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TREIZE

Le même progrès dans l’accroissement des richesses s'observe dans tous les pays civilisés. Pour la France, d’aprèsles tableaux de Fournier de Fleix et Yves Guyot, les chiffres correspondants sont les suivants:

En millions de francs :

Maisons . 7.750

Chemins de fer. . —

Flotte . ..... 175

Marchandises. . . 415

Ameublement,. objets d’art, etc. . 6.375

Pour mieux en connaître le mode de distribution, il faut consulter les chiffres d’impôt de testaments, d’héritages et de successions.

D’après les rapports officiels pour les années 1886- 1889, il y avait en Angleterre à cette époque :

Classes des Nombre

possesseurs. de familles.

Millionnaires . 700

Très riches . , 9.650

Riches .... 141.250

Moyennes. . . 730.500

Nécessiteuses. 2.008.000 Pauvres . . . 3.916.000

Propriété é va- Valeur lolalc luéc par famille, des propriétés.

Que ces chiffres sont instructifs : 882.100 familles possédant 217 milliards ! tandis que les deux millions de familles à 8.500 francs ont seulement 14 milliards.

Voyons de combien ont varié les chiffres depuis 1845-1850, époque à laquelle la loi de Marx a été formulée.

Années. Propriété laissée en moyenne

par chaque décédé.

1837-1840 ........ 2.325 francs.

En évaluant la moyenne d’accroissement à 125 francs

par an, nous trouvons que, cette année (1896), chaque sujet de Sa Majesté britannique pourrait disposer d'une fortune moyenne de 8.000 francs^ ou chaque famille ouvrière de plus de 40.000 francs. Et Ton voudrait nous persuader qu’en Angleterre, de nos jours, il ne serait pas possible de réaliser le bien-être pour tous !... Mais revenons à nos chiffres. D’après le rendement de l’impôt sur les successions, nous avons les chiffres suivants :

Années : 1840 1877

Fortunes de 2.500 à 125.000 francs . 17.936 36.438 Fortunes au-dessus de 125.000 francs 1.989 4.478

A partir de 1887, l’accroissement de l’impôt sur les successions ainsi que celui sur le revenu progressent

comme il suit :

Années.

Revenu de l’Etat.

Héritages.

Impôt sur le reve

126 millions

125 millions

(Ces chiffres sont un peu au-dessous de la réalité.)

Il ne faut pas oublier que les fortunes au-dessous de 100 livres sterling (2.500 fr.) sont libérées d’impôt de succession.

En 1840, il y avait seulement 5,4 0/0 de toute la population payant 500 francs et plus d’impôts par an; en 1880, ce rapport monte à 14,5 0/0. Depuis 1850, l'accroissement du nombre des contribuables gagnant plus de 5.000 francs par an suivit la progression suivante :

Années. Nombre de contribuables. Par 10.00Û habitants.

On voit qu’en trente-six ans, le nombre des contri-

buables ayant un revenu annuel supérieur à 5. 000 francs a quadruplé et relativement à la population a triple .

Tous les chiffres précédents nous montrent l’énorme enrichissement de la bourgeoisie, mais pour revenir à notre sujet, il nous reste à voir si cet accroissement ne s’est pas accompli au profit des gros par la ruine des petits capitalistes. Pour éviter de donner la moindre prise aux objections, je me bornerai exclusivement aux données fournies par les tableaux de l’impôt sur le revenu, sur l’industrie, le commerce etles banques. Comparons les chiffres à vingt ans de distance pour que l’influence de la prétendue loi puisse mieux se manifester. Prenons le nombre des contribuables en

et celui de 1889.

Revenu annuel

Nombre des

contribuables

Accroissement

en

francs.

pour 100.

De 3.750 i

Jusqu’à. .

QO

CM

Au-dessus de

Augmentation de la population pendant le même laps de temps . . 20.0

(Un seul des nombres ci-dessus ne se rapporte pas à l’année 1869, mais à 1875-76. C’est celui de 92.593 représentant le nombre de contribuables ayant un revenu de 3.750 à 5.000 francs.)

Il résulte de l’examen de ce tableau une constatation

qui ne s’accorde guère avec la prétendue loi. Tout au contraire.

Ni le nombre des « potentats » du capital, ni celui des petits capitalistes n’a diminué. Le nombre des derniers a augmenté beaucoup plus vite que celui des premiers. Tandis que chez les riches nous trouvons un accroissement de 30 0/0, chez la petite bourgeoisie l’accroissement est de 77 0/0. Cela veut dire que pendant que les endormeurs bernaient le peuple en lui chantant que le nombre de ces exploiteurs diminuait, en réalité ce nombre augmentait si bien qu'il a triplé de 1850 à nos jours. On s’est trompé, alors, sur l’effet de cette loi de la métaphysique allemande ? cette loi « d’ expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit? » Comment s’est-il fait qu’une loi qui agit « avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature » se manifeste dans la vie réelle par des résultats tout contraires à ses prescriptions ?

Mais tout simplement parce que jamais une loi pareille n’exista! L’erreur provient de l’influence néfaste exercée par la métaphysique hégélienne avec l’aide de la méthode dialectique patron isée par Marx et Engels. Et cette influence a pénétré aussi bien en morale et en art que dans le socialisme.

Et dire que, pendant quarante ans, on a répété aux ouvriers du monde civilisé ce néo -fatalisme métaphysique aussi beau que celui des musulmans!... Non seulement les ambitieux ignorants composant le parti marxiste français ainsb que la nouvelle couche d’aristocratie européenne, connue sous le nom de « députés socialistes » , mais encore des hommes de grande valeur et de grand courage, de large instruction et de haut talent, répètent la même erreur...

Si seulement on savait quel tort cette loi fataliste porta au socialisme moderne ! C’est grâce à elle que dans le « Manifeste du parti communiste » Marx et Engels formulèrent que l’émancipation de la classe ouvrière doit se faire par une lutte de classes et que la lutte des classes est toujours une lutte politique; c’est elle qui fait la base de la tactique social-démocratique ; c’est à elle que nous sommes redevables du

non-sens qui fait de la question sociale une simple question de réformes politiques; enfin, c’est elle qui a donné aux ignorants de la nouvelle aristocratie allemande l’audace de présenter au Congrès socialiste international de Zurich, en 1893, une résolution socialiste ainsi conçue :

« La lutte contre la domination et l’exploitation de la classe dirigeante doit être politique et avoir pour but la conquête du pouvoir politique. »

Cette formule est la négation même du socialisme.

La puissance des classes dirigeantes s’appuie sur les richesses produites par le peuple et détenues par elles. Par conséquent, pour s’émanciper de leur domination, il faut que le peuple cesse de se laisser dépouiller par ces classes du produit de son travail. 11 faut, comme disaient Owen et Thompson, que l’ouvrier retienne pour lui la plus-value. C’est non par une lutte politique qu’on la retiendra, mais par la lutte économique non par le bulletin de vote, mais par les grèves ; non par une comédie parlementaire, mais par une grève générale bien organisée et triomphante que le peuple pourra inaugurer une ère nouvelle, — l’ère de Légalité économique et sociale, de solidarité éclairée par la lumière de l’instruction intégrale réellement scientifique et non métaphysique.

Quelques opinions sur la concentration du capital.

Nous avons vu qu’en dépit de la loi imaginaire de la métaphysique allemande le nombre des exploiteurs augmente. Le nombre des défenseurs de l’ordre actuel, au lieu de se réduire à un « nombre décroissant de potentats du capital », a triplé de 1850 à 1886, par rapport à la population. Telle est la constatation qui résulte de l’exâmen des chiffres officiels fournis par les « Livres bleus ». Mais si nous consultons les ouvrages de spécialistes oélèbres, tels que MM. Mulhall et Giffen, qui prennent une période de temps un

peu plus longue, nous obtenons des résultats tout aussi frappants. Dans leurs « ouvrages classiques », ces auteurs donnent des chiffres précisément à partir de l’époque à laquelle Engels et Marx ont commencé à prêcher le fatalisme économique, l'émancipation sociale par la toute-puissance de l’Etat et le légalisme politique dans la vie économique (1).

D’après Mulhall (2) et R. Giffen (3), l’accroissement du nombre des propriétaires, de 1833 à 1882, donne le tableau suivant :

Nombre

En d’héritages.

Valeur générale.

Par chaque propriété.

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