avec les Sauvages.” Ceux-ei, ajoutet-il, se procuraient des marchandises à meilleur marché des Rochelois et des Basques que de la Compagnie du Canada. Ce même printemps, l’an des vaisseaux des sieurs de Caen fut pris par les Hollandais ou Flamands. Le 19 septembre 1624, Champlain retournant en France, aperçut dans

(1) Vers cette date, le capitaine Charles Daniel, qui commandait un navire de Dieppe en destination du Canada, soutint sans désavantage un rude combat contre des bâtiments anglais, (Julien Félix : ‘ Voyage du capitaine Charles Daniel.’

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le golfe Saint-Laurent, un navire de La Rochelle et lui donna la chasse, mais sans pouvoir l’atteindre. Le frère Sagard, qui était du voyage, dit que ce navire était ‘‘uu pirate rothelois qui nous ‘était venu reconnaître.” Il ajoute que les équipages de Champlain parlaient avant ce moment d’attaquer onze bâtiments basques, vers Miscou, et d’aller ensuite s’emparer des vaisseaux espagnols aux îles Açores. ‘‘ Dieu ‘sait quelle prouesse nous en eussions faite, “ dit-il, n'ayant pu prendre un forban de ‘ soixante tonneaux ! ?’ Le 27 septembre, sur les bancs de Terre-Neuve, une petite barque où commandait Cananée se sépara de Champlain, pour aller à Bordeaux, selon :’ordre qu’il en avait. ‘ Depuis, nous sûmes qu’elle fut prise des Turcs, le long de la côte de Bretagne, qui amenèrent les hommes qu’ils y trouvèrent eë les firent esclaves’.

Dans la commission que le duc de Ventadour accorde à Champlain, le 15 février 1625, il autorise celui-ci à saisir hommes, vaisseaux et marchandises, de provenance française qu’il trouvera trafiquant notamment depuis Gaspé jusqu’au cinquante-deuxième degré nord, et à les livrer à la justice. Champlain ajoute: ‘Il y à un lieu dans le golfe Saint-Laurent qu’on nomme la Grande-Baïe, proche du passage du nord de l’île de Terre-Neuve, à cinquante-deux degrés, où les Basques vont faire la pêche des baleines ??.

Dans l'été de 1626, Champlain étant à Québec raconte que le sieur de la Ralde lui he des

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