L’abolition du droit d’héritage
i. La confiscation des biens des émigrés et des révoltés.
o. La concentration du crédit entre les mains du gouvernement par le moyen d’une banque d’Etat et par un monopole exclusif.
fi. La centralisation des moyens de transport dans les mains de l’Etat.
7. L’augmentation du nombre des fabriques de l’Etat et des instruments de travail; la culture et
(1) Je cite d’après- le texte de la première édition de 1848.
l’amélioration de la terre dr après un plan général.
8. Le travail obligatoire pour tous; l’organisation d’une armée du travail, spécialement pour l’agriculture.
C’est avec ce programme que Marx et Engels commencèrent leur propagande socialiste et révolutionnaire. Que les gens impartiaux jugent chez qui les idées humanitaires et sociales ont été conçues plus largement : ou chez Louis Blanc, avec sa devise : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins» , et avec les associations autonomes, ou chez Marx et Engels, avec leur « monopole exclusif », la « culture de la terre d’après un plan général » et 1’ « organisation d’une armée du travail spécialement pour l’agriculture » ?
De quoi se vante donc Engels? Je comprends que l’on fête l’anniversaire de la publication du Manifeste de Robert Owen en 1813, parce qu’il proclamait des idées socialistes réellement larges et humanitaires. Mais glorifier la date d’apparition sur l’horizon politique d’Engels avec ses idées rétrogrades et sa tactique maintes fois néfaste!... Excusez du peu.
Etudions à présent l’autre date glorieuse, celle de 1872-73, l’époque à laquelle on « arrêta un plan de conduite » qui aboutit à Zurich aux déclarations que l’on sait et dont lé seul résultat possible est de soutenir le système gouvernemental actuel, basé qu’il est sur l’exploitation capitaliste et sur un militarisme inconnu dans le passé.
Il faut dire que nous sommes un peu surpris qu’ Engels trouve matière à féliciter Marx et lui-même au sujet des derniers congrès de l'Internationale. ' La gloire réelle de Marx, c’est la rédaction des considérants et des statuts généraux de la grande Association; elle correspond à la période qui s'écoule, de 1864 à 1869, jusqu’au congrès de Bâle — l’apogée de Marx. Autant que l’on sait, les congrès de 1872 et 1873 laissèrent des souvenirs amers chez Marx, qui vit bien que leur résultat était une condamnation à mort de sa fraction centraliste-étatiste. En vérité, depuis cette époque, la fraction marxiste de l’Internationale cessa d'exister et les congrès tenus jusqu’à 1882 le furent exclusivement
par les fédéralistes-bakounistes connus sous le nom d’anarchistes. Mais si Marx pp fut pas content du résultat du congrès de J 872, Engels, au contraire, triompha, car depuis longtemps il méditait de provoquer une scission dans l’Internationale. Imbu des idées rétrogrades que nous avons citées plus haut, Engels avait voué une haine implacable au parti fédéralisteanarchiste, surtout aux membres de l'« Alliance socialiste internationale ». Les fédéralistes dominaient dans 1 Internationale en Suisse, en Belgique, en Espagne, en Italie.
Engels, en sa qualité de membre du Conseil général de l’Internationale et comme membre correspondant pour l’Espagne, écrivait, le 24 juillet 1872, au conseil fédéral espagnol une lettre incroyable, dans laquelle il réclamait « une liste de tous les membres de l’Alliance » et qui se terminait par cette phrase : « A moins de recevoir une réponse catégorique et satisfaisante par retour du courrier , te Conseil général se verra dans, la nécessité de vous dénoncer publiquement... » etc. (Voir Mémoire de la Fédération Jurassienne , page 250.) Engels écrivit cette lettre sans demander l’opinion des autres membres du Conseil. Le Conseil, sur l’avis de Jung et de Marx, ne donna pas suite à cette lettre, fameuse désormais.
La place me manque pour donner les détails des intrigues menées par Engels, Lafargue, Outine et tant d’autres contre les fédéralistes et contre Bakounine et James Guillaume spécialement. Disons seulement que ces intrigues amenèrent la scission de Llnternationale qui eut lieu au congrès de triste mémoire de 1872. En général, on ne connaît pas beaucoup la manière dont ce congrès fut convoqué. Il suffit de dire que Marx et Engels donnèrent l’ordre au délégué Sorge, de la section allemande de New- York, de ramasser des mandats en blanc en aussi grande quantité qu’il pourrait. Sorge en apporta réellement beaucoup. Ils furent distribués à droite et à gauche aux partisans de Marx et d’Engels. Mais cé qui fut un comble, c’est que ces messieurs amenèrent avec eux comme membres du Conseil général de l'Internationale
des hommes qui n’avaient jamais fait partie d’aucune section, et même le fameux ami intime d’Engels, Multman Barry, le correspondant du Standard et l’agent des conservateurs anglais. Avec une majorité composée de la sorte, ils exclurent Bakounine, Guillaume et avec eux les fédérations jurassienne, espagnole, italienne, belge, anglaise. Avec Marx, Engels, M. Barry et autres restèrent seulement les Allemands et quelques groupes isolés dans les différents pays. Tous les éléments actifs et révolutionnaires se rallièrent aux fédéralistes-anarchistes et ce sont eux qui continuèrent jusqu’en 1882 à convoquer les congrès de l’Internationale (1).
Quelles dates évoqua Engels! Qu’y a-t-il d'étonnant à ce qu’une majorité légalitaire, issue de bases aussi glorieuses, pactisât à Zurich avec les gouvernements, battît les indépendants et prêchât la guerre?...
Dictature et prétention scientifique.
Pour avoir une idée plus nette de la conduite de Marx et d’Engels comme irspirateurs du Conseil général de l'Internationale, il faut voir quelle fut leur attitude pendant la Commune de Paris.
Le 3 avril 1871, le Conseil général de l'Internationale de Londres écrivait à Paris : Les citoyens , membres du bureau de Paris, sont invités , vu l’état des choses, à adresser au bureau central ci Londres des rapports journaliers.
Demander des rapports à des gens qui se battent! Mais pourquoi des rapports?
(1) Il n’est pas inutile de rappeler que Jung avait refusé de se rendre à ce congrès. « Marx et Engels me pressèrent de venir... Je refusai... Le jour suivant, ils revinrent... Engels me dit même : « Vous êtes le seul homme qui puisse sauver l’Association. » Je lui répondis que je ne pouvais aller à la Haye qu'à une seule condition, c’était que Marx et lui n’y allassent pas. » — On voit que, même parmi leurs adhérents, on considérait leur influence comme néfaste.
mr
Du 9 avril : Nous attendons le résultat pour vous donner nos instructions.
Au moins Bismarck et l’empereur Guillaume, qui prétendaient commander, étaient présents sur le champ de bataille! Mais le Comité général, dirigé par Marx et Engels, aimait mieux rester en sécurité, les pieds sur les chenets, et donner des instructions. Et quelles instructions!
Du 4 avril : Ne créez pas d' agitations inutiles en province.
Du 9 avril : D'ici là , laissez ■ agir les républicains et ne vous compromettez en- rien.
Ou bien : La lutte est définitivement engagée. Nous comptons sur vous pour la soutenir.
Mais le comble de l’absurdité, c’est que ,ces gens, avides de pouvoir, voulaient aussi contrôler le mouvement de chaque combattant socialiste. Ainsi :
Du 23 mars : Gardez Gobert à Lyon , Henriet avec vous et envoyez Estein ci Marseille.
Du 24 mars : Envoyez Cluseret à Paris (beau cadeau, ma foi ! qu’ils lui faisaient).
Du 20 mars : En présence des difficultés qui entravent le départ pour Lyon des citoyens Assi et Mortier , le citoyen Lcindeck est délégué à Marseille et à Lyon avec, pleins pouvoirs (1).
Suivant les statuts de l’Internationale, son Comité général n’avait que des fonctions purement administratives et ne devait servir que comme bureau central pour la correspondance des différentes organisations nationales. Le Conseil n’avait en rien à intervenir dans les affaires intérieures de chaque pays. Pourtant, sous la direction de Marx et d’Engels, il s’arrogea peu à peu d'autres droits, comme de guider les organisations ouvrières et il en arriva en folie de dictature à envoyer des ordres comme ceux que nous venons de lire : Pleins pouvoirs sur Marseille et Lyon* à un illustre inconnu! (Et quel tact! Deux Allemands déléguant un bonhomme à nom allemand pour diriger les socia-
(1) Voir Histoire de V Internationale par un bourgeois répub li cain (Fiaux).
listes français, tandis que l’empereur, les princes allemands et Bismarck étaient à Versailles!)
Dès 1870, des membres intelligents de l’Internationale, comme Guillaume et Bakounine, avaient déjà vu percer cette tendance dangereuse et ridicule à vouloir s’ériger en dictateurs internationaux. Ils formèrent un courant contraire qui peu à peu se dessina; les protestations s’élevèrent de plus en plus nombreuses et violentes : de là date la haine que la coterie marxiste voua aux fédéralistes, surtout à Guillaume et à Bakounine. Cette coterie employa toute son énergie et toute l’autorité dont elle put se saisir ; elle ne s’en tint pas aux menaces. Nous avons vu comment elle s’assura de la majorité au congrès de 1872, à la Haye, et leur pamphlet : U Alliance internationale , paru à cette époqife. est un exemple unique de calomnies et d'absurdités.
Après la scission au congrès de la Haye de l'Internationale', les deux fractions suivirent deux tactiques bien différentes. Tandis que les fédéralistes accentuaient de plus en plus la lutte sur le terrain économique et révolutionnaire, les partisans d’un Etat centralisé, qui en 1873 avaient arrêté un programme d’action légale et parlementaire, étaient entraînés par les événements politiques et parla lutte électorale dans la voie de modération et de compromissions que Ton connaît. On sait jusqu’à quel point, au congrès de Gotha, lasocialdémocratie allemande poussa l’esprit de conciliation entre les revendications socialistes et l’ordre social actuel et l’État (1); aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que l’ancienne qualification de « socialiste révolutionnaire » fût devenue gênante pour tous ces messieurs, députés et conseillers. Il fallut trouver un autre qualificatif, mieux adapté à leur nouvelle conception du socialisme, à leur récente et si distinguée situation de législateurs.
Le mot voulu se trouva : au lieu de « socialisme
(1) Au congrès de Francfort en 1894, un délégué dit: «La médecine du socialisme doit être administrée àpetites doses. » .
Un honnête savant disait dernièrement à un de nos amis : « Mais, que veux-tu, le programme des radicaux est plus avancé que celui des socialistes! » Et c’est vrai.
révolutionnaire », on commença à employer l’expression « socialisme scientifique », tout comme s’il existait un socialisme des ignorants : probablement celui de Saint-Simon, d’Ôwen, de Proudhon et de Tchernychevsky. Malheureusement, l’adjectif « scientifique » se prête à un malentendu, car ce sont justement les défenseurs des iniquités de l’organisation capitaliste qui ont toujours le mot de « science » à la bouche ; d’un autre côté, depuis longtemps en Allemagne une certaine classe de réformateurs à l’eau de rose, endormeurs patentés, se sont fait connaître sous le nom de socialistes de la chaire — Katheder Sozialist.
Il fallait absolument se distinguer de ces savants officiels. Alors' commença la création d’une légende sur leur science à eux, exclusivement à eux, et basée sur les découvertes spéciales dues aux fondateurs de la social-démocratie. Au lieu de dire tout simplement que le développement colossal de la culture intellectuelle nous oblige à accomplir un changement radical dans l’organisation capitaliste et étatiste, et que la science tout eûtière , dans les recherches des hommes indépendants, condamne le mode de production et de consommation individuelle, ils voulurent s’attribuer tout le mérite d’une science spéciale : la science de la social-démocratie. L'affirmation est outrecuidante, elle ne tient pas debout dès qu’on est assez audacieux pour la regarder de près : la science réelle se rattache à toutes les vérités connues, et agit dans toutes les branches du savoir humain en entraînant par une pression irrésistible tous les esprits indépendants...
Nous allons voir si leur science a ce caractère.
Ecoutez les affirmations des « penseurs » et des publicistes officiels du parti :
« Les lois de la production capitaliste découvertes par Marx, lisons-nous dans la biographie d’Engels [N eue Zeit ., IXe année, n° 8), sont aussi stables que celles de Newton et de Kepler pour le mouvement du système solaire. »
« C’est à Marx, dit Engels, que nous sommes redevables de deux grandes découvertes :
((1° La divulgation du secret de la production capitaliste par l’explication de la plws-value ;
« 2° La conception matérialiste de l’histoire (Engels, Le Développement du socialisme scientifique) .
« ...En 1845, nous avons (Marx et Engels) décidé de nous adonner aux recherches nécessaires pour élaborer l’explication matérialiste de Lhistoire, découverte par Marx (Préface de Ludwig Feuerbach , par Engels). »
Dans une polémique contre Dühring, nous trouvons chez Engels : «... Si Dühring entend dire que tout le système économique de nos jours... est le résultat de l'antagonisme entre les classes, de l'oppression..., alors il répète des vérités devenues lieux communs depuis l’apparition du « Manifeste Communiste » (rédigé par Marx et Engels). »
Racontant l’histoire de l’évolution de leur jeunesse. Engels dit naïvement : « Ce qui est bien remarquable, c’est que nous ne fûmes pas les seuls à découvrir la dialectique matérialiste. L’ouvrier Joseph Dietzgen a fait la même découverte... (L. Feuerbach). » Après une pareille outrecuidance, il semble que Ton puisse tirer l’échelle. Mais non, les adeptes de ces deux penseurs vont beaucoup plus loin. Ils affirment que leurs maîtres furent les premiers à appliquer la méthode dialectique aux recherches et études historiques, économiques et sociologiques, grâce... à quoi ils ont trouvé la loi de concentration capitaliste, — une sorte de fatalisme économique. C’est encore eux qui « ont créé un parti socialiste, le plus révolutionnaire que l’histoire ait jamais connu » la socialdémocratie). « Il faut étudier la brochure d'Engels : L. Feuerbach , parce qu’elle est le plus complet exposé de la philosophie de ces deux penseurs » (Plekhanoff, préface) ; il faut que l’humanité s’occupe sérieusement des moindres faits et gestes de leur jeunesse, car « elles sont les premiers pas du socialisme scientifique » (Ne ue Zeit ., Biographie d’Engels).
Ces citations sont assez claires, mais il y a mieux. Nous savons à présent que ce furent Engels et Marx qui découvrirent les lois éternelles de la vie sociale.
Et personne avant eux ne soupçonnait même l’existence de ces lois? — Personne, nous affirment les social-démocrates.
« L’Allemagne, dit Bebel, a entrepris le rôle d’un guide dans la lutte gigantesque de l’avenir. Elle est même prédestinée à ce rôle par son développement et sa position géographique... Ce n’est pas un simple hasard que ce soient les Allemands qui aient découvert la dynamique du développement de la société actuelle, et aient jeté les bases scientifiques du socialisme. Parmi ces Allemands, la première place appartient à Marx et à Engels; après eux vient Lassalle, comme organisateur de la masse ouvrière {La Femme, conclusion).
Cette admirable citation d’un caractère complètement social-démocratique par sa vantardise nous apprend enfin sur quoi Marx et Engels fondaient leur prétention à une dictature universelle : l’Allemagne est à la tète de l’humanité, eux sont deux gloires de leur pays, par conséquent ils étaient au-dessus de l’humanité toute ignorante...
Méthode dialectique.
Mais est-ce vrai que l’humanité ignorât, soit la méthode dialectique, soit l’idée de plus-value? Yico, Volney et les Encyclopédistes, Augustin Thierry, Buckle,A. Blanqui, Quételet et tant d’autres n’ont-ils pas eu quelque idée de l’influence des facteurs économiques sur l’histoire de l’humanité ? Est-ce que, T. Rogers n’a pas écrit son grand ouvrage : Six siècles de travail et de salaire , et comme résumé n’a-t-il pas publié son volume : U interprétation économiques de V histoire? Et si les vérités poursuivies par les hommes indépendants, si la science des penseurs qui n’aspiraient ni à la dictature, ni à la papauté, si cette science existait réellement avant l’arrivée en scène de Marx et d’Engels, alors comment faut-il qualifier les auteurs de toutes ces citations?* Tous ces Bebel, Bernstein,
Kaulsky, Plekhanoff, Engels, etc., ont-ils écrit les passages cités par simple ignorance, ou sous l’influence de moteurs complètement étrangers aux recherches scientifiques?
Par les citations précédentes, nous savons que l’humanité est redevable à Marx et à son ami Engels de :
1° L’application de la méthode dialectique aux recherches sociologiques ;
2° La découverte de la plus-value ignorée par la science avant eux;
3° L’explication matérialiste de l'histoire;
4° Et, comme couronnement de l’édifice, la loi sur la concentration du capital, « V expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit.»
(Voir Capital , p. 342.)
Avant tout, je demande pardon aux ouvriers, surtout aux socialistes-internationalistes, de mon excursion involontaire et peu attrayante dans le domaine des légendes et des prétentions soi-disant « scientifiques». Mais cette tâche s’impose à nous. Quand, au ùom du socialisme scientifique, on prêche de nos jours l’adoration de l’Etat tout-puissant, l’autorité, l’ordre, la discipline, la subordination et autres qualités en honneur dans les casernes; quand on ridiculise l'idée d’émancipation, d’affranchissement et de solidarité par l’étiquette d'utopie, et que chaque exposé des idées humanitaires et socialistes est taxé d’ignorance, il faut bien se rendre compte et chercher où se trouve la vérité...
La science, cette grande science des naturalistes avec ses systèmes d’évolution, de transformisme et de matérialisme monistique qui répugnent tant à Engels (1),
(1) Dans sa brochure L. Feuerbach , il traite le matérialisme des sciences naturelles de « vulgaire », par opposition au sien.
fut créée et se développe d’après la méthode inductive, et tous les grands esprits scientifiques ignorèrent et même condamnèrent la méthode dialectique. Je défie les social-démocrates de me nommer un seul savant de notre siècle qui se soit servi de la méthode dialectique dans les recherches scientifiques, à moins que ce ne fût dans la métaphysique allemande.
Est-ce que Lamarck, Geoffroy-Saint-Hilaire, Lyell, Darwin, Hæckel, Helmholtz, Huxley et autres ont élaboré la grande philosophie évolutionniste d’après la méthode dialectique?
Quételet et J. S. Mill, Morgan et Buckle, MainetTylor, H. Spencer, Guyau et Bain ont-ils fait leurs généralisations -de sociologie, de logique, d’éthique et de philosophie moderne autrement que d’après la méthode inductive? Qui. connaît un peu l’histoire du développement de la science moderne doit reconnaître que tous les grands esprits ont répudié la méthode dialectique.
« La méthode de généralisation dialectique de ces « philosophes (métaphysiciens), — dit le professeur « W. Wundt(i) — sur laquelle ils basèrentl’infaillibilité « de leur doctrine, nous apparaît comme une enveloppe « artificielle et répulsive qui dénature toute idée. » Une autre autorité, une vraie gloire de l’Allemagne et de l’humanité, Goethe n’était pas favorable non plus à la méthode si chère à Engels et à ses disciples (2).
L’esprit scientifique de Goethe ne pouvait évidemment admettre cette fameuse méthode avec laquelle le pour et le contre sont prouvés avec égale facilité. Il comprenait qu’il n’y a qu’une méthode de recherche : la méthode scientifique.
Une hypothèse est faite, elle est vérifiée par la méthode inductive et devient théorie lorsque la cause rationnelle des rapports établis par induction a été démontrée par la méthode déductive.
Pour comble, cette méthode de raisonnement n’est pas neuve. Engels lui-même dit quelque part que
(t ) W. Wundt : « Relation de la philosophie de notre siècle et de la vie », discours prononcé à l’université de Leipzig, 1889. (Nous citons d’après une traduction russe.)
(2) Voir Conversations d’Eckermann, 3e partie.
Descartes et Spinoza, Rousseau et Diderot, et que le contemporain de Hegel, Charles Fourier, s’en servaient admirablement bien. Tous ces philosophes, surtout le dernier, ont sacrifié leurs travaux à des recherches dans les domaines de la philosophie sociale et du socialisme. Comment donc est-il arrivé que Marx, Engels et l’ouvrier allemand Dietzgen ont été obligés de la découvrir à nouveau?
Que les députés, philosophes et publicistes du socialisme scientifique l’expliquent aux ignorants...
Plus-value et utopisme.
Armés de cette méthode, rejetée par la science, ces élèves de l’école réactionnaire et métaphysique de Hegel (1) ont découvert la plus-value.
Qu’est-ce que la plus-value ?
<c II nous fut — dit Engels — démontré (par Marx) que la forme fondamentale delà production capitaliste et de l’exploitation de l’ouvrier est l’appropriation de travail non payé; c’est-à-dire, l’ouvrier reçoit pour son travail moins que le patron ne reçoit en en vendant le produit. » Voyons s’il est vrai que les socialistes et l’économie politique aient ignoré, avant l’apparition du Capital en 1867, que la richesse de la bourgeoisie est due au travail non rétribué.
Déjà au siècle dernier, nous trouvons des définitions très exactes de cette part retenue par le patron sur le salaire du travailleur.
(1) Que le lecteur se souvienne de la définition immortelle de la métaphysique faite par Voltaire. En ce qui concerne Hegel, M. Wundt, plus haut cité, dit:
« Hegel est un vrai philosophe de la Restauration. Il est plein « de la conviction que V individu doit servir... l'Etat avec une « soumission absolue à une volonté unique. Dans une forme « absolue, il glorifie le constitutionnalisme bureaucratique... « L’idée générale de sa philosophie de l’histoire est subordonnée « et sert en même temps à la tendance philosophique de « l’époque de la Restauration. » (Voir le même discours.)
« Les physiocrates, dit H. Denis ( Histoire des systèmes socialistes), désignaient bien nettement la partie retenue par le patron, le propriétaire et tous les exploiteurs. Ils l’appelaient, comme Adam Smith, le produit net . Ce grand fondateur de l’économie politique démontre incomparablement mieux que Marx que toute la richesse est le produit du travail , et jamais il n’a approuvé, au point de vue moral, que le producteur fût ainsi privé de son produit net.
Au commencement de ce siècle, S. de Sismondi, dans son ouvrage célèbre : Nouveaux Principes d'économie politique , a démontré que si Ton déduit les frais* de production de la valeur d'échange d’un produit, il en restera un excédent approprié par le capitaliste. Cet excédent du travail, Sismondi l’appelle le surplus-value. Traduit en allemand, ce sera le mehrwerth de Marx, c’est-à-dire la plus-value du texte français du Capital. L’ouvrage de Sismondi apparut en 1819, c’est-à-dire un an avant la naissance d’Engels. Sismondi, quoique homme d’opinion avancée et libérale, n’était pas socialiste, et cette définition de la surplus-value fut faite par lui comme le résultat de recherches simplement scientifiques.
Mais combien fut supérieure la conception de la plus-value et de la vraie cause de la misère du peuple chez les socialistes de l’époque de Sismondi ! Et surtout chez Robert Owen et son ami William Thompson... Les blagueurs du socialisme scientifique répètent d’après Engels que Robert Owen était un utopiste, une sorte de rêveur illuminé. C’est complètement faux. D’abord chez Thomas More lui-même, chez cet utopiste classique et auteur de V Utopie, il n’y a pas de place pour la fantaisie. Un des plus remarquables savants de son époque, ami intime d’Erasme de Rotterdam, homme de génie positif, T. More indiqua le premier que dans la société, basée sur le principe d’exploitation et de la propriété individuelle, il y a à peine un cinquième de la population qui travaille
utilement, et que si l’humanité savait s’organiser sur le principe de la solidarité, — un travail de six heures par jour serait plus que suffisant pour créer le bienêtre et l’abondance. Les gens de bonne foi ont reconnu depuis longtemps que son ouvrage est « le premier monument du socialisme moderne ».
Moins rêveur, si c’est possible, fut le fondateur du socialisme et du mouvement ouvrier de notre siècle, Robert Owen (1771-1858). Le premier, il conçut et établit que puisque le savoir humain est le résultat des impressions du milieu extérieur sur les nerfs (1) et qu’il n’y a pas d’idées innées ou préconçues, le caractère de l’homme doit être aussi le résultat des influences du milieu et des conditions sociales dans lesquels l’individu naît et vit. « Alors, dit-il, ce n’est pas l’homme qui est responsable, mais la société et les conditions extérieures. Il faut changer l'ordre social actuel pour alléger les souffrances de l'humanité. » Et pendant toute sa longue vie, il travailla à ce changement des conditions économiques. Dans son usine de New-Lanark, il organisa pour les ouvriers une existence qui, de nos jours encore, serait considérée comme heureuse; il fonda les premiers jardins d’enfants et soutint Bell et Lancaster dans leurs premiers pas, ainsi queFulton et son bateau à vapeur; il attira l’attention, éveilla la compassion de Ricardo, de Bentham et de beaucoup d’autres sur l’esclavage des enfants et des femmes dans les fabriques et provoqua en 1802 la première loi de législation du travail. En 1815, alors que l’ouvrier travaillait 14, 16 et 18 heures par jour, il organisa le comité des 10 heures, lequel, aidé par des hommes de cœur comme Oastler, lord Ashley et autres, finit par aboutir, en 18-47, au vote de la loi des 10 heures. (Cette loi n'est pas encore votée en Allemagne où fleurit le socialisme scientifique.)
Athée, communiste et fédéraliste, R. Owen propageait l'idée que la société elle-même doit organiser la
(1) Locke, Condillac, les Encyclopédistes, Bichat, Magendie, Claude Bernard et autres.
production, la consommation et l’éducation intégrale. Ce fut lui qui, en 1836, fut le fondateur de la « Société de toutes les classes et de toutes les nations » — devancière de l’Internationale — dans les séances de laquelle le mot socialisme (mais non a scientifique») fut employé pour la première fois. En même temps, comme moyen de propagande, il organisa des sociétés coopératives et des marchés libres d’échange avec bons de travail. <c Le travail, disait-il aux ouvriers, le 5 décembre 1833, est la source de la richesse et elle pourra rester dans les mains de l’ouvrier lorsque ceux-ci s’entendront à cet effet. » Il déploya une activité surhumaine pour créer cette entente, surtout dans les Trade’s-Unions. En 1833, il réclamait « 8 heures de travail et la fixation d’un minimum de salaire ». La même année, il organisa F « Union générale des classes productives ». En quelques semaines, oncomptaplusdeoOO.OOOmembres, parmi lesquels il y avait des ouvriers des campagnes et des groupes de femmes. Ceci lui permit de créer en 1834 la fédération de tous les métiers avec le titre « Grand National Trade-Union ». Et réellement grand fut le mouvement. « L’expansion du mouvement trade-unioniste en 1830 et 1834, autant qu’il est à notre connaissance (1), surpassait même le mouvement de 1871-75. »
Cet organisateur, homme incomparable en modestie, en dévouement à l'émancipation des déshérités, cet esprit positif, on voulut le faire passer pour un rêveur!... et qui? — les gens qui se disent socialistes, qui répètent quelques formules, quelques revendications isolées, des fragments insignifiants de ses larges conceptions socialistes, de sa noble carrière d'agitateur...
Un autre « utopiste », connu de Marx, un « owenist», W. Thompson, dans son ouvrage : Social Science, lnquiry, etc. (1824), développa la plus-value (surplus en anglais) d’une manière saisissante. Après avoir éta- .bli que « la richesse est créée par le travail de l’ouvrier » (p. 3-4), il demande : « Pourquoi alors l’ouvrier
(1) S. Webb, Iiistory of Trade-Unionism , 1894, p. 314.
ne possède-t-il pas le produit tout entier sans aucune réduction (p.32)? — Parce que, répond-il, sous la forme de « vent?> , profit, etc., on lui enlève son surplus. » Ensuite il pose la question : « Cette spoliation est-elle acceptée volontairement ou imposée par la force? — La force brutale, répond-il, a toujours été employée pour arracher aux pauvres le produit de leur travail, toute l’histoire nous démontre cette vérité; on remplirait d’exemples des milliers de pages... Si on admet cette retenue d’une part du produit du travail [surplus) sans le consentement du producteur... on sera disposé à justifier la retenue de n’importe quelle autre part (p. 34-35). » « Sans l’emploi de la force, le monopole ne pourrait pas exister (p. 10G). » « Aussi longtemps qu’existera le capitalisme, la société restera dans son état pathologique (p. 449). » Dans son ouvrage : Travail récompensé (1826), Thompson énumère différentes réformes proposées, et dit qu’elles sont toutes des palliatifs, y compris l’assurance et la pension pour les travailleurs; même le trade-unionisme n’est pas, selon lui, une solution au problème social. Comme ami et disciple cl’Owen, il prêche le communisme autonome.
« Travail libre, jouissance absolue du produit de son travail, et échange volontaire », formule Thompson à la page 253.
Découvrir en 1845 le « surplus », si clairement exposé par Thompson en 1821, n’était pas chose bien difficile, surtout quand on connaissait l’ouvrage de Thompson, que Marx cite dans son Capital. De cette façon, ma foi! je me charge de découvrir la loi de la gravitation ou la loi périodique delà chimie, ou l’équivalent mécanique de la chaleur. Et après, toujours en imitant Marx et Engels, je réclamerai mes droits à la dictature universelle;.. Pourvu que Charcot ou Maudsley ne m’invite à pratiquer ma dictature à Charenton ou à Bedlam !
Pour finir, je dois citer l’opinion de Proudhon, qui est traité par Marx et par ses très scientifiques disciples de sophiste ignorant. Tant pis pour Marx si cet « ignorant » formula lui-même, en 1845, avec safran-
chise habituelle, « l’excédent» ou la plus-value de production. Dans les Contradictions économiques , nous lisons :
<( Dans la science économique, nous l’avons dit après Adam Smith, le point de vue sous lequel toutes les valeurs se comparent — est le travail (p. 86)... Dans le sens de l’économie politique, le principe que tout travail doit laisser un excédent n'est autre que la consécration du droit constitutionnel que nous avons tous conquis par la révolution de voler le prochain (p. 91). »
Proudhon a bien raison de dire qu’au fond des choses, c'est le droit de voler le prochain, car mieuxvalue, plus-value, excédent du travail, surplus, mehrwerth signifient la même chose : la part de la valeur du produit du travail appropriée par la bourgeoisie. Quelle dénomination que l’on donne à cette part de la valeur, source de l'accumulation capitaliste, son accaparement est toujours en réalité un vol. Toute la sagesse, toutes les lois prétendues du capitalisme se résument comme suit :
1° Acheter la force et l’habileté de l’ouvrier audessous de leur valeur ;
2° Acheter le produit au prix le plus bas possible chez le producteur ;
3° Revendre le même produit au même producteur au plus haut prix possible.
Dé longue date, le peuple a compris la nature du commerce et du capitalisme, car, dès l’antiquité, les sages grecs avaient choisi le dieu des voleurs, Mercure, comme patron du commerce.
Ces deux chapitres sont peut-être longs et ennuyeux à lire. Mais, je le répète, il est obligatoire pour nous, les anarchistes, de se rendre compte de la prétendue science de ceux qui aspirent à la dictature universelle. Nous savons, à présent, à quoi se réduit la valeur de la découverte de la plus-value. Quant à la méthode dialectique, si admirablement cultivée par les sophistes au temps de Socrate (voir Gorgias de Platon), nous reconnaissons volontiers que Marx et Engels s’en servaient dans toutes leurs spéculations métaphysiques.
EL c’est justement parce qu’ils s’en servaient que leurs recherches ont abouti, ainsi que nous allons le montrer, à des erreurs formidables.
Superstition fataliste sur la concentration du capital.
Chaque époque historique, chaque parti politique a été entiché de telle ou telle idée fausse et souvent nuisible, admise pourtant par tout le monde comme une évidence. Des hommes de grande capacité et de grand talent subirent l’influence de pareilles idées, aussi bien que les esprits de second ordre qui acceptent les opinions d’autrui sans s’inquiéter de leur valeur. Et si, par hasard, l’une de ces fausses appréciations vient à être, après discussion, formulée sous une forme scientifique et philosophique, sa domination néfaste s’étend alors sur plusieurs générations.
Il est une formule, une loi erronée, en laquelle nous tous, les socialistes sans distinction d’écoles ni de fractions, avons eu jusqu’à présent une foi aveugle. Je parle de la loi de concentration du capital formulée par Marx et admise par tous les écrivains et orateurs socialistes. Entrez dans une réunion publique, prenez la première publication socialiste, — vous y entendrez ou lirez, que, d’après la loi spécifique du capital, ce dernier se concentre entre les mains d’un nombre de capitalistes de plus en plus restreint, que les grandes fortunes se créent aux dépens des petites, et que le gros capital s’accroît par l’expropriation des petits capitaux. Cette formule si répandue est la base fondamentale de la tactique parlementaire des socialistes d’Etat. Avec elle, la solution de la question sociale, conçue par les grands fondateurs du socialisme moderne comme une complète régénération de l’individu ainsi que de la société au point de vue économique et moral, devenait si simple et si facile... Pas besoin d’une lutte économique de chaque jour entre l’exploiteur et l’exploité, nulle nécessité de pratiquer dès au-
jourd’hui la solidarité entre les hommes... rien de semblable. Il suffit que les ouvriers votent pour les députés qui se disent socialistes, que le nombre des derniers augmente jusqu’à devenir une majorité au Parlement, et alors on décrétera un collectivisme ou communisme d’EtaC et tous les exploiteurs se soumettront paisiblement au vote du Parlement. Ils ne tenteront pas la moindre résistance, car leur nombre, selon la loi de concentration capitaliste, aura infiniment diminué.
Quelle belle et facile perspective ! Pensez donc ! sans effort, sans souffrance, une loi fatale nous prépare un avenir de bonheur. II est si attrayant d’envisager les difficultés d’un problème ardu au travers de couleurs riantes, surtout quand on est illusionné au point d’avoir la profonde conviction que la science elle-même, la philosophie moderne nous enseignent cette vérité si consolante. Et justement cette prétendue loi présente, dans l’exposé de Marx, tous les attributs d’une vérité absolue de la science et de la philosophie modernes.
c( L’appropriation capitaliste, conforme au mode de « production capitaliste, constitue la première néga- « tion de cette propriété privée qui n’est que le corol- (( laire du travail indépendant et individuel. Mais la (( production capitaliste engendre elle-même sa propre « négation avec la fatalité qui préside aux métamor- « phoses de lanature. C’est lanégation de la négation. .. » (triade absurde de la dialectique métaphysique !} « L’expropriation s’accomplit par le jeu des lois im- « manentes de la production capitaliste, lesquelles « aboutissent à la concentration des capitaux. Corré- « lativement à cette centralisation, àl’EXPROPRiATioxnu a GRAND NOMBRE DE CAPITALISTES PAR LE PETIT, etc. (1)...
« A mesure que diminue le nombre des potentats du a capital qui usurpent et monopolisent tous les avance tages de cette période d’évolution sociale, s’accroît « la misère. » ( Capital , p. 342, édition française.)
(1) Dans le texte anglais publié par Engels après la mort de Marx, il y a la phrase : « Un capitaliste tue beaucoup de capitalistes. »
Oui, la misère s’accroît, mais non chez la bourgeoisie, non chez les petits capitalistes, mais bien chez les ouvriers, chez les producteurs.
Depuis l'a publication du Capital, il s’est écoulé trente ans; depuis que Marx formula cette loi qui doit agir « avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature », cinquante ans pleins se sont écoulés. Selon toute probabilité, la loi devrait être justifiée au moins par quelque phénomène économique. Durant ce temps-là, la production et l’échange ont pris un élan inouï, les immenses fortunes privées, des milliards ont surgi, des compagnies colossales se développèrent... selon cette loi, il faudrait que le nombre des petits capitalistes ait diminué. En tout cas, aucun accroissement dans leur nombre ne devrait avoir eu lieu... n’est-ce pas? Essayons de voir ce que nous dit la statistique d’Angleterre. Je me borne à ce pays, parce qu’il est renommé pour un pays de production capitaliste par excellence, et parce que Marx lui-même basait toutes ses spéculations dialectiques sur l’analyse de la vie économique d’Angleterre, sans tenir compte du restant de la terre.
D’abord quelques chiffres sur l’enrichissement général.
Les richesses nationales de l’Angleterre se sont accrues depuis le commencement de ce siècle comme il suit :
En millions de francs :
Maisons . 6.375 7.000 8.750 10.350
Chemins de fer. . — 525 8.700 21.625
Flotte . 375 575 1.100 3.350
Marchandises. . . 1.250 1.550 4.750 8.600
Ameublement, objets d’art, etc. . '3.250 9.250 14.500 30.300
Totaux .... 11.250 18.900 37.800 74.225
Ces chiffres nous indiquent bien clairement la véritable origine de la formation des grandes fortunes. En prenant la somme totale des richesses, sans compter la valeur des maisons, nous voyons que la somme
modeste de 4.875 millions de 1812 s’est élevée en 1888 à 63.875 millions, autrement dit a été multipliée par